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Les investisseurs français boudent l'Algérie
La
déception de Benachenhou
El
Watan, 15 décembre 2004
Investissement.
C'est le maître mot du séminaire portant sur le
nouveau partenariat économique franco-algérien qui s'est tenu hier à Paris à l'initiative
de UBIFRANCE, l'agence française pour le développement international
des entreprises, et la mission économique française en Algérie.
Investir est aujourd'hui essentiel, tant pour l'économie algérienne
que pour les entreprises françaises elles-mêmes. Les principaux
intervenants qu'ils soient algériens, à commencer par le ministre
des Finances lui-même, ou français ont souligné, textes de
lois à l'appui, que le moment et l'environnement sont propices à des
investissements français en Algérie et qu'il était temps
de passer des relations proprement commerciales à des activités économiques
locales. « Le commerce n'est pas inconciliable avec l'industrie et
l'activité économique », a souligné Abdelatif
Benachenhou. « Il y a des possibilités en Algérie »,
a-t-il ajouté. Puis « je suis frappé que des efforts
soient faits pour localiser des activités au Maroc ou en Tunisie, ou en
Afrique du Sud, mais pas suffisamment en Algérie. L'Algérie est
un choix raisonnable. Tout le monde doit y réfléchir, je pense à la
France, à l'Espagne, à l'Italie. La réflexion devrait aller
vers plus de décision. » L'orateur a également souligné que,
dans les prochaines années, l'Algérie n'aura pas besoin de ressources
financières, mais d'expertise. « Le manque de l'Algérie,
ce n'est pas la volonté, mais la capacité de faire. Tout le monde
gagnera à la modernisation de l'économie algérienne. » Faisant
référence à l'aide-mémoire qu'il a signé en
juillet dernier avec Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie et des Finances,
Abdelatif Benachenhou a précisé : « Dans l'aide-mémoire,
j'ai souhaité qu'il y ait un équilibre entre les exportations et
les investissements français. Chacun doit défendre ses intérêts
mais chacun doit être attentif à l'autre. » Les Algériens
attendent du partenariat avec la France qu'il soit « fondé sur
une meilleure connaissance des impératifs du développement de l'Algérie.
Nous sommes si proches qu'on finit par ne pas savoir ce qu'est l'autre. C'est
l'aveuglement de la proximité », a encore dit le ministre des
Finances algérien. L'ambassadeur d'Algérie, Mohamed Ghoualmi, a
fait valoir qu'on ne peut exclure la relation algéro-française
de son environnement euroméditerranéen et de relever le niveau
d'investissement très faible par rapport à la situation florissante
de l'activité commerciale. « L'explication est-elle politique ? économique ?
ou culturelle ? », s'est-il demandé. « A l'exception
de l'année 1976 (sous l'impulsion de Claude Cheysson, des accords d'association
ont été signés par les pays du Maghreb avec l'UE, ndlr),
l'attitude de l'Europe vis-à-vis du Maghreb a été, ces 40
dernières années, une attitude de méfiance et d'inquiétude.
Nous ne pouvions construire un partenariat stratégique sans réfléchir
aux conséquences des politiques du passé », a ajouté l'ambassadeur
algérien. « Les Européens de la Méditerranée
doivent peut-être réfléchir à plus de dynamisme, réfléchir à un
partenariat qui soit à mi-chemin de l'intégration et de l'association
entre l'Europe et le Maghreb », a-t-il suggéré. « On
peut investir en Algérie, il y a une sécurité de l'investissement.
Le cadre juridique évolue en faveur d'un meilleur environnement des affaires,
s'adapte et est perfectible. Il est plus lisible », ont indiqué les
avocats Samir Hamouda et Hind Benmiloud. Et de dire qu'en matière d'investissement,
l'entreprise étrangère bénéficie des mêmes
droits et possibilités qu'une entreprise nationale, de la protection du
traité bilatéral franco-algérien et de l'ensemble des conventions
internationales signées par l'Algérie. En cas de litige, l'investisseur étranger
peut saisir la juridiction qu'il veut : algérienne, française
ou internationale. Dans le cadre de l'« aide-mémoire sur le
partenariat par la croissance et le développement », destiné à dynamiser
les échanges bilatéraux, la France a dégagé une enveloppe
de 2 milliards d'euros 750 millions d'euros de crédits concessionnels,
un milliard d'euros de crédits commerciaux garantis et 288 millions d'euros
de conversion des dettes en investissement a précisé René André,
président d'UBIFRANCE. Il a laissé entendre que ces 288 millions
d'euros pourront être utilisés pour « des investissements
dans de nombreux secteurs en expansion ». Il a ajouté que pour
promouvoir l'investissement français en Algérie, 75 millions d'euros,
sous forme de prêts bonifiés, ont été octroyés
par l'Agence française de développement afin de faciliter l'investissement
des PME algériennes. Pour dynamiser la participation des entreprises françaises
aux projets d'infrastructures en Algérie, la France a ouvert une enveloppe
supplémentaire de un milliard d'euros de garanties de crédits par
la Coface destinés à couvrir des futurs contrats dans les secteurs
des transports, des télécommunications, de l'électricité,
des hydrocarbures, des biens d'équipements industriels, des services urbains
et de l'habitat. Le président d'UBIFRANCE a, enfin, indiqué qu'une
coopération dans le secteur bancaire est mise en ouvre visant à moderniser
le secteur bancaire algérien et à promouvoir un partenariat multiforme
entre les banques des deux pays, accompagné d'un programme de formation.
Une nouvelle tranche de 61 millions d'euros de dette sera négociée
en investissements au cours du 1er trimestre 2005, a déclaré Pierre
Mourlevat, chef de la Mission économique d'Alger.
Nadjia Bouzeghrane
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