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La diplomatie des affaires en marcheEl Watan, 3 décembre 2007 Nicolas Sarkozy, président français, sera, à partir d’aujourd’hui, en Algérie pour signer des contrats. Viendra-t-il pour autre chose ? Interrogé par les télévisions françaises, en plein cœur de la polémique suscitée par les déclarations de Mohamed Cherif Abbas, ministre algérien des Moudjahidine, sur les origines juives du président français, M. Sarkozy avait précisé qu’il allait en Algérie pour « ramener des contrats ». Cela a le mérite de la clarté. Depuis son arrivée au palais de l’Elysée, en mai 2007, l’homme tente de donner un nouvel élan à la diplomatie des affaires. Il veut surtout faire « mieux » que son prédécesseur, Jacques Chirac. « L’immobilisme, le conservatisme, ce ne sont pas mon projet. Ce n’est pas mon tempérament », avait-il déclaré devant les membres du conseil économique et social. Chirac et Sarkozy partagent la même famille politique, la droite. Ils ont presque les même réflexes : à chaque déplacement, ils prennent dans leurs bagages des chefs d’entreprise, des personnalités des réseaux influents d’affaires... En Chine, dernier pays visité par Sarkozy, le partenariat « gagnant gagnant » a pris le dessus sur les questions des droits humains. Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, n’a pas accompagné le chef d’Etat français en Chine. Pour être sûr de décrocher des marchés, il fallait bien évacuer les questions qui fâchent. Résultat : Sarkozy est revenu les mains remplies avec l’équivalent de 20 milliards d’euros de contrats : vente de 160 appareils Airbus et deux réacteurs nucléaires EPR (seule la Finlande a acheté ce type de réacteur de troisième génération, sûr mais cher). Aussi, « la complaisance » qui était attribuée à Jacques Chirac est reconduite d’une manière franche par M. Sarkozy. Paris récupère à son profit « le froid » existant entre Bonn et Pékin actuellement. Reste que la France diplomatique, qui s’intéresse de près à la crise du Darfour, critique l’engagement chinois aux côtés du gouvernement soudanais et exprime une certaine peur quant à la présence de plus en plus forte du géant asiatique en Afrique. Continent où la France perd des positions hier stables. En octobre dernier, M. Sarkozy n’avait pas caché sa déception après une visite en Russie, pour la simple raison que son voyage était maigre en contrats. M. Sarkozy aurait aimé « placer » des entreprises françaises dans le géant gazier, Gazprom. Le refus de Moscou était raffiné : « Les entreprises françaises peuvent travailler en Russie. » Depuis la fameuse crise de l’hiver ukrainien, celle des menaces russes de couper la fourniture en gaz, l’Europe craint pour sa sécurité énergétique. Mais, dans cette affaire, il y a également du chacun pour soi. Et comme l’Algérie est le troisième fournisseur de l’Europe en gaz, après la Russie et la Norvège, la France entend aussi s’assurer sur ses approvisionnements et à long terme. D’où la signature, à la faveur de l’actuelle visite de M. Sarkozy, à Alger, d’un gros contrat relatif à la fourniture du gaz qui s’étale jusqu’à 2019. C’est probablement le point essentiel de la venue du chef d’Etat français en Algérie, perçue comme « un pays-clé ». Dans une interview accordée hier à l’agence officielle APS, M. Sarkozy a parlé « d’interdépendance énergétique » entre l’Algérie et la France. Même si l’Algérie n’a aucune « dépendance » en matière d’énergie et que ses marchés extérieurs sont diversifiés, la France entend bien prendre une place plus grande à travers des investissements. « La France est devenue le premier investisseur hors hydrocarbures en Algérie et elle pourrait même devenir très bientôt le premier tous secteurs confondus grâce aux projets de nos grandes compagnies. Ainsi, Gaz de France va investir un milliard de dollars sur le gisement de Touat et Total un milliard et demi de dollars à Arzew », a annoncé le président français à l’APS. La France veut donc concurrencer directement les investisseurs arabes, particulièrement émiratis, égyptiens et saoudiens, chinois, indiens, américains et sud-coréens. Dans certains secteurs, elle arrive en retard. Il demeure que « le donnant donnant » français en matière d’énergie n’est pas évident puisque M. Sarkozy a évoqué « la coopération nucléaire » en échange de la vente de gaz. A priori, les Algériens ne sont pas — du moins pour l’instant — prêts à se lancer dans le développement de l’énergie nucléaire à grande échelle. Il est vrai que le dossier des énergies renouvelables est ouvert, des propositions sont déjà faites par l’Allemagne, à titre d’exemple, mais il n’y a pas encore d’engouement. L’aisance qu’offre le pétrole et le gaz explique cette situation. Interrogé sur la préférence française pour la vente et l’achat dans sa coopération avec l’Algérie, M. Sarkozy a eu cette réponse dans l’interview à l’APS : « Il ne faut pas mépriser le commerce, car