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Alors que les relations diplomatiques algéro-françaises sont à leur meilleur niveau

L’économique ne suit pas les politiques

Par Amine Echikr, La Tribune, Lundi 7 février 2005

Les relations diplomatiques et la coopération algéro-française n’ont jamais été aussi bonnes depuis les réélections de Abdelaziz Bouteflika et de Jacques Chirac. Les deux chefs d’Etat se sont engagés publiquement à hisser, au meilleur niveau possible, les relations entre les deux pays, ennemis d’hier, dans le cadre d’une collaboration qui prendrait la forme, entre les deux rives de la Méditerranée, de ce qui s’est fait sur les deux rives du Rhin. Ainsi, «la Déclaration d’Alger» affirmait que «conscientes de l’extrême densité et de la richesse exceptionnelle des liens multiformes qui les unissent tout en assumant pleinement le legs du passé et soucieuses d’inscrire leurs relations dans une vision novatrice résolument tournée vers le progrès et l’avenir, adossée aux valeurs d’amitié, de solidarité et de coopération, la France et l’Algérie veulent s’engager dans la construction d’un avenir partagé». Aussi, les deux chefs d’Etat ont convenu de «donner un élan décisif et de consacrer l’œuvre de refondation et de restructuration des relations bilatérales initiée au plus haut niveau des deux pays». Il s’agit dans les faits de «l’instauration de rapports privilégiés et d’un partenariat d’exception». Ce partenariat se base sur des axes essentiels. Les plus importants, au nombre de deux, ont trait au volet politique et un aspect non moins important qui est économique.

Un partenariat politique d’exception

Ainsi, le volet politique, qui se réalise à un rythme soutenu -jamais un ballet ministériel n’a été constaté entre les deux capitales- consacre d’abord «un dialogue politique renforcé au service d’une vision novatrice et ambitieuse des relations internationales». «Dans un monde de plus en plus complexe où le dialogue, plus que jamais nécessaire, doit impérativement se substituer à la confrontation et aux antagonismes, la France et l’Algérie affirment leur volonté de renforcer, à travers la promotion de leur dialogue politique, leurs actions communes au service de la paix, de la coopération et du développement. A cet effet, les deux pays envisageront de concert les actions à mener, tant sur un plan bilatéral que multilatéral, pour assurer la prévention et le règlement des conflits, faire prévaloir le droit international, lutter contre le terrorisme international, relever les défis du développement et faire face aux enjeux liés à la mondialisation. Ils coordonneront, chaque fois que nécessaire, leurs positions et leurs initiatives dans ces domaines», peut-on lire dans la Déclaration d’Alger. Pour obtenir des résultats, l’Algérie et la France veulent «favoriser ensemble, et si besoin est en concertation avec les autres pays de la région, la construction de l’Union du Maghreb arabe, soutenir à cet effet les efforts d’intégration dans les pays du Maghreb, tout en encourageant un plus grand rapprochement et une coopération renforcée entre l’Union du Maghreb arabe et l’Union européenne. Mettre en valeur la solidarité entre les deux rives de la Méditerranée à travers les enceintes de coopération régionale appropriées, en particulier le processus de Barcelone, le Forum méditerranéen et le cadre de dialogue et de concertation 5+5. Œuvrer de concert en faveur de la préservation de la stabilité, de la paix et du développement en Afrique, notamment à travers une implication active des deux pays dans l’appui à la mise en œuvre du Nouveau partenariat pour le développement en Afrique [NEPAD]. Dans ce contexte, la coopération entre la France et l’Algérie constituera un point d’appui essentiel à l’expression pleine et entière des relations d’ensemble entre les deux pays. Renforcer, à travers leur coopération, les valeurs essentielles de démocratie et de respect des droits de l’Homme. A l’effet de conduire ce dialogue renforcé au plus haut niveau et de l’institutionnaliser, les deux pays décident d’une rencontre annuelle entre les chefs d’Etat et de consultations, deux fois par an, entre les ministres des Affaires étrangères».

