Pour les PME françaises, le marché algérien fait figure de nouvel eldorado

Le Monde, 25 juin 2005

ls n'en reviennent pas. Jamais ils n'auraient imaginé que l'Algérie puisse être la solution à leurs problèmes. "Les "trente glorieuses" sont de retour !" , affirment-ils, ravis. La 38e Foire internationale d'Alger, qui s'est tenue début juin, a été une révélation pour les uns, une confirmation pour les autres. La quasi-totalité des 350 exposants du pavillon français étaient des patrons de petites et moyennes entreprises. Tous sont repartis enthousiastes, persuadés d'avoir découvert "un nouvel eldorado" . S'ils ont une inquiétude, c'est de constater que "la concurrence est énorme" et qu'ils ont déjà perdu trop de temps.

"En France, on court après les affaires. Ici, il y en a à tous les coins de rue ! Tout est à faire, en Algérie. Les industries ont besoin de tout" , raconte, éberlué, Gérard Jacubeck, fabriquant de compresseurs d'azote, au terme d'une semaine de contacts prometteurs. Sernin Marichal, directeur de SCMR, groupe de fournitures industrielles, vient ici depuis 1974. Après avoir travaillé pour le secteur public, il s'est tourné vers le privé, au fur et à mesure que l'Algérie passait à l'économie de marché. En septembre, il ouvrira une filière à Reghaïa, à une quarantaine de kilomètres d'Alger. "Le marché est colossal. Les PME et PMI algériennes sont à la recherche de matériel français et européen, explique-t-il : elles veulent du conseil et de la formation."

Le marché algérien pourrait-il être "plus grand que [leurs] rêves" ? Désiré Renaux, président de Rivard, s'en inquiéterait presque. Il fabrique du matériel pour l'entretien des réseaux d'assainissement. Sa PME est "en expansion permanente" en Algérie. Et ce n'est qu'un début. Pour la Foire d'Alger, il a amené de France une "trancheuse", monstre de 3,50 m de haut, 12 m de long, doté d'une gigantesque scie circulaire. Cet engin, qui creuse le sol en même temps qu'il pose des câbles, a constitué le clou du pavillon français. Or l'un des objectifs prioritaires du gouvernement algérien, pour les quatre années à venir, est l'installation de 21 000 km de câbles optiques destinés aux lignes téléphoniques et de 3 000 km de canalisations de gaz. Résultat : Rivard a obtenu une commande de trois trancheuses, voire de cinq engins, pour 2005, en dépit du prix de chaque appareil : 500 000 euros.

AIDES INCITATIVES

La concurrence ? Jérôme Louault, fabricant de remorques et de semi-remorques à Saint-Fargeau, dans l'Yonne, s'en alarme. Les pays asiatiques, en particulier la Chine, ainsi que l'Amérique latine, cassent les prix. "Tous ces pays sont beaucoup moins chers que nous. Si je l'emporte, c'est parce que je suis français. J'ai l'avantage de la langue et de la connaissance du marché" , souligne-t-il.

Charbonneaux-Brabant, PME de Reims, a, pour sa part, les yeux fixés sur l'horizon 2010. Si cette entreprise spécialisée dans la moutarde et le vinaigre est venue à Alger, c'est pour "se positionner" dans l'optique de la suppression des barrières douanières des deux côtés de la Méditerranée. "Nous avons déjà un distributeur à Tizi-Ouzou. Pour l'instant, on paie des taxes exorbitantes de 30 %. Mais il faut penser à l'avenir. L'Algérie, ça représente un marché de 33 millions d'habitants, contre 6 millions en Tunisie", reconnaît Bruno Mecchi.

Ces six dernières années, Gilles etHubert Magnan, fondateurs et directeurs d'Océanis Engineering, ont installé en Algérie "200 000 m3 de chambres frigorifiques" . Les clients de ces "spécialistes de la chaîne du froid" ? Le plus souvent, de grosses fermes dans la Mitidja, cette plaine autrefois paradis des colons, située aux portes d'Alger. On leur réclame des entrepôts frigorifiques adaptés à l'environnement, "du simple et du robuste" .

La grande chance des frères Magnan, c'est le redémarrage de l'agriculture en Algérie. "Depuis quelques années, les agriculteurs bénéficient d'aides incitatives de la part de l'Etat. Ça a "boosté" le marché, ces subventions. D'ici peu de temps, la Mitidja aura retrouvé le niveau d'avant 1962", assurent-ils. Bientôt, ils équiperont une ferme piscicole... à Ouargla, en plein désert ! Là-bas, à 850 km au sud d'Alger, on élève des truites, des daurades et des saumons, entre deux dunes de sable.

Florence Beaugé

 
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Algérie, chasse gardée de la France  
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