le commerce ce sont des emplois dans les deux pays. » Faycal Metaoui Le président français refuse toujours la repentanceLe président français, Nicolas Sarkozy, réitère encore une fois son refus de la repentance par rapport aux crimes coloniaux. Dans une interview accordée à l’APS, à la veille de sa visite d’Etat de trois jours en Algérie, Nicolas Sarkozy réaffirme « qu’il faut encore du temps » pour pouvoir dépasser le contentieux historique. « Il y a aussi l’histoire qui est là et continue parfois à s’interposer entre nous. Il ne faut pas l’ignorer mais l’assumer. Cela demandera encore un peu de temps de part et d’autre, car il y a des blessures, des deux côtés, qui ne sont pas refermées. Mais on peut progresser et je suis sûr que, pas à pas, nous pourrons rapprocher notre lecture de l’histoire et réconcilier nos mémoires », estime-t-il. La remise par la France, le 21 octobre dernier, des plans de pose des mines, semées par le colonialisme français au niveau des frontières est et ouest de l’Algérie, constitue, selon lui, un premier pas dans ce sens. Cela, explique-t-il, en attendant de traiter d’autres dossiers de mémoire, comme celui des archives. « Il y a d’autres dossiers de mémoire sur lesquels il sera possible de progresser, comme celui des archives, et on y arrivera dès lors que ce travail sera confié à des experts, dans un esprit de recherche de la vérité, en évitant, de part et d’autre, toute approche idéologique ou toute instrumentalisation politique, comme cela est malheureusement le cas », ajoute-t-il. Pour le chef d’Etat français, « il est temps pour les deux pays de se tourner vers l’avenir », car, dit-il, les nouvelles générations « ne vont pas attendre que les adultes aient fini de régler les problèmes du passé ». « Ces jeunes sont une priorité pour le président Bouteflika et ils le sont aussi pour moi », indique-t-il en précisant que la formation doit occuper une part importante dans la coopération entre les deux pays. « L’Algérie et la France, enchaîne-t-il, doivent avancer dans leurs bilatérales », sur du concret qui est, selon lui, l’interdépendance énergétique. Revenant sur son projet d’union méditerranéenne, Nicolas Sarkozy souligne : « Celui-ci n’a pas pour vocation de remplacer les cadres de coopération existants, en l’occurrence le partenariat euroméditerranéen, le dialogue 5+5 et le forum méditerranéen. » L’union méditerranéenne se construira, explique-t-il, autour de « projets concrets et efficaces, dans des secteurs prioritaires comme l’économie et le développement durable ». « L’Algérie est évidemment un partenaire essentiel dans ce projet (…) Cette nouvelle visite sera l’occasion d’aller encore plus loin dans la réflexion », conclut-il. Madjid Makedhi
Une interdépendance énergétiqueL’Algérie n’est plus la chasse gardée de l’Hexagone, mais ce dernier aussi semble tourner le dos à notre pays mis à part dans le secteur de l’énergie. D’ailleurs, le président français, Nicolas Sarkozy, a bien souligné dans l’entretien qu’il a accordé à l’APS que « le concret » entre l’Algérie et la France c’est surtout « l’interdépendance énergétique ». « Il s’agit pour nous de sécuriser l’approvisionnement du marché français et, pour vous, de sécuriser les débouchés et de préparer l’après-pétrole », a-t-il dit en substance. Il y a eu des tentatives au plus haut niveau de diversifier les projets d’investissement, notamment dans les secteurs de l’automobile et de l’industrie pharmaceutique, mais les entreprises françaises n’ont pas joué le jeu. Alger a dû vite déchanter en constatant que le constructeur automobile Renault a préféré le Maroc pour la construction de son usine de montage ultramoderne pour un montant de 600 millions d’euros. Cette usine va créer à elle seule plus de 6000 emplois directs et quelque 30 000 autres indirects. Les grands projets que Nicolas Sarkozy va ramener dans son escarcelle dans le sillage de sa visite d’Etat, qu’il entamera aujourd’hui, sont tous plus ou moins liés au secteur de l’énergie. LEVER LES OBSTACLESIl en est ainsi de Gaz de France qui va investir un milliard de dollars sur le gisement de Touat et de Total qui va injecter un milliard et demi de dollars pour un complexe pétrochimique à Arzew. Mais si l’on tient compte du discours du chef de l’Etat français, des « investissements industriels devraient être confirmés » lors de son séjour en Algérie. Et de citer « une usine de montage de tramways et une autre de montage de véhicules de lutte contre l’incendie » ainsi que le lancement d’un programme de « compagnonnage » entre PME françaises et algériennes, pour leur permettre d’investir ou d’exporter ensemble. Il reste à savoir si ces projets seront concrétisés ou s’il s’agit juste de vœux pieux. Il faut reconnaître toutefois que les doléances exprimées par les opérateurs économiques français pour expliquer leurs réticences à investir en Algérie sont souvent justifiées. D’ailleurs, M. Sarkozy a évoqué le sujet dans l’entretien qu’il a accordé à l’APS. « Les investissements ne se décrètent pas et, en dépit de tous les efforts qui ont déjà été faits du côté algérien et des réformes qui ont été engagées, il y a encore beaucoup à faire pour lever certains obstacles et attirer les entreprises françaises », a-t-il affirmé à ce propos, tout en indiquant qu’un « livre blanc » qui traite de cette question a été préparé pour être discuté lors de cette visite. Nora Boudedja