Un ballet ministériel

Ces derniers points sont en passe de se réaliser. Preuve en est la multiplication des visites. Ainsi et parmi les échanges ministériels dans les deux sens, on peut noter celles du ministre des Affaires étrangères (les 12 et 13 juillet 2004), de M. Nicolas Sarkozy (en tant que ministre de l’Intérieur puis comme ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie les 4 et 5 juin et à nouveau le 27 juillet 2004), de Mme Alliot-Marie, ministre de la Défense (les 16-18 juillet 2004, pour ce qui constituait la première visite d’un ministre de la Défense en Algérie depuis l’indépendance), de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale (15-16 septembre 2004, dans le cadre du dialogue 5+5 sur les migrations), de M. Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales (11-12 octobre 2004) et de M. Xavier Darcos, ministre délégué à la Coopération, au Développement et à la Francophonie (13-14 octobre 2004). Les chefs d’Etat se sont rencontrés à cinq reprises (notamment le 16 août 2004 au fort de Brégançon, au lendemain des cérémonies de commémoration du 60e anniversaire du Débarquement de Provence à Toulon) depuis mars 2003.Mais si tout va comme le veulent les chefs d’Etat, au niveau économique, cela suit moins bien. Les entreprises françaises sont parmi les plus frileuses alors que celles de pays ayant moins de proximité sont plus actives à l’image des entreprises chinoises ou indiennes. Pourtant, la Déclaration d’Alger prévoit qu’au niveau économique, «l’Algérie et la France […] doivent concourir à la prospérité commune et au développement, décident d’établir un partenariat économique privilégié, fécond et mutuellement avantageux, fondé sur l’encouragement des investissements directs français en Algérie. L’appui institutionnel aux réformes économiques entreprises par l’Algérie. La mobilisation des instruments de financement adaptés pour les grands projets d’infrastructures programmés en Algérie et l’appui français pour la mobilisation d’autres financements concessionnels auprès des institutions financières internationales et leur mise en synergie. Le transfert de technologies et de savoir-faire des entreprises françaises, notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’eau, des transports, de l’habitat et de l’urbanisme et les nouvelles technologies de l’information et de la communication, dans le cadre de la promotion de relations économiques et commerciales exemplaires».

Des instruments disponibles mais inutilisés

Pour réaliser cet ambitieux projet, le gouvernement français a fait en sorte que «l’Algérie soit éligible à l’ensemble des instruments d’APD française». L’Algérie cumule «le bénéfice des interventions de l’AFD et l’éligibilité à la Réserve pays émergents». L’Algérie et la France ont signé un «aide-mémoire sur le partenariat pour la croissance et le développement», qui prévoit un ensemble de mesures de soutien à la présence économique française en Algérie, d’un volume cumulé de plus de deux milliards d’euros. Dans le but d’accroître les investissements, «la France a mis à disposition de l’Algérie un total de 287,8 millions d’euros, limite autorisée par le Club de Paris. Cette facilité pourra être utilisée pour des investissements dans les nombreux secteurs en expansion. Parallèlement aux actions menées pour promouvoir l’investissement français en Algérie, 55 millions d’euros, sous forme de prêts bonifiés, ont été octroyés par l’Agence française de développement pour faciliter l’investissement des PME algériennes. Une enveloppe supplémentaire d’un milliard d’euros de garanties de crédits a été ouverte par la Coface, destinés à couvrir de futurs contrats, notamment dans les secteurs des transports, des télécommunications, de l’électricité, des hydrocarbures, des biens d’équipement industriel, des services urbains et de l’habitat».Cela a abouti à une forte progression des relations commerciales. La France est le premier partenaire commercial de l’Algérie avec 24% de part de marché. Soit une progression des exportations françaises vers l’Algérie de plus de 50% en trois ans. Mais les investissements français en Algérie demeurent très modestes. Sur les quatre dernières années, il a été constaté l’implantation dans le secteur agroalimentaire de Castel, Danone et Bel. Pour les transports, seul Michelin a investi, et pour les détergents on note le partenariat Henkel France avec l’entreprise publique ENAD. Les PME sont plus actives. Elles sont près d’une centaine à opérer sur le marché algérien. Malgré la multiplication des visites d’entreprises françaises ou de délégations du Medef, l’investissement français tarde à se hisser au niveau voulu par les politiques.

A. E.

   
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