Dans une lettre adressée au président Bouteflika

Chirac relance “le partenariat d’exception”

Samar Smati, Liberté, 16 octobre 2006

Paris réaffirme sa volonté d’opérer un “rapprochement historique” avec Alger. Le président français Jacques Chirac a réitéré, samedi, dans un message adressé à Abdelaziz Bouteflika, son “engagement” à mener à bien ce projet entre l’Algérie et la France.

Après des mois de tensions et de bisbilles entre les deux capitales, l’idée d’un “partenariat d’exception” est remise au goût du jour par l’élysée. “Les liens qui unissent nos deux peuples sont, à bien des titres, exceptionnels. C’est pourquoi, je partage cet engagement qui est le vôtre de mener à bien le rapprochement historique entre nos deux pays à travers la construction d’un partenariat d’exception dans l’esprit de dialogue et de coopération qui est au cœur de notre déclaration commune signée à Alger en mars 2003”, précise Jacques Chirac dans son message, diffusé par l’APS et repris par l’AFP. La Déclaration d’Alger, signée par les deux Chefs d’État, lors de la visite officielle de Jacques Chirac en Algérie, constitue la “feuille de route” de la relance des relations bilatérales. Pour le président français, le partenariat d’exception entre l’Algérie et la France “doit être mis au service de la promotion de la paix, du développement et de la stabilité internationale”.
Loin de s’arrêter à une simple expression de volonté, Jacques Chirac a également salué et valorisé le rôle et le travail mené par Alger, que ce soit sur les plans régional, continental ou international. L’engagement de l’Algérie au sein de l’Union africaine et à travers le Nouveau partenariat pour l’Afrique (Nepad), dont elle est l’un des membres fondateurs, est salué par le président français. Ce dernier assurant du “respect de la France à l’égard de l’action menée par l’Algérie en faveur du développement du continent africain dont (...) le Nepad est un instrument essentiel”.
Jacques Chirac s’est également réjoui des “avancées” enregistrées dans le dialogue mené entre l’Union européenne et l’Algérie, en particulier depuis la tenue du premier conseil d’association. Il a exprimé, dans ce contexte, “l’appui de la France” afin de “donner toute sa vigueur au processus de Barcelone qui vise à faire de l’espace euro-méditerranéen une zone de prospérité, de sécurité et de stabilité accrues”. L’Algérie avait établi un constat sans complaisance sur le partenariat euro-méditerranéen à l’occasion du dernier sommet des chefs d’État et de gouvernement en Espagne.
Le président français a également invité, dans une autre lettre, l’Algérie à s’associer à l’initiative de la France portant sur la création d’une facilité internationale d’achats de médicaments, Unitaid, proposée à l’issue de la conférence de Paris tenue les 28 février et 1er mars 2006. “Compte tenu de l’engagement de l’Algérie sur les grands sujets de développement dans le monde, je serais heureux que votre pays puisse être associé à l’initiative. La présence de votre pays au lancement d’Unitaid, et le soutien qu’il pourrait apporter à ce projet à cette occasion, donnerait à cet événement toute l’importance politique que ces enjeux de santé publique méritent”, a affirmé Jacques Chirac dans son message. Unitaid sera “alimentée par des financements innovants et qui permettrait d’augmenter l’offre et de faire baisser le prix des médicaments au bénéfice des populations les plus pauvres”. Il rappellera au passage l’engagement de l’Algérie en faveur des financements innovants “en coparrainant la déclaration de New York de septembre 2005 en faveur des sources innovantes de financement du développement, soutenue par 79 pays, puis en acceptant de faire partie du Groupe pilote sur les contributions de solidarité en faveur du développement créé à l’issue de la conférence de Paris”.
Si depuis 1999, un nouveau climat prévaut entre la France et l’Algérie, axé principalement sur l’approfondissement de la coopération et de la compréhension mutuelles, des moments “douloureux” ont exacerbé ces derniers mois les rapports entre les deux pays entraînant des relations en dents de scie. L’adoption par l’Assemblée française de la loi du 23 février 2005 dont l’article 4, par la suite abrogé à l’initiative de Jacques Chirac, mentionnait “le rôle positif” de la colonisation a entraîné une tension certaine entre Alger et Paris retardant de fait la concrétisation du traité d’amitié, annoncée depuis 2003. Sa signature est remise sine die. Alger attend également une reconnaissance et des excuses officielles de Paris des crimes commis par la France coloniale. Ce n’est pas la première fois que Paris, ou Alger d’ailleurs, exprime sa volonté de renforcer les relations bilatérales et de leur conférer un statut de partenariat d’exception. La nouveauté réside cette fois-ci dans les circonstances qui ont amené le président français à réitérer son engagement. Et ce, même si ces dernières relèvent de ses prérogatives discrétionnaires ou de celles des relations bilatérales entre deux États. La teneur donnée par Jacques Chirac à la correspondance adressée au président de la République invite à un aplanissement des difficultés même si le président français a fait l’impasse sur les causes de tensions actuelles entre Alger et Paris.

Samar Smati

 
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Algérie, chasse gardée de la France  
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