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Des nombreuses visites en Algérie de ministres français, ces derniers jours, celle de Michèle Alliot-Marie a sans doute constitué le point d'orgue. Pour la première fois depuis la fin de la guerre d'Algérie (1954-1962), un ministre français de la défense effectuait un voyage officiel à Alger. C'était la fin d'un tabou. De ce déplacement très politique, du 16 au 18 juillet, soit trois jours après celui de Michel Barnier, son collègue des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie entendait faire "le meilleur signe de la normalisation entre la France et l'Algérie". Interrompue en 1987, à l'initiative des Algériens - alors qu'il n'y a pas eu de rupture avec le Maroc et la Tunisie -, la coopération militaire entre les deux pays va donc reprendre. "Nous avions besoin de savoir si la volonté politique était là. Le signal transmis par les responsables algériens est clair", confiait dimanche un membre du cabinet de Mme Alliot-Marie. Des deux côtés, l'intention est d'aller vite et de passer à une phase concrète. Les Algériens ont ainsi commencé à dresser la liste de leurs besoins en matière de formation, d'équipements, de ventes d'armements et d'échanges de renseignements. Un accord de défense devrait être signé dès l'automne. On parle déjà d'escales et d'exercices militaires conjoints. Côté français, on se refuse à indiquer quel type d'armements Paris serait prêt à fournir. On admet toutefois que l'armée algérienne est en manque d'hélicoptères et de satellites d'observation notamment, et que son aviation ainsi que ses véhicules terrestres ont un sérieux besoin d'être renouvelés. Ce partenariat franco-algérien devrait s'étendre aux deux rives de la Méditerranée. En octobre se tiendra ainsi à Paris une réunion rassemblant les pays du sud de l'Europe (France, Espagne, Portugal et Italie) et l'Algérie, le Maroc et la Tunisie. "La stabilité du Maghreb doit être l'objectif prioritaire", a déclaré Mme Alliot-Marie, rappelant qu'"aucun pays n'est à l'abri du terrorisme".
"Le moment est venu non pas d'oublier, car on n'oublie pas, mais de tourner la page et de regarder vers l'avenir", a souligné la ministre. Elle a souhaité que la relation franco-algérienne soit "un symbole de la capacité de réconciliation", comme dans le cas de la France et de l'Allemagne après la seconde guerre mondiale. Aux anciens combattants algériens - très nombreux à avoir prêté main forte à la France lors des deux guerres mondiales et le conflit d'Indochine - Michèle Alliot-Marie a rendu hommage et annoncé la revalorisation de leurs pensions, gelées depuis plus de trente ans. Il resterait 35 000 Algériens encore vivants à avoir servi sous les drapeaux français, touchant une solde dérisoire. Reçue pendant cinq heures par M. Bouteflika - qui cumule les fonctions de chef de l'Etat et de ministre de la défense -, Mme Alliot-Marie a également rencontré Abdelaziz Belkhadem, le chef de la diplomatie algérienne, et pris le temps de descendre la rue Didouche Mourad (ex-rue Michelet), en serrant les mains des commerçants, debout sur le pas de leurs portes, "surpris et honorés" par ce geste. Un grand absent, lors de cette visite officielle : le général de brigade et chef d'état-major Mohammed Lamari. Officiellement, celui-ci est "en vacances" jusqu'au 22 août. Il paraît toutefois inconcevable que le plus haut gradé de l'armée algérienne, qui fait office, de fait, de ministre de la défense, ait choisi de prendre des congés au moment de la venue de la ministre française. On se serait attendu, au contraire, à ce qu'il savoure cette respectabilité reconnue aux généraux algériens, eux qui ont été tant critiqués pour la brutalité de leurs méthodes dans leur lutte contre les islamistes. En réalité, une épreuve de force opposerait M. Bouteflika, nouvellement reconduit à la tête du pays, et le général Lamari, pour le partage des pouvoirs. De notoriété publique, les deux hommes entretiennent des rapports difficiles. Ces quinze derniers jours, on évoquait même une démission du chef d'état-major, démentie toutefois par ses collaborateurs. Alors, bouderie destinée à manifester de façon magistrale une exaspération grandissante à l'égard du président Bouteflika ? En tout cas, personne n'a oublié la déclaration du chef de l'Etat, le 5 juillet, devant la hiérarchie militaire, à l'occasion de la Fête nationale : "Le chef suprême des armées, c'est moi !" Selon le ministre de l'intérieur, Yazid Zerhouni - qui a accueilli et raccompagné à l'aéroport Michèle Alliot-Marie -, le général Lamari fera sa réapparition le 22 juillet. Pour combien de temps ? C'est toute la question. Il semble en tout cas que l'intéressé soit bel et bien sur le départ. "Tout ceci est une affaire interne qui n'a rien à voir avec la visite de Mme Alliot-Marie", assurait-on dimanche à la présidence algérienne. Florence Beaugé
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www.algeria-watch.org
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