Menaces terroristes contre l'Europe

Quand la France stigmatise l'Algérie

El Watan, 13 janvier 2010

Désigner l'Algérie comme une « source intarissable » de terrorisme et, par ricochet, une menace permanente pour la France, voire l'Europe participe d'une entreprise de dénigrement visant à ternir l'image d'un pays qui lutte depuis de longues années contre ce fléau planétaire.


Quand un « Marsien » se fait exploser sur la lune, la France s'arrangerait à trouver un « lien » avec son ancienne colonie, l'Algérie, de laquelle elle a été durement chassée. Et lorsqu'un jeune Nigérian tente sans succès un attentat kamikaze sur un vol Amsterdam-Detroit, Paris agit comme si le coup est venu de l'Algérie. Pour se prémunir donc contre d'éventuelles attaques terroristes, elle décide de « neutraliser » les voyageurs algériens à l'entrée et à la sortie de ses aéroports, donnant « gracieusement » le statut de « potentiel terroriste » à tout un peuple, comme elle le faisait jadis avec les moudjahidine.

Bien que l'attentat avorté ciblait les Etats-Unis, la France était la première à réagir en actionnant son plan Vigipirate contre l'Algérie et six autres pays. Le Nigeria ne figure pas sur la liste française, même si le présumé auteur de la tentative d'attentat porte la nationalité de ce riche pays en pétrole. Outre l'humiliante fouille corporelle et l'inspection minutieuse des effets personnels de nos voyageurs, la France exige des compagnies aériennes de communiquer les informations personnelles des passagers au moment de la réservation et non plus à l'embarquement comme c'est le cas actuellement. Le ministre français de l'Intérieur, Brice Hortefeux, ira jusqu'à menacer de « représailles » d'ordre économique contre les compagnies qui ne respecteraient pas ces nouvelles mesures. Il parle d'une amende qui peut aller jusqu'à 50 000 euros contre les compagnies aériennes qui refuseraient de jouer le jeu. Une mise en garde contre Air Algérie qui opère des dizaines de vols par semaine vers la France ? Parmi les sept pays « à risque », selon les « critères » de l'Elysée, l'Algérie est de loin le pays qui a plus de relations et de circulation de personnes avec la France. Pourquoi donc stigmatiser l'Algérie ? Xavier Driencourt, ambassadeur de France à Alger, l'explique par la persistance de la menace terroriste sur le territoire national. Mais ce diplomate français à Alger ne voit aucunement en ces mesures un « caractère discriminatoire », affirmant dans un entretien accordé à El Watan que « le dispositif n'est dirigé contre aucun pays et n'a pas pour stigmatiser telle ou telle population ».

Diplomatique, l'explication de l'ambassadeur est loin d'être convaincante. Comment peut-on dire que le dispositif n'est pas dirigé contre l'Algérie et en même temps on intensifie le contrôle de tous les passagers en provenance de ce pays sans que cela soit élargi à d'autres nations du Maghreb par exemple ? Bien que les passagers puissent être issus de différentes nationalités, le dispositif vise sans aucun doute à présenter au reste du monde l'Algérie comme une « nation de terroristes » comme l'Afghanistan, le Yémen ou encore la Somalie. Pourtant, l'Algérie est le premier pays au monde à lutter contre le terrorisme et à subir ses affres. Un pays qui ne cesse d'être sollicité pour son expérience en la matière depuis les attentats du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles américaines. Mais la conjoncture semble être en défaveur de notre pays qui s'oppose à l'ingérence des puissances occidentales, à leur tête la France et les USA, dans la région du Sahel, aux portes du Sud algérien. La volonté affichée de la France de « donner un coup de main » dans la « lutte antiterroriste » dans cette sous-région n'a pas été du goût d'Alger qui considère cet espace comme un domaine de souveraineté des pays « frontaliers ». Désigner l'Algérie comme une « source intarissable » de terrorisme et, par ricochet, une menace permanente pour la France, voire l'Europe participe d'une entreprise de dénigrement visant à ternir l'image d'un pays qui lutte depuis de longues années contre ce fléau planétaire. Et donc tenter d'isoler ce pays et d'affaiblir son rôle régional au profit d'entités plus « dociles ». Pouvoir s'implanter dans la région, c'est arriver à la contrôler et à mieux défendre ses intérêts. Le plus étonnant dans cette affaire, ce n'est pas le dispositif de contrôle à l'égard des ressortissants algériens. C'est plutôt le silence d'Alger qui a quand bien même réagi aux mesures américaines allant dans le même sens en convoquant lundi son ambassadeur à Alger. Une convocation qui n'a pas été destinée à l'ambassadeur de France à Alger. Encore une fois, notre diplomatie adopte profil bas envers l'ancienne puissance coloniale. Une attitude que peut-être va expliquer le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, lors de son passage aujourd'hui sur la Chaîne I de la Radio nationale.