La France ne veut que nos « compétences »La France a-t-elle peur des immigrés ? Peut-être non. Mais elle veut faire sa propre sélection, prendre les meilleurs, les plus intelligents qui répondront à ses besoins économiques. A l’époque où il était encore ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy invente un nouveau mode migratoire, celui de « l’immigration choisie ». Président de la France, Sarkozy affirme : « L’immigration choisie est celle qui correspond aux besoins de la société et de l’économie française. » En guise d’argumentation, le président français se réfère aux pays dits d’immigration, comme les Etats-Unis, le Canada ou l’Australie qui, selon lui, « sont très sélectifs, et beaucoup plus que la France ». Dans un entretien accordé à l’agence officielle APS, Nicolas Sarkozy estime même que l’immigration choisie peut aussi être une immigration concertée, qui répond à la fois aux besoins des pays d’origine et de destination dans le sens où la « carte compétences et talents » prévoit le retour de son bénéficiaire au bout de trois ans. Il explique, avec un brin de regret, que « cette carte ne s’applique malheureusement pas, pour le moment, aux ressortissants algériens séjournant en France, qui relèvent d’une convention particulière, celle de 1968 ». Nicolas Sarkozy veut ainsi mettre fin à la convention de 1968 qui est, à ses yeux, dépassée. Quant à la question de la circulation des personnes, le président français se félicitant d’avoir mis fin à la consultation préalable Schengen dans les procédures d’attribution des visas, exprime sa pleine conviction de la nécessité d’aller vers plus de facilitation « des échanges humains des deux côtés de la Méditerranée, sans pour autant ignorer l’existence d’une forte pression migratoire, dont témoigne le drame des harraga ». Aussi, le président Sarkozy exprime sa volonté de rendre systématique la délivrance des visas de circulation (qui sont d’une durée d’au moins une année). Comme il affirme avoir donné instruction pour que « l’on traite les demandeurs de visa avec le maximum de respect et d’humanité ». Bien dit ! Mais la réalité est bien plus déplaisante pour qu’elle soit ignorée si facilement. Loin de l’arithmétique des responsables français, la question des visas et de la circulation des personnes pose toujours problème entre les deux pays. Beaucoup plus du côté français que du côté algérien. La raison est simple : il y a plus de demandeurs de visas du côté algérien que du côté français. Encore, le nombre d’Algériens qui ont de la famille, des enfants nés et établis en France, est très important. La France, qui impose le visa aux Algériens depuis 1986 (juste après le crash pétrolier), a presque fermé sa frontière aux prétendants à l’immigration dans les 1990. Autrement dit, les autorités françaises ont depuis 15 ans durci les conditions d’octroi de visas aux Algériens. Sous le motif notamment du terrorisme et de l’immigration clandestine. Ainsi, les conditions du regroupement familial en France sont de plus en plus restrictives. Il est même difficile de dénombrer les Algériens qui n’arrivent pas à obtenir le visa pour rendre visite à leurs enfants ou petits-enfants établis de l’autre côté de la Méditerranée. Il est encore plus difficile de dénombrer les Algériens qui se sont vu refuser l’accès au visa touristique de façon incompréhensible. Certes, les chiffres officiels indiquent que 60% environ des demandes de visa sont satisfaits. Mais la réalité est toute autre et bien plus triste. Chaque année, des milliers de dossiers sont rejetés sans la moindre explication. Il y a eu même des cas de refus de visa pour des malades nécessitant un transfert urgent pour des soins en France. On ne mesure pas, en France, l’humiliation et la frustration qu’engendrent de tels refus, de plus en plus courants en Algérie. Même si l’on dira que la réciprocité n’existe pas, il est clair qu’il y a peu de Français qui demandent le visa pour l’Algérie. Le principe de la libre circulation consacré dans l’accord d’association avec l’Union européenne est bien appliqué aux marchandises, mais non pas aux personnes. Peut-on ainsi espérer construire une union méditerranéenne dans de telles conditions ? Y aura-t-il encore une fois un espace euroméditerranéen consacrant la libre circulation des marchandises sans celle des personnes ? Si c’est le cas, on pourrait dire d’ores et déjà que ce projet d’union méditerranéenne n’est que chimérique. M. A. O.
