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Algérie-France
Le sybillin message d’adieu de Colin de Verdière
Samar Smati, Liberté 14 octobre 2006
Après trois ans en Algérie, Hubert Colin de Verdière, l’ambassadeur de France s’en va. Celui qui avait qualifié le génocide du 8 mai 1945 de “tragédie inexcusable”, brisant ainsi un tabou français, a appelé à la poursuite du “travail de compréhension” au terme de sa visite d’adieu au président de la République, mercredi dernier.
À la veille de son second départ d’Algérie, cette rencontre a surtout permis à Hubert Colin de Verdière de faire l’état des lieux des relations algéro-françaises. “Sous le contrôle du président, je crois pouvoir dire que nous avons constaté que ces relations étaient bonnes”, a affirmé l’ambassadeur de France, à sa sortie de l’audience présidentielle. D’autant qu’il y a, selon lui, “une volonté forte de renforcer et de développer” la coopération algéro-française. Celle-ci étant, selon lui, “dans la nature des choses”. Hubert Colin de Verdière a estimé également “que tout ce travail fait au titre des relations bilatérales va se poursuivre”.
D’autant qu’un “énorme travail a été fait pour progresser vers une meilleure compréhension réciproque de notre passé commun”, a-t-il affirmé. Ce travail, a ajouté l’ambassadeur, “toujours difficile, parfois même douloureux, il faut qu'il se poursuive et je suis sûr qu'il se poursuivra de façon à ce que le moment venu, la France et l'Algérie puissent établir entre elles le socle de leurs relations qui permettent de progresser, comme les peuples des deux pays le souhaitent, le rapprochement entre la France et l'Algérie”. Sa phrase est pour le moins sibylline, s’adresse-t-elle à son successeur ou s’agit-il de la conviction d’un “ami” de l’Algérie ? Seul Hubert Colin de Verdière pourrait le dire.
Certes, il aurait été difficile, pour l’ambassadeur de France, de qualifier les relations bilatérales entre Alger et Paris d’excellentes, de stratégiques ou d’exception au regard des tensions qui les ont caractérisées ces dernières années. Des tensions qui sont montées d’un cran en 2005-2006 avec en filigrane une loi française, celle du 23 février 2005, glorifiant le passé colonial de la France. Il a fallu l’arbitrage du président Chirac après les réactions algériennes et des territoires français d’outre-mer, pour que l’article 4 soit abrogé. L’Algérie, pour sa part, a officiellement et par la voie de son premier représentant, exigé que la France reconnaisse ses exactions en Algérie et qu’elle présente des “excuses officielles” pour les crimes commis pendant la période coloniale. Et ce, même si Alger n’a, à aucun moment, confondu entre le passé colonial de la France et les intérêts réciproques ou le partenariat actuellement en cours.
La demande de “pardon” n’a pas pour autant trouvé écho de l’autre côté de la Méditerranée. Côté français, le discours du président de la République a été perçu au départ, et au-delà de sa valeur nationale et historique, comme un discours populiste à usage local et nationaliste. Il a entraîné un dérapage certain chez de nombreux responsables français, lors de l’hospitalisation de Abdelaziz Bouteflika au Val-de-Grâce, puis à l’occasion de son déplacement privé pour un contrôle de routine à Paris. Cette incompréhension a également entraîné le report sine die du traité d’amitié tant espéré par Paris. Philippe Douste-Blazy avait même fait le déplacement à Alger, en avril dernier, pour essayer de colmater des brèches qu’il a entre autres ouvertes. Sa visite aura surtout permis de mettre en lumière le décalage existant.
Dans ce contexte particulier des relations bilatérales, l’ambassadeur de France faisait presque figure d’exception. Outre le fait qu’il n’en était pas à sa première mission en Algérie, il aura été le seul diplomate français à avoir reconnu publiquement que le génocide du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata était une “tragédie inexcusable”. Il a également été le seul à se recueillir, en février 2005, à la mémoire des victimes. Les images retransmises lors de la visite d’adieu de l’ambassadeur de France au président de la République parlent d’elles-mêmes. Au-delà des rapports diplomatiques ou conventionnels, Colin de Verdière aura su se faire apprécier par les plus hautes autorités de l’État, tissant parfois des relations personnelles et amicales fortes. Bien au-delà du contentieux historique algéro-français.
Samar Smati
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Algérie, chasse gardée de la France |