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ALGÉRIE-FRANCE
De l’eau dans le gaz ?
Le Soir d'Algérie, 27 novembre 2007
L’Algérie serait-elle en manque d’inspiration diplomatique ces temps derniers pour ainsi offrir d’elle l’image d’un pays qui cafouille dès qu’il se retrouve confronté à une actualité politique brûlante et à des choix économiques déterminants ? Alors que le report sine die de la privatisation du CPA gardait encore une dose bien pesante de mystère, voilà que le ministre des Moudjahidine se met en évidence à travers une diatribe corrosive à l’encontre du président français attendu en visite d’Etat en Algérie début décembre.
Sofiane Ait-Iflis - Alger (Le Soir)- Rarement un ministre de la République s’est montré aussi véhément à l’encontre d’un chef d’Etat étranger à la veille de sa visite d’Etat dans notre pays comme vient de le faire le ministre des Moudjahidine, Mohamed Chérif Abbas. Généralement, pour de pareils rendez-vous politiques, il est pris, d’un côté comme de l’autre, l’extrême prudence à ne pas manquer aux us diplomatiques, tant la moindre inadvertance peut s’avérer lourde de conséquences. Or, peut chaut semble-t-il à Mohamed Chérif Abbas que son propos vienne altérer le cours d’une normalisation engagée de la relation algéro-française. Dans une interview au quotidien El Khabar publiée hier, le ministre des Moudjahidine a disserté dur et cru à l’encontre du président français Nicolas Sarkozy dont il a assimilé la visite d’Etat en Algérie à un simple échange protocolaire, de laquelle il faudrait donc rien attendre de significatif en termes de consolidation des relations entre les deux pays. La sentence ainsi énoncée par Mohamed Chérif Abbas repose deux postulats : les origines du président français et sa proximité avec le lobby juif. Bien évidemment, le ministre des Moudjahidine marque son opposition à toute proposition sarkozienne, notamment son fameux projet d’Union méditerranéenne. Pourtant, sur ce point précis, d’autres ministres ont récemment avoué trouver un certain intérêt à piocher en profondeur cette idée. C’est le cas du chef de la diplomatie algérienne, Mourad Medelci qui, raisonnablement, dit attendre de voir de quoi il en retourne avant de définir une quelconque position. Mohamed Chérif Abbas rompt brutalement avec cette prudence que, au demeurant, l’Etat algérien a fait sienne jusqu’ici. S’exprimant du haut de sa fonction de ministre, Chérif Abbas ne pouvait qu’engager l’Etat, du moins d’une certaine manière, auquel cas sa sortie médiatique se comprendrait comme un avant-propos à ce qui se prépare à être décliné comme affirmation officielle. Mais il n’est pas à écarter que le ministre des Moudjahidine ait fait cas d’une appréciation personnelle de la relation algéro-française. Ce qui serait très grave, tant à ce niveau de la responsabilité politique, les digressions similaires ne sont d’ordinaire point autorisées. Cela dénote, au cas où il s’avère que Mohamed Chérif Abbas a parlé pour lui-même, une déliquescence de l’Etat et de ses institutions. Ce n’est pas bon pour l’image d’un pays qui cultive la chose et son contraire, qui stoppe net des processus dans lesquels il s’est lourdement investi. Cette note de «bienvenue» à Nicolas Sarkozy signée Mohamed Chérif Abbas est d’autant plus maladroite qu’elle travaillait à prolonger une polémique qui ne valait pas la peine d’être engagée. D’ailleurs, elle n’aurait jamais germé si, un jour de décembre, le président Bouteflika n’avait lui-même donné à la visite de Macias le cachet politique qui, par la suite, autorisa toutes les fièvres, au point où même le chef du gouvernement s’est obligé au devoir de jurer qu’il ne serrera pas la main du chanteur. La déliquescence se mesure dans ce que l’Etat se propose solennellement d’accueillir Macias en hôte d’honneur et qui, quelques colères plus tard, se ravise. Elle se vérifie aussi dans cette surprenante halte décidée dans la privatisation du CPA. Une opération qui devait jouer en incitateur au drainage des investissements étrangers. Or, il semble que les autorités algériennes réussissent toujours à trouver le moyen de susciter la réticence chez les partenaires étrangers. Faut-il, sans charger l’énumération, rappeler cette fameuse affirmation officielle à propos de l’ex-golden boy et qui finalement s’est avérée être un mensonge entretenu. Ou encore de cet ancien émir terroriste qui s’est bien repenti mais continue à être jugé et condamné par contumace.