Un projet mort-néRetour sur un acte manqué ou comment la loi du 23 février 2005, reconnaissant dans son article 4 « les aspects positifs de la colonisation » enterre le projet de traité d’amitié. « Vous pouvez compter sur le plein soutien de la France et de l’Union européenne », « je tiens à vous assurer de notre entière disponibilité, si vous le souhaitez », « la France peut vous aider à relever de nombreux défis », « la France restera votre meilleur avocat auprès des institutions financières internationales... », avait déclaré le président Chirac devant les élus de la nation lors de sa visite d’Etat en Algérie, début mars 2003, exprimant la volonté de construire un « partenariat d’exception ». « La signature en 2005 d’un traité d’amitié avec l’Algérie posera les fondations d’une relation forte et ambitieuse, tournée vers l’avenir », réaffirmait le président Chirac lors de la clôture de la XIIe conférence annuelle des ambassadeurs, le 28 août 2004. Le même été en l’espace de quelques jours, les ministres des Affaires étrangères, Michel Barnier (12-13 juillet), de la Défense, Michèle Alliot-Marie (16, 17 et 18 juillet) et de l’Economie et des Finances, Nicolas Sarkozy (27 juillet) s’étaient rendus en Algérie pour tracer avec leurs homologues algériens les lignes de ce traité. Huit autres membres du gouvernement français ont jusqu’à la fin de cette même année pris l’avion vers Alger. Tandis que six ministres algériens devaient prendre le chemin inverse. Ces visites croisées de ministres français et algériens se voulaient une traduction du resserrement des liens entre les deux parties. Le 21 juillet 2004, un Conseil ministériel, réunissant 15 membres du gouvernement dont le Premier ministre, présidé par Jacques Chirac, a été consacré à l’avancée, secteur par secteur, de la coopération franco-algérienne. Au cours de ce conseil, Jacques Chirac avait exprimé sa volonté d’engager la relation avec l’Algérie dans une phase plus active. Lors de cette réunion, un programme de travail et d’échanges pour le développement d’un « partenariat d’exception » entre les deux pays avait été défini. Cette réunion, la deuxième du genre après celle de juillet 2003, faisait suite à l’engagement du président Chirac, lors de sa visite d’Etat en Algérie en mars 2003, d’assurer le suivi des projets de coopération. Cette réunion relève d’« un mécanisme exceptionnel et rare » qui tient « à l’importance des relations et des liens entre la France et l’Algérie », nous avait affirmé la porte-parole de l’Elysée, Catherine Colonna. Cela permet au chef de l’Etat de suivre et d’évaluer les actions de coopération bilatérale engagées dans chacun des départements ministériels, nous a encore précisé la porte-parole de l’Elysée. Mais le projet du traité d’amitié tourne court avec le vote, par une poignée de députés, de la loi du 23 février 2005, à laquelle a été ajouté en dernière instance l’article 4 qui dispose que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». « Erreur colossale », comme l’avait qualifiée un proche du Premier ministre, Dominique de Villepin, ou « maladresse », comme il nous avait été dit de source autorisée, en nous rappelant que cette loi est « une initiative de parlementaires et non de gouvernement », Paris a voulu en limiter les effets négatifs compromettant le travail de rapprochement en cours. « Le traité d’amitié va clarifier les choses. » « Nous sommes en train de préparer un texte qui a cette valeur fondamentale de clarifier » tous les sujets d’intérêt commun, nous avait-il encore été dit et que le travail de mémoire « est pris en compte ». « Ce travail de mémoire existe. » « C’est presque une évidence de reconnaître des faits d’histoire coloniale, cela fait partie du travail collectif que nous faisons. » « A Madagascar, on a pensé tout naturellement à l’Algérie. » Le mal était fait et le président Chirac, qui avait signé la loi du 23 février 2005, n’a saisi qu’un an après le Conseil constitutionnel sur l’abrogation de l’article 4. Nadjia Bouzeghrane