Par M. A. O.


Xavier Driencourt. Ambassadeur de France

« L’Algérie a été incluse dans ces mesures à cause de la persistance de la menace terroriste sur son territoire »

El Watan, 13 janvier 2010

- La France a mis en œuvre un nouveau dispositif pour la sécurité aérienne en élaborant une liste de pays à risque. Pourquoi l’Algérie figure-t-elle sur cette liste ?

Aucune mesure particulière supplémentaire n’a été récemment mise en œuvre concernant les liaisons entre l’Algérie et la France. Plus particulièrement, aucune mesure de fouille individuelle ou scanner sur les passagers n’ont été instaurés. Le caractère non discriminatoire de notre dispositif provient du fait qu’il concerne toutes les compagnies aériennes et toutes les nationalités sur les vols concernés. Il n’est donc dirigé contre aucun pays et n’a pas pour objet de stigmatiser telle ou telle population, comme l’a déclaré le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères et européennes. L’exploitation des données des passagers, quelle que soit leur nationalité, sur les liaisons aériennes entre l’Algérie et la France, s’inscrit dans l’action commune menée de façon étroite par nos deux pays dans le cadre de la lutte contre les menaces terroristes que nos deux pays subissent. A ce titre, la France a salué la détermination de nos partenaires algériens à lutter contre le terrorisme, comme elle n’a pas oublié le combat douloureux mené par l’Algérie contre le terrorisme lors du conflit opposant le pouvoir aux islamistes dans les années 1990, combat qui n’est pas terminé car la menace demeure, même si elle a changé d’intensité et de nature.

- Les nouvelles mesures françaises interviennent suite à un attentat avorté commis par un jeune Nigérian et le nom de son pays ne figure aucunement sur la liste établie par le gouvernement français. L’Algérie, qui est qualifiée de partenaire efficace dans la lutte antiterroriste, y figure pourtant. Sur quelle base le risque par pays est-il évalué ?

Il ne faut pas confondre la menace terroriste et la lutte contre le terrorisme. Si l’Algérie lutte contre le terrorisme avec une détermination que nous saluons, c’est bien parce qu’il existe une menace terroriste. Des mesures de contrôle aérien ont été prises envers plusieurs pays où la menace existe depuis 2006. L’Algérie a été incluse dans ces mesures à cause de la persistance de la menace terroriste sur son territoire et dans la zone sahélienne. A ce stade, le Nigeria ne l’a pas été, mais l’évaluation de la menace est régulièrement actualisée.

- Croyez-vous que les actes de quelques individus engagent leur pays ? Si tel est le cas, pourquoi ne pas avoir listé d’autres pays qui ont largement contribué à l’émergence de la nébuleuse Al Qaîda dans leur pays et ailleurs ?

Je vous renvoie à ma réponse à votre deuxième question. Il ne s’agit pas de porter un jugement sur un pays ou sur ses ressortissants, mais d’évaluer une menace terroriste. C’est la persistance du terrorisme en Algérie et dans la zone sahélienne qui explique la nécessité de contrôles renforcés aux frontières, comme elle l’explique dans d’autres régions.

- Qu’avez-vous à répondre à l’accusation selon laquelle la France applique une politique de deux poids deux mesures face à la question de la classification des pays à risque ?

Je réponds par les faits. Il existe hélas un risque terroriste dans plusieurs pays. Ce risque fait l’objet d’une évaluation qui n’implique en rien de porter des jugements sur les pays. Plusieurs pays sont objectivement des zones où ce risque est encore, hélas, présent. L’Algérie en fait partie. Les autorités algériennes luttent d’ailleurs avec beaucoup de détermination contre cette menace, avec notre soutien, et nous saluons cette détermination. Beaucoup d’autres figurent aussi sur cette liste, qui comptera bientôt plus d’une trentaine de pays. Par ailleurs, il n’y a pas de discrimination puisque tous les passagers sur les vols venant d’une destination donnée sont concernés par les mesures de contrôle, sans discrimination sur la base de la nationalité. Je le serai moi-même quand je rentrerai à Paris.

- Les nouvelles mesures de contrôle sont jugées dégradantes. Qu’en pensez-vous ?

Les mesures prises ne peuvent pas être considérées comme dégradantes puisqu’il ne s’agit que de communiquer des listes de passagers ne contenant que des renseignements d’identité et les références des documents de voyage, tout élément d’information qui existe déjà lors de la constitution du dossier de demande de visa.

Par Nadjia Bouaricha

 
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Algérie, chasse gardée de la France  
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