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Visite de Chirac à Alger La critique voilée des socialistes français SARAH Raouf, Le Quotidien d'Oran, 14 avril 2004 Cela ne s’est pas vu depuis quatre ans. L’actualité algérienne a suscité, hier, un premier échange entre deux bords de la scène politique hexagonale. Le Parti socialiste, chef de file de l’opposition, a critiqué en des termes à peine voilés la visite de Jacques Chirac demain à Alger.Le président français y est attendu pour un «déjeuner de travail» avec son homologue algérien. Ce voyage a été annoncé par l’Elysée, contre toute attente, moins de deux heures après la proclamation des résultats par le Conseil constitutionnel. La célérité du déplacement a surpris le Parti socialiste, premier adversaire de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale. Un peu sur le ton du reproche, la porte-parole du PS, Annick Lepetit, a estimé que le voyage chiraquien intervenait «si vite». Parmi les premiers étrangers à avoir félicité Bouteflika pour son succès, Chirac retrouve Alger une semaine, jour pour jour, après l’élection et moins de vingt-quatre heures après l’investiture de Bouteflika pour un second mandat. «C’est un peu surprenant, si vite», a-t-elle dit lors du point de presse hebdomadaire du parti. Un exercice traditionnel au cours duquel la «communicante» du PS est interpellée par les journalistes sur les questions d’actualité. Membre du secrétariat national du PS, Lepetit est à la fois députée et maire du 18e arrondissement, le quartier le plus algérien de Paris (Barbès, la Goûte d’Or, La Chapelle, Anvers, Clichy Ouest). Avec 84,99% des suffrages exprimés, le score de Bouteflika n’a pas laissé insensible au sein du PS. «Il y a de quoi se poser des questions», a souligné la député-maire, répétant en cela «l’opposition en Algérie». En dehors du message de félicitations de Jacques Chirac, cette réaction est, avec celle de l’ancien ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement, la première publiquement enregistrée au sein de la classe politique française depuis la réélection de Bouteflika. «Bouteflika a des devoirs mais aussi des obligations à l’égard du peuple algérien, et d’abord celles de moderniser le pays», a ajouté Lepetit. Le PS souhaite que le président français dise à son homologue algérien «qu’il doit spécialement veiller à fédérer toutes les forces en Algérie et à moderniser le pays». «Cela doit être un vrai signe dans les jours qui viennent». C’est la première fois depuis quatre ans que l’actualité algérienne alimente un échange au sein de la classe politique de l’Hexagone. Il faut remonter à juin 2000 et la visite d’Etat du président Bouteflika en France pour trouver trace d’une tonalité similaire. A l’époque, des députés avaient polémiqué entre eux à la suite de l’invitation adressée au chef de l’Etat pour prononcer un discours à partir du perchoir du Palais Bourbon. Au plus fort de la crise algérienne, les formations politiques françaises ont divergé, à coup de déclarations, sur l’attitude à tenir à l’égard du voisin méditerranéen. De toutes les formations, le PS a manifesté, sans faillir, une attitude très critique à l’égard du «pouvoir militaire né du coup d’Etat» de janvier 1992. Historiquement parlant, le PS est le parti français dont la trajectoire s’est croisée le plus avec celle de l’Algérie pré et post-indépendance. Pendant la révolution de novembre 1954, les socialistes ont oscillé entre soutien à la guerre (attitude radicale de Mitterrand et vote des pouvoirs spéciaux) et opposition (Rocard, Jospin). Partenaire du FLN dans les années qui ont suivi l’indépendance, le PS s’est rangé résolument contre la politique officielle au lendemain de l’interruption du processus électoral.
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