Le poids des restrictionsLa libre circulation des personnes est en effet un volet humain essentiel de la refondation des relations franco-algériennes dans la mesure où des millions de Français ont un lien personnel et charnel avec l’Algérie, alors que la communauté algérienne en France est de loin la plus importante communauté étrangère présente sur le sol français. De l’autre côté, autant d’Algériens ont des attaches familiales en France. A Paris, on affirme que « le président Sarkozy attache une grande importance à la circulation des personnes entre nos deux rives de la Méditerranée en parallèle avec un renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine ». Et de rappeler que les échanges humains constituent le troisième volet du partenariat d’exception que propose la France à l’Algérie et dont les deux chefs d’Etat discuteront dès aujourd’hui. A l’issue de son entretien, le 24 novembre, avec son homologue français, Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères algérien, Mourad Medelci, a affirmé dans un point de presse : « Nous avons évalué la libre circulation des Français et des Algériens qui se rendent visite les uns les autres de part et d’autre de la Méditerranée dans un rythme que nous considérons comme étant plus bas que ce qu’il pourrait être. » M. Medelci a aussi relevé « cette contradiction, s’il en est, à savoir que dans un monde qui mondialise les marchandises et les capitaux, nous constatons dans le même temps des restrictions de plus en plus lourdes sur les mouvements des personnes ». Il a cependant précisé que Paris et Alger sont en phase « intellectuellement et politiquement » pour améliorer la fluidité de circulation des personnes entre les deux rives. Les procédures de délivrance des visas par les services consulaires français sont depuis quelques mois entrées dans une phase de simplification. Ainsi, les demandes de visas ne sont plus examinées à Nantes à titre préliminaire, mais directement à Alger. Par ailleurs, l’ambassade de France à Alger est en train de renforcer encore plus ses moyens pour que le nombre de fonctionnaires habilités à traiter les dossiers soit augmenté. « Sur ce chapitre-là, nous sommes en phase, nous allons non pas vers l’idéal parce que l’idéal ce serait qu’il n’y ait pas de visas du tout, l’idéal ce serait que l’on revienne à 1989 à un moment où plus d’un million d’Algériens visitaient la France, ce chiffre est aujourd’hui beaucoup plus réduit, alors qu’on aurait pu s’attendre que la mondialisation, que tout ce qui nous unit pouvait nous permettre d’aller au contraire de l’avant », a indiqué le chef de la diplomatie algérienne. Pour dire ensuite que « nous faisons de notre côté une invitation à tous ceux qui souhaitent venir en Algérie, les hommes d’affaires comme les autres, qui viennent plus souvent, régulièrement, en leur disant que nous allons faire les efforts nécessaires pour leur accorder les visas de longue durée ». Nadjia Bouzeghrane
Des gestes quotidiens pour une mémoire partagéeIl s’agissait de débattre de la relation bilatérale algéro-française présente et à venir à la veille de la visite d’Etat du président Sarkozy. En Algérie, toutefois la question de l’histoire commune s’est imposée à la conférence-débat organisée vendredi à l’initiative du Club des journalistes algériens en France (CJAF), à Paris. Les participants à ce débat : Abdelaziz Rahabi, ancien ministre de la Communication, Bariza Khiari, sénatrice socialiste, Rachid Kaci (UMP), conseiller technique à la présidence française, et Jean-Pierre Tuquoi, journaliste au Monde et spécialiste du Maghreb, auteur de Paris-Alger : couple infernal paru en novembre dernier, ont exposé leurs points de vue sur cette question extrêmement sensible des mémoires contradictoires, voire conflictuelles. La sénatrice socialiste, Bariza Khiari, a plaidé pour « une normalisation » des relations franco-algériennes. « Je pense qu’il est possible que nous arrivions à des relations plus saines, moins passionnées parce qu’on voit émerger une génération en France qui n’a pas connu la guerre d’Algérie. » « C’est un élément générationnel qu’il est important de prendre en considération », a-t-elle appuyé . Elle propose de « parler du passé avec recul ». Aux lieu et place de la « repentance », un terme « religieux » et « lourd », selon elle, dans un pays laïque, il faut « parler de reconnaissance