François Hollande, premier secrétaire du PS français, en visite à Alger

« Nous dénonçons le système colonial »

El Watan, 9 juillet 2006

C’est un François Hollande plein d’entrain et visiblement aux anges des résultats des entretiens qu’il a eus hier avec le président de la République qui était venu en début de soirée répondre aux questions de la presse nationale aux côtés de Abdelaziz Belkhadem.

Sa visite, théoriquement à caractère partisan, a pris l’allure d’un voyage officiel d’une personnalité qui pourrait être éventuellement le futur patron de l’Elysée dans quelques mois. François Hollande a reconnu d’entrée que sa rencontre avec le président Bouteflika « n’était pas prévue ». M. Belkhadem enfonce le clou en révélant qu’il allait le recevoir dans la soirée à l’hôtel Hilton en sa qualité de chef du gouvernement cette fois. Tout heureux par tant d’égards de la part de l’Algérie officielle, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) a vite fait de renvoyer l’ascenseur à ses prestigieux hôtes sous forme d’un tonitruant « Je dénonce le système colonial », histoire de marquer la distance entre son parti et celui de l’UMP de Jacques Chirac. « Je ne vais pas vous révéler la teneur des discussions que j’ai eues avec M. Bouteflika, mais je note qu’elles ont été extrêmement importantes », concède M. Hollande qui donnait l’impression d’avoir obtenu le quitus d’Alger en prévision de la présidentielle de 2007. François Hollande s’est fait fort de préciser que « je veux montrer mon attachement au développement des relations entre l’Algérie et la France, et ma présence ici est en soit un engagement ! » Un engagement pourquoi ? « Ce n’est pas par hasard que je suis là ; cette heureuse rencontre entre le FLN et le PS me permet de témoigner de cette entreprise de démocratisation entreprise en Algérie. » Transition faite, le probable candidat à l’Elysée fait sa promesse : « Si nous revenons au pouvoir en 2007, nous allons travailler ensemble pour ce belle idée de traité d’amitié. » François Hollande a évité soigneusement cependant de répondre à la question des « excuses officielles de la France sur ses crimes de guerre en Algérie comme le réclame le président Bouteflika ». « Je parle au nom du PS et non de celui de la France officielle ; nous devons relancer le processus d’amitié entre nos deux peuples et je réitère ma dénonciation du système colonial et de tout ce que nous avions pu commettre comme méfaits en Algérie. » M. Belkhadem, lui, affirme que son parti s’accroche à la position officielle de l’Algérie exigeant un pardon en bonne et due forme. « Chaque parti à sa position, mais pour nous, nous continuons à exiger ce pardon pour les méfaits de la France coloniale et non pas du peuple français », a nuancé le SG du FLN, qui ne voulait visiblement pas froisser son hôte. Cela n’a pas empêché François Hollande d’affirmer que les positions de son parti rejoignent celle du FLN sur « beaucoup de dossiers ». Même la très sensible question du Sahara-Occidental n’a pas gêné l’invité de M. Belkhadem puisque M. Hollande a plaidé pour une solution « dans le cadre des Nations unies pour alléger les souffrances de ce peuple (les Sahraouis) ».
Bouteflika choisit son camp

Le premier secrétaire du PS et M. Belkhadem ont confirmé que le FLN a sollicité l’appui du Parti socialiste pour réintégrer l’Internationale socialiste (IS). A notre question de savoir si cela allait se faire au détriment du FFS, qui est déjà membre, Belkhadem a eu cette réponse : « Nous n’allons pas déloger le FFS ! » François Hollande, lui, pense que les deux partis « qui ont les mêmes valeurs » peuvent bien cohabiter au sein de l’IS, « même s’ils ont des positions différentes ». Mais avant d’en arriver là, le FLN de M. Belkhadem devra satisfaire à « certaines conditions et se soumettre à quelques règles », selon le patron du PS qui affirme pouvoir défendre le dossier du FLN au sein de l’IS. Et pour cause, les deux partis ont conclu, hier, « un accord de partenariat » et mis en place « un comité de liaison de suivi » qui devra donner corps à cette alliance. La même approche a été suivie dans les discussions entre M. Hollande et le président Bouteflika « pour rechercher des positions communes » entre le pouvoir algérien et le PS qui s’apprête à le prendre en France en 2007. Le patron du PS ne s’est pas caché en laissant entendre que sa visite en Algérie était importante, « surtout dans la période actuelle ». Pour François Hollande, le PS a choisi son camp sur la politique algérienne de la France. Et les dirigeants algériens semblent avoir tranché définitivement entre la droite et la gauche. Le PS a plus que jamais les faveurs d’Alger et les années Chirac restent comme de vagues réminiscences...

