Francophonie

La valse-hésitation d'Alger

Par Rédaction de Liberte , 28 novembre 2004

Le président Bouteflika a mis en exergue lors de son discours à Ouagadougou "toute l'importance" qu'il accorde à cette organisation "qui dispose d'un poids croissant sur la scène internationale".

L'Algérie n'a pas demandé à adhérer, sous quelque forme que ce soit, à l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Elle ne figure pas, en effet, parmi les pays qui ont introduit une demande d'adhésion à cette organisation lors du Sommet de la francophonie, qui s'est achevé, hier, à Ouagadougou. Selon l'AFP, les chefs d'état et de gouvernement de la francophonie, réunis, vendredi et samedi derniers, à Ouagadougou, pour leur 10e sommet des chefs d'état, ont accepté, vendredi, la demande d'adhésion de sept pays au sein de OIF.
L'Arménie, la Croatie, l'Autriche, la Géorgie et la Hongrie ont été  acceptées dans l'Organisation en qualité de "membres observateurs", comme elles l'avaient demandé.
La principauté d'Andorre et la Grèce ont également été admises à l'OIF "en qualité de membres associés", à leur demande. En revanche, l'Albanie et la Macédoine, deux pays admis comme membres associés et qui avaient souhaité devenir "membres de plein droit", ont vu leur  demande rejetée, sans explication connue. Il faut savoir que les "membres de plein droit" participent à l'ensemble des instances de la francophonie, dont le sommet des chefs d'état et de gouvernement, aux  conférences ministérielles et différentes commissions de l'Organisation. Ils sont habilités à présenter des candidatures aux postes à pourvoir dans les institutions de la francophonie. Les "membres associés", quant à eux, assistent au sommet et à la Conférence des ministres de la francophonie, mais ils ne peuvent intervenir dans les débats ni participer aux séances à huis clos de ces instances. Les "membres observateurs", enfin, peuvent également assister au sommet et à la conférence ministérielle, mais sans intervenir dans les débats. Ils ne peuvent, de même, participer aux huis clos d'aucune instance de l'organisation. à en juger par la qualité des attributions ainsi définies des états membres, il est clair que l'Algérie n'est pas partie prenante de la francophonie, contrairement à ce que l'annonce de la participation du président, Abdelaziz Bouteflika, au Sommet de Ouagadougou, avait fait croire à de nombreux observateurs à Alger. Comment donc pourrait-on expliquer la présence du chef de l'état algérien aux côtés de ses homologues représentants des états membres de l'OIF ? Il suffit peut-être de considérer cette rencontre comme une tribune internationale que ne pouvait bouder Abdelaziz Bouteflika, à l'heure de la redynamisation du Nepad dont il est l'un des initiateurs et dont un sommet vient de se tenir à Alger. Cela, d'autant plus que M. Bouteflika a, depuis, sa première élection à la magistrature suprême, accordé une extrême importance à tous les forums internationaux. Le président Bouteflika a mis en exergue, lors de son discours, à Ouagadougou, "toute l'importance" qu'il accorde à cette organisation "qui dispose d'un poids croissant sur la scène internationale". L'OIF constitue un espace d'autant plus viable qu'il ne se limite plus au "partage de l'usage de la langue française", qui ne peut "représenter une fin en soi, mais qu'elle s'étend aux préoccupations économique et sociale ; ce qui s'est fait au cours des différents sommets", a fait remarquer le chef de l'état algérien. En relevant cette évolution dans les centres d'intérêt de l'Organisation de la francophonie, le président Bouteflika a peut-être enclenché, en douce, un processus d'adhésion à cette organisation pour ne pas provoquer de réactions hostiles chez les conservateurs algériens. C'est, en effet, sa deuxième participation à un sommet de la francophonie, après celui de Beyrouth en 2002, sans que l'Algérie n'en soit membre ni n'en exprime sa volonté d'intégrer officiellement cet espace. Ce qui a fait croire à une adhésion imminente de l'Algérie, c'est certainement aussi le discours de Bouteflika sur l'intérêt que présente l'enrichissement de ce "butin de guerre", que représente la langue française ainsi que les récents changements intervenus dans les programmes scolaires, donnant à la langue de Molière une place améliorée, malgré quelques levées de boucliers.
De même, les relations entre l'Algérie et la France ont connu ces dernières années un réchauffement jugé spectaculaire, amenant les deux pays à entrevoir la signature d'un traité d'amitié, similaire à celui qui lie Paris et Berlin, dès l'année prochaine. Dans le même registre, on peut également évoquer la politique arabe de la France qui, au sujet de la guerre en Irak comme vis-à-vis du conflit israélo-palestinien, agrée les états arabes mieux que les positions exprimées à ces sujets par n'importe quel autre pays d'Europe. Alors faut-il attendre l'adhésion officielle de l'Algérie à l'OIF, lors du prochain sommet, prévu en 2006, en Roumanie ?

 

   
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