des faits ». Abdelaziz Rahabi a fait valoir la nécessité pour l’Etat français de reconnaître les crimes commis en son nom pendant la période coloniale. « Nous savons, en Algérie, faire la nuance entre repentance et reconnaissance (...) Les démocraties n’ont pas le monopole de la douleur, tout comme elles n’ont pas le monopole de la solidarité. » « Je considère qu’en tant qu’Algérien, la reconnaissance des faits fait partie de la thérapie de mon peuple », a-t-il ajouté. Assumer son passé fait partie, selon Abdelaziz Rahabi, du « devoir de mémoire ». « Moi, je revendique un héritage de la victime et non du bourreau. Donc, nous sommes dans un système où il y a un héritage contradictoire qui ne peut être assaini que par des relations dans lesquelles la France demanderait des excuses, reconnaîtrait ses crimes commis pendant la guerre de libération (...) A mon sens, il y a un devoir de reconnaissance et un devoir de réparation historique indispensables. Sinon, nous risquons d’être les otages de ce contentieux récurrent qui fait que ce passé restera permanent dans les relations entre les deux pays », a estimé l’ancien ministre algérien de la Communication, la meilleure façon de rendre « plus sereines » les relations entre l’Algérie et la France est « de trancher définitivement » et il y a pour cela « des gestes qu’il faudrait faire tous les jours ». Mais l’inauguration samedi dernier à Perpignan d’un « mur des disparus », qui vise à la réhabilitation de l’OAS, ne va pas dans le sens de cet « apaisement ». « On ne peut pas aboutir à des relations assainies en développant ce type de geste tout à fait révisionniste, tout à fait inamical et tout à fait inacceptable », a appuyé Abdelaziz Rahabi. Il a, par ailleurs relevé que les manuels scolaires algériens ne dénigrent pas les « piliers » de la France que sont Victor Hugo, Lamartine ou Clémenceau qui pourtant, selon lui, ne sont pas irréprochables sur la colonisation. Rachid Kaci, conseiller technique de la présidence de la République française, a vivement réagi aux propos de l’ancien ministre algérien dont il ne partage pas le point de vue. Ce ne sont pas des paroles d’apaisement, a-t-il reproché à Abdelaziz Rahabi. « La philosophie générale de Sarkozy lors de ce voyage est justement un voyage d’apaisement », a-t-il ajouté. Selon Rachid Kaci, si les élus du sud de la France sont sensibles aux doléances des nostalgiques de l’Algérie française, c’est parce qu’ils « ont un électorat local et leur prise de position, qui est quelquefois scandaleuse vis-à-vis de l’Algérie notamment, s’explique par la présence massive d’un électorat d’une population issue de l’Algérie ». Indiquant qu’il s’exprimait « à titre personnel », il a estimé que les propos de M. Abbas sont d’une « dangerosité absolue » et qu’« on ne construira rien en jouant sur le nif, de part et d’autre » de la Méditerranée. Il suggère aussi de « laisser le passé au passé » et de « laisser les historiens travailler ». Pour Jean-Pierre Tuquoi, du fait de la « spécificité algérienne » due à « une colonisation de peuplement » sans équivalent, pratiquée par la France coloniale, « cette mémoire commune, cette mémoire de l’Algérie française va continuer à peser longtemps sur la relation » entre les deux pays, même s’il y a un changement de génération dans la classe politique française. « Je ne crois pas qu’il faille laisser simplement aux historiens le soin de trouver des compromis, d’écrire l’histoire entre la France et l’Algérie. Je crois que c’est se défausser très facilement d’une responsabilité qui dépasse les historiens. Je crois que les politiques ont aussi leur part de responsabilité. Ils ont un rôle très important à jouer, au moins aussi important que celui des historiens. Je pense qu’il revient aux politiques de faire en sorte qu’il y ait une mémoire partagée », a-t-il affirmé. M. Tuquoi ajoute que, selon lui, des gestes allant dans le sens de cet apaisement sont à faire par les responsables politiques. « Malheureusement avec ce qui est en train de se passer, on s’écarte un peu de ce chemin », a-t-il déploré. Nadjia Bouzeghrane |
Algérie, chasse gardée de la France | ||||
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