Après la réponse d’Alger à propos de la francophonie : Le Canada estime «encourageante» la réaction de Belkhadem

par Zouaoui Mouloud , Le Jeune Indépendant, 11 septembre 2004

L’Algérie n’a pas encore décidé de rejoindre l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) en dépit des incessantes sollicitations du Canada, l’un des plus importants membres de ce rassemblement de pays qui ont la langue française en commun.

C’est ce qu’a affirmé le ministre des Affaires étrangères M. Abdelaziz Belkhadem mercredi dernier, en recevant le ministre de l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec et ministre responsable de la Francophonie, M. Jacques Saada.

Ce dernier était venu à Alger porteur d’un message au président Bouteflika l’invitant à adhérer à cette organisation. Le message du premier ministre canadien Paul Martin exhortait avec insistance l’Algérie à «participer pleinement à la francophonie».

Une invitation qui intervient à quelques semaines du prochain sommet de l’organisation prévu fin novembre à Ouagadougou. C’est la deuxième fois que l’Algérie se voit sollicitée, après sa participation en tant que membre invité au sommet de Beyrouth en 2002.

Mais selon Belkhadem, «l’Algérie n’a pas encore décidé de modifier son statut d’invité pour devenir membre à part entière» au sein de cette organisation, mettant ainsi un frein à l’enthousiasme des autorités canadiennes. Toutefois, il ne s’agit pas d’un refus définitif vu que l’Algérie est en train d’étudier l’éventualité de profiter «des possibilités qu’offrent les institutions de ceux qui ont le français en partage», a fait savoir M. Belkhadem.

Cet intérêt plus accru que jamais est motivé, selon le chef de la diplomatie algérienne, par la disparition «des relents idéologiques» qui caractérisaient l’organisation, notamment dans les années 1960. L’Algérie n’a jamais été aussi proche de la francophonie que depuis l’avènement du président Bouteflika au pouvoir.

Ce dernier est allé même jusqu’à prendre part pour la première fois au sommet de la francophonie à Beyrouth, en octobre 2002, en qualité d’observateur et à l’invitation du président libanais Emile Lahoud. La participation de Bouteflika a été perçue alors comme celle qui brise un tabou et comme une adhésion qui ne dit pas son nom.

Mais pour la diplomatie algérienne, il s’agissait d’exploiter tous les espaces et les rassemblements pour défendre les intérêts de l’Algérie. «L’Algérie peut témoigner par sa présence de la vigueur de sa personnalité aux côtés de ses nombreux amis africains qui seront à Beyrouth à cette occasion», avait expliqué alors M. Belkhadem, évoquant le soutien dont pouvait bénéficier le NEPAD, une initiative chère à Bouteflika, auprès des pays membres de la francophonie et du G8, tels la France et le Canada.

Ce dernier, membre le plus actif au sein de la francophonie au vu des aides financières qu’il octroie aux pays membres, s’étonne que des pays comme la Roumanie, non francophone, émettent le vœu de rejoindre cet espace alors que l’Algérie, pays qui recèle la plus forte concentration d’expression française après la France, demeure en marge.

Ce qui explique d’ailleurs son enthousiasme pour l’adhésion de l’Algérie, quitte à lui dérouler le tapis rouge. Il n’est pas exclu que lors du sommet de Ouagadougou le Canada se lance dans un travail de coulisses pour pousser l’Algérie à l’adhésion.

Tout cela fait dire au ministre canadien que «les conditions (pour une adhésion de l’Algérie à l’OIF) sont désormais réunies». «L’Algérie peut jouer un rôle-clé dans la francophonie», a-t-il ajouté, en rappelant que «le Canada, depuis l’époque de Pierre Trudeau, a toujours souhaité qu’elle en fasse partie».

Il faut signaler à juste titre qu’avant de se rendre à Alger, M. Saada a passé deux jours à Paris. Il a notamment eu des entretiens avec le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, puis avec son homologue français Xavier Darcos, informés bien sûr du message dont il était porteur.

«Ce n’est pas un appel du pied. C’est à [l’Algérie] de décider», a répété M. Saada, engagé pour son premier voyage à l’étranger dans une mission tout de même délicate. «La réaction du ministre algérien a été prudente mais encourageante», a-t-il dit.

Si Alger décidait de franchir le pas, sa candidature pourrait être examinée, voire acceptée, semble croire M. Saada, au prochain sommet francophone qui se tiendra fin novembre dans la capitale du Burkina. La diplomatie algérienne avait auparavant laissé entendre que l’Algérie avait beaucoup à gagner en intégrant, sous conditions, l’espace francophone, notamment dans sa politique africaine et de la manière dont elle peut tirer profit dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement, un aspect que M. Belkhadem n’a pas manqué de soulever mercredi dernier.

Z. M.

 

 
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