Hassan Moali


Le facteur humain selon Georges Morin

Je l’ai dit à François Hollande : je revendique la condamnation du colonialisme, mais c’est toute la France qui en porte la responsabilité et non pas une seule frange : les pieds-noirs », dit Georges Morin, inspecteur général de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche, maire-adjoint de Gières (Isère), vice-président de Cités-Unies-France, association de maires militant pour la coopération internationale, fondateur et président de l’association Coup de soleil qui travaille sur le rapprochement entre la France et le Maghreb.

Ce Constantinois, rencontré, hier, à l’hôtel Djazaïr à Alger, et dont les parents ont quitté Constantine en 1979, accompagne la délégation du Parti socialiste français menée par son premier secrétaire François Hollande, en visite à Alger sur invitation du FLN. « Hollande a tenu à ce que l’historien Benjamin Stora, Faouzi Lamdaoui (responsable de l’Egalité des chances au bureau national du PS et candidat à la députation à Argenteuil) et moi fassions partie de la délégation : un chrétien, un juif et un musulman, fruits de l’histoire de ce pays, et qui expriment la chance extraordinaire des deux pays d’avoir ce potentiel humain partagé », explique cet ancien instituteur, auteur notamment d’un ouvrage dans la collection « Idées reçues » sur l’Algérie (éd. Le Cavalier Bleu, 2003) qui rit lorsqu’on évoque un « lobby constantinois au sein du PS ». Plus sérieusement, il reprend : « Si on exige chaque matin à la France de demander pardon, on va créer l’inverse de ce qu’on veut : les gens vont se cabrer. » Pour Georges Morin, « rien n’empêche que le chef d’Etat français dise que la colonisation est le pêché originel comme il a reconnu la responsabilité de l’Etat français lors des rafles des juifs au Vel dHiv (Vélodrome d’hiver à Paris) en 1942, ou comme a fait Jospin en 1997 en reconnaissant que l’armée française a fusillé des soldats français en 1917. Si on (les socialistes) revient aux affaires, rien n’empêche de le dire et de rappeler que les réalisations du temps de la colonisation c’était pour les Européens uniquement ». A ses yeux, il faut suivre l’exemple de la déclaration de l’ambassadeur de France, M. Hubert Colin de Verdière, à l’université de Sétif le 27 février 2005, où il avait qualifiés les massacres de mai 1945 de « tragédie inexcusable ». « Il l’a dit devant les jeunes, c’est important », poursuit M. Morin qui tient à préciser que M. Hollande fait partie de la génération d’hommes politiques qui n’a pas connu directement la guerre d’Algérie. « Hollande considère ce passé avec sérénité tout en assumant son héritage », dit-il. « La volonté de Hollande est de marquer, à travers cette visite et la composante de la délégation, l’importance de l’attachement humain entre les deux pays, l’importance aussi de l’électorat en France à la veille d’échéances capitales », indique Georges Morin ajoutant que « le PS ambitionne de mettre en place une grande politique méditerranéenne comme un exemple de ce que devraient être les relations Nord-Sud, et dont le pivot serait la relation entre l’Algérie et la France. Un peu comme l’est l’axe Berlin-Paris dans la construction européenne ». « Car malgré la polémique entre Alger et Paris, la coopération reste effective : les contrats du métro, du tramway et de l’aéroport, sans oublier la coopération décentralisée citée en exemple par les deux présidents Chirac et Bouteflika en 2003 », rappelle Georges Morin citant le jumelage entre Grenoble et Constantine et les projets communs entre les deux municipalité dans le domaine de l’urbanisme, du planning familial etc. « Les deux municipalités se téléphonent souvent pour ces domaines et la société civile est tellement impliquée que le maire de Grenoble m’a fait récemment remarquer qu’on ne contrôlait plus totalement et c’est tant mieux », dit-il. M. Morin est le président du groupe Algérie au sein de l’association Cités-Unies, groupe incluant les 37 villes françaises qui travaillent avec l’Algérie. L’association qu’il préside, Coup de soleil, organise annuellement le « Maghreb des livres » à Paris : 250 auteurs invités, 6000 visiteurs et 10 000 livres sur les stands. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, (PS) et membre de Coup de Soleil, invitera la 13e édition de la manifestation à l’Hôtel de ville de Paris les 3 et 4 février 2007. Hommage sera rendu à André Mandouze et à Assia Djebbar lors de cette édition, « au cœur de Paris, au cœur même de la France », dit Georges Morin qui a pris contact avec les autorités algériennes pour accueillir le salon en Algérie l’an prochain dans le cadre des manifestations tournantes à travers le Maghreb.

Adlène Meddi

 
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Algérie, chasse gardée de la France  
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