S. A. I.
A QUELQUES JOURS DE LA VISITE DE SARKOZY EN ALGÉRIE
Chérif Abbas jette un pavé dans la mare
Au moment où la diplomatie s’active pour préparer le déplacement à Alger de Nicolas Sarkozy, le ministre des Moudjahidine jette un pavé dans la mare. Chérif Abbas a réduit le déplacement du chef de l’Etat français à une «simple visite protocolaire» et accuse Nicolas Sarkozy d’obéir aux orientations du «lobby juif». Chérif Abbas fait de la repentance de la France une condition sine qua non pour l’établissement de relations «d’égal à égal» et estime que ce n’est certainement pas Sarkozy qui y œuvrera «au regard de ses origines».
Nawal Imès - Alger (Le Soir) - Dans un entretien accordé au quotidien arabophone El Khabar, le ministre des Moudjahidine n’a pas ménagé le président français, n’hésitant pas à aller à contre-courant des déclarations officielles. Au moment où Bouteflika privilégie la realpolitik en mettant de côté le contentieux historique, Chérif Abbas insiste sur le devoir de mémoire et exige des excuses officielles de la France. Il va plus loin en affirmant que les origines de Nicolas Sarkozy seront un obstacle à des relations bilatérales «mûres». A une question relative à son appréciation des relations franco-algériennes, le ministre de la République algérienne n’a pas hésité à user de propos d’une rare virulence : «Vous connaissez les origines du président français et les parties qui l’ont amené au pouvoir. Saviez-vous que les autorités israéliennes avaient mis en circulation un timbre à l’effigie de Nicolas Sarkozy, en pleine campagne électorale ? Le gouvernement d’ouverture que dirige M. Sarkozy, qui a vu plusieurs personnalités de gauche rejoindre un gouvernement de droite, soulève plusieurs interrogations comme pourquoi Bernard Kouchner a décidé de sauter le pas, cela ne s’est pas fait pour des croyances personnelles. Ceci était le résultat d’un mouvement qui reflète l’avis des véritables architectes de l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, le lobby juif qui a le monopole de l’industrie en France.» Très pessimiste et ne prévoyant aucune détente entre les deux pays, le ministre des Moudjahidine ne s’attend pas à ce que la visite du chef d’Etat français apporte un plus. A ce sujet, il a affirmé : «C’est une visite de courtoisie, sans plus, qui vise à garder les relations bilatérales actuelles en attendant de voir ce que nous réserve l’avenir. Au jour d’aujourd’hui des rapports d’égal à égal ne sont pas envisageables, les Français ne son pas prêts, en particulier durant le mandat de M. Sarkozy.» La remise aux Algériens des plans de mines déposées durant la colonisation n’est-elle pas une preuve de bonne foi des Français ? Non, répond-il catégorique. «Je crois que la remise des plans des mines n’est rien d’autre qu’un coup de pub et je ne vois en aucun cas de bonnes intentions en cela. Cependant, cela peut être perçu comme un aveu de la France, elle reconnaît ainsi que la guerre menée en Algérie n’a rien d’honorable, car elle a utilisé des procédés barbares comme les mines.» Une analyse qui l’a amené naturellement à évoquer la récurrente question de la repentance. «A mon avis, si la France ne reconnaît pas les crimes qu’elle a commis en Algérie, une normalisation ou une réconciliation n’est pas envisageable. Les relations ne dépasseront pas le cadre des échanges commerciaux. Parler d’un traité d’amitié ou de réconciliation sans excuses ?... Impossible». Chérif Abbas fait donc sienne une revendication que même le chef d’Etat a abandonnée et promet de le faire savoir à l’hôte de l’Algérie. «Lorsque je rencontrerai Sarkozy, je lui dirai que faute avouée est à moitié pardonnée », dit-il considérant que «la venue d’Enrico Macias est une provocation, mais à un degré moindre, car il n’est pas d’origine algérienne. Je crois qu’Enrico Macias ne fera pas partie de la délégation qui va accompagner M. Sarkozy». Une information qui se confirme puisque le chanteur a renoncé à se rendre dans un pays où il n’était pas «le bienvenu».
N. I.
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Algérie, chasse gardée de la France |