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Christine Lagarde, ministre déléguée au Commerce extérieur français, au Quotidien d’Oran Le duel franco-chinois en Algérie
Interview Réalisée Par Notre Correspondant A Paris: S. Raouf, Le Quotidien d'Oran, 21 février 2006
La ministre déléguée au Commerce extérieur français, Christine Lagarde, sera début juin en Algérie à l’occasion de la 39ème Foire internationale d’Alger. C’est elle-même qui l’a annoncé au Quotidien d’Oran à l’occasion de la présentation des chiffres du Commerce extérieur français. La ministre y avait déjà séjourné l’an dernier pour les mêmes motifs. En 2005, la balance commerciale bilatérale a pesé 8,3 milliards d’euros contre 7,1 milliards en 2004, selon les indicateurs des Douanes françaises. La France y a exporté pour 4,6 milliards et en a importé pour une valeur de 3,68 milliards. Ses chiffres en font le premier partenaire commercial de l’Algérie en Afrique et le troisième dans le monde hors pays de l’OCDE. Entre grands groupes et PME-PMI, 11.300 entreprises y ont glané différemment des parts de marché, les yeux rivés sur l’offensive chinoise. La percée jaune n’a pas échappé au regard de Christine Lagarde. «Nos entreprises sont parfois en concurrence avec des entreprises chinoises, notamment dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Que le meilleur gagne ! Mais avec les mêmes règles !», dit-elle dans un entretien à notre journal. La ministre appelle les entreprises hexagonales, notamment les PME, à livrer le challenge dans un «marché à fort potentiel».
Le Quotidien d’Oran: Au delà des indicateurs strictement chiffrés, quelle lecture vous inspire l’évolution des relations commerciales franco-algériennes ? Christine Lagarde: Les échanges entre la France et l’Algérie sont denses. La France maintient sa part de marché autour de 25%. Ce chiffre reflète le caractère complémentaire et la force des liens commerciaux et humains entre nos deux pays.
Q.O.: Tirés vers le haut d’une année à l’autre, ces échanges suscitent des commentaires de presse positifs. Tant à Paris qu’à Alger, on y voit l’illustration d’une relation bilatérale à fort potentiel de développement. Reste qu’Alger appelle de ses voeux à une modification de l’articulation de la relation économique. Commerce combiné à une promotion des investissements, plaide-t-on. C. L.: Avec l’équivalent de 70 millions d’euros en 2004 - soit 10% des investissements directs étrangers à destination de l’Algérie -, la France est le premier investisseur européen et, hors hydrocarbures, le premier investisseur étranger. Mais, la France a vocation à faire encore mieux en particulier grâce aux PME. L’attractivité de l’Algérie s’améliore au regard des critères internationaux, et les réformes structurelles engagées vont dans le bon sens pour attirer les investisseurs et les entreprises.
Q.O.: Il y a deux ans, votre prédécesseur, M. François Loos, avait érigé l’Algérie au rang des 25 «pays-prioritaires» ou «pays-cibles» dans la politique de commerce extérieur français. Vous avez décidé de mettre le cap sur cette politique. Qu’est-ce qui a motivé la présence de l’Algérie dans une telle liste ? Quels en sont les résultats au terme de deux années ? C. L.: Vous comprendrez que l’Algérie occupe sur cette liste une place centrale. L’Algérie est un marché important pour les entreprises françaises. Avec 4,4 milliards d’euros d’exportations en 2005, c’est notre deuxième destination commerciale hors OCDE, entre la Chine et la Russie. En outre, l’Algérie est un marché à fort potentiel. Pour les deux dernières années, on peut se féliciter de la bonne tenue de notre part de marché dans un contexte où les importations algériennes augmentent fortement. Les entreprises françaises savent répondre aux besoins de l’Algérie.
Q.O.: L’automne dernier, un colloque «Algérie» organisé à Paris à l’initiative d’Ubifrance avait relevé, entre autres, une offensive asiatique - singulièrement chinoise - en Algérie. La Chine, certes, est très loin des chiffres de la France. Mais, en moins de trois ans, elle a réussi à se faufiler parmi les cinq premiers partenaires de l’Algérie. Comment observe-t-on à partir de Bercy la poussée asiatique dans la structure du commerce extérieur algérien ? C. L.: La Chine est de plus en plus présente dans le monde économique. En Algérie, les entreprises françaises sont parfois en concurrence avec des entreprises chinoises, notamment dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Que le meilleur gagne ! Mais avec les mêmes règles ! Pour y faire face, nos entreprises doivent occuper des créneaux à plus forte valeur ajoutée, où leur savoir-faire et leur compétence sont valorisés.
Q.O.: L’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne est entré en vigueur début septembre. Entre autres changements attendus, le bouleversement des barrières douanières algériennes. Avec tout ce que cela implique comme ouverture du marché algérien à des entreprises issues de pays européens divers. Y voyez-vous une nouvelle ère de concurrence pour les entreprises françaises ? C.L.: Toutes les entreprises européennes bénéficieront de la baisse des tarifs douaniers. Les entreprises françaises comme leurs concurrentes européennes. Cette évolution améliorera leur compétitivité et sera excellente pour le consommateur algérien. Nous nous réjouissons de l’entrée en vigueur de l’accord d’association, qui bénéficiera à l’Algérie grâce à la croissance des échanges et à la création d’un vaste marché.
Q.O.: Longtemps, l’Algérie a souffert d’un déficit de visibilité et de lisibilité, au miroir de la Coface. Au seuil de 2006, elle a fait l’objet d’un reclassement, passant de la 5e à la 4e place. Quelle lecture en faites-vous ? C. L.: L’Algérie a été reclassée par tous les assureurs crédits de l’OCDE de la catégorie 4 à la catégorie 3. Cela traduit l’amélioration de la situation macroéconomique de l’Algérie qui est vraiment indiscutable.
Q.O.: L’aide-mémoire signé en juillet 2004 à Alger entre les deux ministres des Finances avait prévu la conversion de la dette en contrats pour les entreprises hexagonales. Qu’est-ce qui a été fait et qu’est-ce qui reste à faire sur ce dossier ? C. L.: «L’aide-mémoire sur le partenariat pour la croissance et le développement» vise à renforcer le partenariat franco-algérien autour de trois axes: le développement des investissements, l’amélioration des infrastructures et la coopération institutionnelle. Depuis juillet 2004, des entreprises françaises ont investi l’équivalent de 60 millions d’euros en Algérie en utilisant le mécanisme de conversion de dette. D’autres ont signé des contrats pour la réalisation et l’exploitation d’infrastructures algériennes. Enfin, la coopération entre les deux ministères des Finances s’est fortement accélérée. Nous souhaitons, aujourd’hui, approfondir encore le développement de notre partenariat avec les autorités algériennes en mettant en avant les relations entre nos PME et pas seulement entre les grands groupes. |
Algérie, chasse gardée de la France | ||||
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