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10E SOMMET DE LA
FRANCOPHONIE
L'adhésion de l'Algérie souhaitée
par tous
L'Expression, 22
novembre 2004
Bouteflika a porté une autre estocade aux islamistes avec cette
décision.
Deuxième pays après la France, en termes de nombre pratiquant
le français en partage, l'Algérie se prépare à tronquer
son costume d'invité contre celui de membre à part entière
du regroupement. Et, cela même si le chef de la diplomatie algérienne,
Abdelaziz Belkhadem, veut tempérer l'engagement de l'Algérie
au sein de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). L'Algérie,
notamment, a-t-il déclaré « n'a pas encore décidé de
rejoindre l'OIF ni de modifier son statut d'invité pour devenir
membre de cette organisation ». Cependant, la présence
du président de la République M. Abdelaziz Bouteflika au
10e sommet de la francophonie qui se tiendra dans la capitale burkinabée,
Ouagadougou, les 26 et 27 novembre 2004 est un prélude de l'adhésion
de l'Algérie à l'OIF, selon des observateurs qui affirment
que « l'Algérie n'a aucune raison de manquer un tel rendez-vous
au moment où les Etats n'ont pratiquement aucun poids en dehors
du regroupement ».
Depuis son élection à la magistrature suprême, Abdelaziz
Bouteflika n'a jamais caché son penchant pour la francophonie. Une attitude
mal perçue par le courant islamiste représenté aussi bien
au sein de l'opposition qu'au sein de l'Alliance présidentielle déjà ébranlée.
La réforme scolaire avec la décision de rendre, le mois de septembre
dernier, l'enseignement du français obligatoire dès la deuxième
année primaire en est la meilleure preuve. Cela ne veut nullement dire
qu'il y aura abandon de la culture algérienne car l'Algérie est
dans une logique euro-méditerranéenne. De ce fait, il y a privilège
mais pas exclusivité. La France, ayant senti le vent tourner en sa faveur
et que Bouteflika se détache de plus en plus du courant arabo-baâthiste,
a décidé, d'ailleurs, d'augmenter le montant de l'aide apportée à l'Algérie
en matière d'éducation et de formation. Le budget de la coopération
vient d'être porté à 16 millions d'euros. Une réponse
claire aux conditions des autorités algériennes qui avaient jugé qu'il
fallait, avant de rejoindre l'OIF, tirer avantage « des institutions
ayant le français en partage ».
C'est dans cette optique que Jacques Saâda, ministre de l'Agence de développement économique
du Canada pour les régions du Québec et ministre responsable
de la Francophonie, invitant le président Bouteflika à « participer
pleinement » à ce 10e sommet, a tenté de se montrer
convaincant en soulignant que « les conditions sont désormais
réunies pour que l'Algérie joue un rôle clé dans
la francophonie ». L'argument est d'autant valable aussi bien au
plan politique que socio-économique avec l'avènement, de par
le monde, de plusieurs entités régionales seules à même
de défendre les intérêts des pays membres. La guerre de
leadership que se livrent en sourdine les Etats-Unis et l'Europe par l'intermédiaire
de la France, fait que l'Algérie est devenue une cible de convoitise
privilégiée. Le séjour à Alger, les 12 et 13 octobre
dernier, de Xavier Darcos, ministre français de la Coopération,
du développement de la francophonie, a été mis à profit
pour inviter le président Bouteflika à prendre part à ce
10e sommet.
En effet, la France a beaucoup à gagner à voir l'Algérie
adhérer à l'OIF. D'ailleurs, l'installation du Haut Conseil franco-algérien
pour la coopération universitaire et de recherche, l'Ecole supérieure
algérienne des affaires et la création d'une université franco-algérienne
inaugurée lors de la visite de Darcos, sont des signes qui ne trompent
pas que la France n'est pas près de céder aux Américains
une région qu'elle considère comme chasse gardée. Ces
décisions ont fait dire à Darcos dans un entretien accordé au
journal Le Monde : « Derrière tout cela, il y a le choix volontariste
de l'Algérie d'entrer dans une économie de marché et de
promouvoir la francophonie. » L'engagement de l'Algérie au
sein de l'OIF n'est donc plus qu'une question de temps, en dépit du
souhait de Belkhadem de voir l'Algérie intégrer le Commonwealth.
C'est dans ce sens que peut être interprétée la décision
des Etats-Unis d'inclure l'Algérie dans le nouveau programme de financement
que les Américains auraient lancé dans le cadre de « l'initiative
de Partenariat du Moyen-Orient » ( Mepi), lancée il y a 18
mois, en direction des pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Ce nouveau
programme d'un montant de 18,5 millions de dollars sera mobilisé par
les Etats-Unis pour le financement de projets de partenariat avec l'Algérie,
la Tunisie, le Maroc, l'Egypte, la Jordanie ainsi que la Cisjordanie et la
bande de Gaza et ce, notamment dans les domaines éducatif (écoles
primaires et lycées), universitaire, y compris les stages de perfectionnement,
ainsi que des programmes spécifiques pour la promotion de la femme dans
ces six pays.
Pour les universités des six pays retenus, un montant global de 700.000
dollars leur est prévu pour contribuer à l'amélioration
de l'enseignement, de la recherche et pour l'achat d'équipements. En
ce qui concerne l'Algérie, le programme de coopération dans le
cadre du Mepi sera, pour l'instant, concentré sur le système éducatif
et universitaire, la réforme judiciaire et les organisations non gouvernementales
(ONG), a indiqué à l'APS le sous-secrétaire d'Etat américain
chargé des affaires du Moyen-Orient, Scott Carpenter, lors d'une table
ronde organisée par le département d'Etat avec les représentants
de la presse arabe à Washington, à l'occasion de l'annonce de
ce nouveau programme de financement.
Une façon comme une autre de contrecarrer la francophonie dans le nord
de l'Afrique.
Smaïl
ROUHA |
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