ALGÉRIE

Le chef de l'Etat a salué la réélection de Bouteflika

A Alger, Chirac soigne sa politique arabe

Alger : De notre envoyé spécial Thierry Oberlé, Le Figaro, 16 avril 2004


Une semaine à peine après le vote des Algériens, Jacques Chirac est venu à Alger saluer le «brillant» vainqueur de l'élection présidentielle, Abdelaziz Bouteflika. Mais l'actualité a rattrapé le président français. Terrorisme, guerre en Irak, approbation du plan Sharon par George W. Bush : Jacques Chirac a décoché à dessein ses flèches depuis une capitale arabe.


Interrogé sur les appels d'Oussama Ben Laden, il a prôné la fermeté : «Il n'y a pas de tractation possible avec des terroristes car on ne peut pas justifier un acte terroriste». Puis il a émis des doutes sur l'adoubement mercredi par le président américain du plan Sharon. «Tout retrait des territoires constituerait théoriquement une mesure positive. Mais un tel retrait doit s'inscrire dans le cadre de la feuille de route, se faire en concertation avec les Palestiniens, conduire à un Etat palestinien viable. Et il ne doit pas préjuger des frontières. Nul ne peut préempter le résultat des négociations». Selon Jacques Chirac, ce constat est celui de la France, mais aussi de l'Union européenne. «La paix ne s'impose pas, elle se négocie», juge-t-il.


L'Irak lui inspire des réflexions du même ordre. «La solution ne peut être que politique, assure-t-il. Il est hors de question que la France participe dans les conditions actuelles à une force internationale». Après avoir condamné les prises d'otages et dénoncé le meurtre d'un captif italien, il a demandé à la «puissance occupante» de veiller à protéger la «population civile affectée par les affrontements».

A Alger, Jacques Chirac a donc soigné sa politique arabe. Premier chef d'Etat à être reçu par Abdelaziz Bouteflika depuis sa réélection, il peut se targuer d'entretenir des liens pour le moins serrés avec les principaux dirigeants du Maghreb.


Cette nouvelle proximité franco-algérienne se développe alors que l'influence américaine est grandissante aussi bien en Algérie qu'au Maroc. Motivé par la défense de ses intérêts stratégiques, Washington s'est rapproché d'Alger sur le plan militaire et de Rabat par le biais d'accords commerciaux. Mais le volet de politique internationale a également mis en relief les convergences sur l'initiative américaine concernant le Grand Moyen-Orient.


Paris et Alger se démarquent de la puissance américaine pour développer des points de vue très proches. «Nous sommes sur la même ligne pour dire que l'initiative devrait être précédée par des progrès substantiels dans la recherche de la paix au Proche-Orient. Or ce n'est pas le cas», a affirmé Jacques Chirac. «On ne peut imposer la même méthode à des pays différents. Les impulsions à la démocratie doivent passer par la coopération et la discussion».


Vendredi dernier, Jacques Chirac avait été le premier chef d'Etat occidental à saluer chaleureusement le triomphe du président sortant réélu avec 84% des suffrages, un score légèrement supérieur à celui obtenu par son homologue français en mai 2002. Annoncée depuis plusieurs semaines par les chancelleries européennes, cette victoire – réfutée par l'opposition qui dénonce une fraude massive – n'a pas constitué une surprise. En dépit du suspense médiatique entretenu autour de l'outsider Ali Benflis, Abdelaziz Bouteflika qui bénéficiait du feu vert des militaires était le grand favori de la course. «Je tiens pour acquis une très large victoire. Je ne vois pas comment on peut de bonne foi contester ce résultat», a commenté le président français. Il n'y a pas, selon lui, à revenir sur un scrutin jugé conforme aux standards européens. «Je ne peux pas me substituer à eux», précise-t-il.


Paris ne veut plus perdre de temps dans la construction d'un partenariat privilégié. Après des années de tension et d'incompréhension, il s'agit de relancer le dialogue entre les deux pays engagés l'an dernier. Car 2003 fut l'année de l'Algérie en France, mais aussi celle de Bouteflika à Paris avec pas moins de cinq passages du président algérien dans la capitale.


De son côté, Jacques Chirac avait effectué une spectaculaire visite d'Etat dans l'ancienne possession française en mars. Au cours de ce voyage suivi par des foules ravies, Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika avaient signé la «déclaration d'Alger», une sorte de feuille de route relançant la coopération bilatérale qui pourrait déboucher sur un traité d'amitié. Le déjeuner de travail a servi à faire le point sur son application. «Nous avons fait le choix d'une relation forte, ambitieuse et apaisée», a indiqué Jacques Chirac.

 

 
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