ALGERIE-FRANCE

L'ambassadeur Hubert Colin de Verdière revient à Alger

El Watan, 29 juin 2004

Le gouvernement algérien a donné, dimanche dernier, son agrément à la nomination d’Hubert Colin de Verdière en qualité d'ambassadeur de France en Algérie. M. Colin de Verdière succède à ce poste à Daniel Bernard, décédé en avril dernier des suites d'une longue maladie. Réputé pour ses positions #pro-arabes, feu Daniel Bernard était lui-même le successeur, en 2002, d’Hubert Colin de Verdière puisque celui-ci occupait le poste lorsqu'il a été «muté» de Londres à Alger.

Ancien ambassadeur en Russie de 1996 à 2000, M. Colin de Verdière a, rappelle-t-on, quitté Alger pour travailler à la centrale en tant que secrétaire général. Appréhendée par tous les observateurs comme une brillante promotion, son installation à la tête du secrétariat général du Quai d'Orsay ne l’a pas réellement éloigné de l'Algérie. Présenté comme un proche du président Chirac, il sera non seulement l'un des artisans de la réussite de l'Année de l'Algérie en France, mais contribuera aussi à la bonne marche du processus de refondation des relations franco-algériennes lancé, en juin 2000, par Bouteflika et Chirac. Pour y parvenir, ce diplomate hors pair mettra régulièrement à profit sa grande connaissance de l'Algérie et les rapports profonds qu'il est parvenu à tisser, durant son séjour algérois, avec les principaux acteurs des milieux politiques et économiques algériens. Mais son plus grand atout est, sans conteste, l'amitié qui le lie au président Bouteflika qu'il aurait considéré, en privé, comme le «de Gaulle algérien». En ce sens, la nomination de Hubert Colin de Verdière devrait également être avantageuse pour le président Bouteflika dans la mesure où celle-ci lui permet de disposer d'un autre canal sûr et efficace pour traiter les nombreux dossiers internationaux sur lesquels l'Algérie et la France présentent des convergences de vue. Quelle signification donner au «retour» d’Hubert Colin de Verdière à Alger ? En plus du poids et de l'importance de la qualité de «haut représentant de la République française» accompagnant son titre d'ambassadeur, la nomination de ce haut cadre du ministère français des Affaires étrangères confirme surtout le fort souhait du président Chirac de hisser au plus haut les relations franco-algériennes et, surtout, de concrétiser le pacte d'amitié, dont il a parlé lors de sa visite à Alger en avril dernier. Pour mener à bien cette mission ambitieuse, Hubert Colin de Verdière a, en effet, le profil idéal. Connu pour être favorable à une présence française massive en Algérie, le diplomate est aussi l'un des concepteurs, côté français, du projet de refondation des relations algéro-françaises. Et le choix du président Chirac de dégarnir le Quai d'Orsay de son précieux secrétaire général peut s'expliquer ainsi par son souci de faire en sorte que les relations algéro-françaises ne souffrent pas de la guerre de succession à l’Elysée opposant, dans le camp de la droite au pouvoir, Nicolas Sarkozy à Dominique de Villepin. De plus, Paris doit probablement compter également sur le dynamisme d’Hubert Colin de Verdière pour convaincre les opérateurs économiques français de s'intéresser davantage au marché algérien en constante «américanisation». Car plus qu'un effet conjoncturel, l'Administration américaine est décidée à étendre son influence économique et politique en Algérie et plus généralement au Maghreb. Lors de son récent séjour de trois jours à Alger, le délégué du secrétaire d'Etat adjoint pour les Affaires du Proche-Orient, Philo L. Dibble, a d'ailleurs confirmé cette idée. A ce propos, il a indiqué que pour Washington «le grand challenge est de privilégier les nouveaux rapports entre les Etats-Unis et l'Algérie sans rien perdre des rapports historiques que nous avons avec le Maroc et d'encourager l'Algérie et le Maroc à multiplier et à renforcer leurs propres liens réciproques».

Par Zine Cherfaoui

 

 
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