46E ANNIVERSAIRE DU PREMIER ESSAI NUCLÉAIRE FRANÇAIS À REGGANE

Retour sur un drame actualisé

L'Expression, 13 février 2006

Peut-on rappeler la présence coloniale de la France en Algérie, sans évoquer les crimes qu´elle a commis?

Comme toute autre date que l´histoire retient sur la présence française en Algérie, la date du 13 février 1960 reste, aussi, une tache noire pour la France. Ce jour-là, la Ve République a procédé, sous la présidence du général De Gaulle, aux premiers essais nucléaires dans le Sahara algérien, plus exactement à Hamoudia, près de Reggane. Cette première bombe atomique était d´une puissance de feu nucléaire dépassant les 450 kilotonnes, soit 40 fois plus forte que la bombe explosée par les Américains à Hiroshima, au Japon. Cet essai ne fut pas le dernier, car la France a procédé à l’explosion de toute une série de plus de 15 essais, entre 1960 et 1966. 46 ans après ce crime contre l´humanité, c´est aujourd´hui la commémoration de cet anniversaire.
L´Etat français ne veut toujours pas assumer ses responsabilités. Il ne voulait toujours pas admettre que l´explosion d´une telle bombe constitue un crime contre l´humanité. Car elle comportait des risques majeurs sur la santé. Faut-il le rappeler, la France avait poursuivi ses tirs malgré le moratoire décidé en 1958 par les Etats-Unis, l´Urss et la Grande-Bretagne, interdisant les essais nucléaires atmosphériques. Lors de ces essais, il est utile de le souligner, même des personnes mobilisées pour cette opération n´ont pas été protégées contre le rayonnement et la lumière dégagés par l´explosion.
Il est donc, du devoir du peuple algérien, au moment de la célébration de cet anniversaire, de prendre conscience des effets de ces essais. Sachant bien que les populations de Reggane et d´In Ekker à Tamanrasset souffrent encore des effets de ces essais qui ont coûté la vie à des milliers de personnes et engendré des maladies graves. Comme il est à souligner que ce crime est le énième acte commis par la France sur le sol algérien. Si ces événements ne suscitaient pas trop d´intérêt chez les Algériens par le passé, ils sont, en revanche, revendiqués, voire dénoncés, ces dernières années.
Ce sujet ne cesse d´occuper le devant de la scène politique entre les deux pays. Il n´y a pas un jour qui passe, sans que des voix s´élèvent, appelant la France à reconnaître les crimes commis contre les Algériens. Cette dernière, au lieu de trouver un moyen pour accélérer le processus de la signature du traité d´amitié entre le deux pays, a proposé la loi du 23 février, adoptée par la majorité du Parlement français, qui glorifie le " rôle positif " de la présence de la France outre-mer, notamment au Maghreb. Cette loi est perçue comme une provocation par les Algériens. Ces derniers s´interrogent sur ce que les Français qualifient de "rôle positif". Ainsi, peut-on rappeler la présence coloniale de la France en Algérie, sans évoquer les crimes qu´elle a commis? En outre, faut-il considérer ses massacres et ses génocides comme positifs?
Ce sont toutes ces questions qui reviennent comme un leitmotiv sur les lèvres des Algériens. S´agissant du traité d´amitié, qui devait être signé en fin d´année 2005, la question qui mérite, aussi, d’être soulevée est de savoir si on passe à la signature de ce traité, sans que la France ne reconnaisse ses erreurs.
Dans une déclaration rendue publique à l´occasion du 46e anniversaire du premier essai nucléaire français en Algérie, l´Organisation nationale des moudjahidine (ONM) a exigé de la France la reconnaissance des forfaits commis contre le peuple algérien. Cet avis est partagé par toute la société civile nationale. Laquelle persiste et signe qu´il n´y aura pas de traité d´amitié tant que la France n´a pas présenté officiellement ses excuses au peuple algérien.

Tahar FATTANI

 
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