Visite Chirac

Caution, quelle caution ?

Le Quotidien d'Oran, 17 avril 2004

On ne sous-estime pas, à Alger, les potentialités d’une bonne entente avec la France. Paris conserve toujours quelques-uns de ses anciens attributs de grande puissance, c’est également une très bonne adresse pour fréquenter l’Europe, une région avec laquelle se dessine le mieux notre avenir économique et stratégique. Mais de là à considérer que la visite de Chirac chez nous, jeudi dernier, est une caution politique à Bouteflika, c’est sûrement se tromper d’argument.

Primo: Alger n’a plus besoin de certificat de démocratie si tant est que ce document ait été décerné un jour par une capitale occidentale. Deuxio: le soin que son image nécessitait à l’étranger, il y a quatre ou cinq ans, est déjà une donnée trop ancienne pour qu’elle conserve de sa pertinence. Tertio: l’Algérie n’est plus ce pays marginalisé tandis que les présidentielles du 8 avril 2004 ont, sans doute, clos définitivement la séquence où il était encore perçu comme le modèle repoussoir de la région.

Chirac n’y est, donc, pas venu pour soutenir un Bouteflika réélu dans des conditions jamais réunies depuis le début du pluralisme (si l’on excepte celle de l’ancien chef de l’Etat Lamine Zeroual en 1995 et pour d’autres raisons). Mais, pour prendre acte d’un contexte nouveau où l’Algérie, parce qu’elle promet de devenir un marché très ouvert et compétitif, a surtout besoin d’être convaincue et rassurée! Notamment, par le fait que ses relations historiques et d’exception avec la France deviennent réellement un privilège pour aborder avec plus de vigueur les dossiers économiques importants. Car, en dépit de la place de choix qu’elle occupe en Algérie (1er fournisseur, 3ème client, etc...), Paris tarde à assumer par des actes concrets l’importance stratégique que revêt le marché algérien pour son économie.

Le partenariat que les deux pays se sont, naguère promis, demeure toujours en attente d’une volonté plus franche des opérateurs français à multiplier leurs interventions et accroître leurs investissements directs, insignifiants pour l’instant, alors que les signes d’attractivité et de solvabilité y sont plus nets que ceux des pays voisins.

Le plus constant, en revanche, reste le discours et les déclarations qui continuent d’être exprimés, entre autres, par le ministre délégué au Commerce extérieur François Loos ou le président du Sénat François Poncelet sur les «énormes potentialités» du marché algérien. Et qui, somme toute, dissimulent mal un attentisme problématique aux yeux des décideurs algériens et dont les retombées négatives risquent de menacer les acquis français. C’est ce qui explique, sans doute le mieux, les raisons de «l’initiative personnelle» du Président Chirac à se rendre à Alger: tenter de mettre fin à cet attentisme et bousculer un statu quo dont les limites sont aujourd’hui mises à jour par les nouvelles donnes, politiques en Algérie, économiques en France.

Ici, à Alger, on attend toujours à ce que son sens soit donné à la refondation, ce concept magnifique sorti en 1998-1999 d’un bureau du Quai d’Orsay. Là-bas, à Paris, l’on sait que les potentialités d’affaires en Algérie sont devenues réellement attrayantes -y compris dans le secteur énergétique-. Ici, on n’ignore pas qu’en France, la croissance est annoncée, que quelque 200.000 entreprises ont été créées en 2003 sous le gouvernement Raffarin (article de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances Francis Mer dans «Le Monde» du 18 février 2004). Mais l’on n’oublie pas, non plus, que l’économie française est en mauvaise posture et qu’elle a besoin d’air frais et pas trop lointain, si possible! Pour soulager les petits et moyens opérateurs français (les plus nombreux!) dont le moral est sapé, chez-eux, par le trémolo de la «France qui tombe»; au Maroc, leur lieu de prédilection, par un intégrisme qui explose à Casablanca et dans les trains de banlieue madrilène; en Tunisie, par un Benali qui fait les yeux doux à la Maison Blanche. Et, enfin, en Libye où les «frenchies», si souples et si patients à l’égard de Kadhafi, sont aujourd’hui bousculés par les Américains et les Britanniques. Entre gens de même langue, on se comprend.

Noureddine Azzouz

 

 
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