Le président algérien a été accueilli en urgence au Val-de-Grâce samedi

Bouteflika se fait hospitaliser chez son ami Chirac

Par José Garçon, 28 novembre 2005

a nouvelle est tombée trop tard pour que les quotidiens algériens puissent la commenter. Suivie d'un bref communiqué, elle est néanmoins annoncée en une de certains journaux d'hier. «Bouteflika hospitalisé à Paris», titre le Watan, tandis que Liberté préfère la dramatisation contenue dans «Bouteflika évacué à Paris».
C'est samedi soir que la présidence algérienne a rendu publique l'hospitalisation d'Abdelaziz Bouteflika, 68 ans, dans la journée, au Val-de-Grâce à Paris. Précisant que le chef de l'Etat a d'abord été examiné à l'hôpital militaire Aïn Naadja d'Alger où les médecins lui ont conseillé des examens «plus approfondis» à Paris, le communiqué se contente d'évoquer des «troubles au niveau de l'appareil digestif». Et assure que sa «situation clinique n'est pas source d'inquiétudes».
La situation ne paraît pas être aussi simple. Le Président a en effet été transporté en catastrophe à Paris avec de violentes douleurs, notamment à l'estomac. Il semble y avoir été placé en réanimation mais son état se serait amélioré hier en fin de journée. Selon les sources, l'urgence est expliquée soit par des problèmes cardiaques, soit par une «occlusion intestinale sur tumeur abdominale».
Secret. Côté français, la discrétion s'apparente au mutisme : sans donner de précision sur le lieu ou la durée de son séjour, le Quai d'Orsay s'est borné à indiquer que la France avait accueilli le président algérien «pour raisons médicales».
S'il était impossible hier d'obtenir la moindre précision officielle sur sa santé, son transfert en France ­ où les hauts responsables algériens savent être assurés du secret le plus total ­ semble confirmer que son état est sérieux. Depuis des années en effet, Abdelaziz Bouteflika, qui est sous dialyse rénale, se fait traiter à Genève. Il y a quelques mois cependant, il avait été hospitalisé dans la plus grande discrétion à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, où son entourage et sa sécurité étaient omniprésents.
Seule certitude : Alger a informé les autorités espagnoles qu'Abdelaziz Bouteflika ne pourrait pas assister au sommet EuroMed, qui se tient à Barcelone depuis hier (lire page suivante). Il y a été remplacé par un proche, le ministre d'Etat et ancien chef de la diplomatie algérienne, Abdelaziz Belkhadem. Même si la plupart des chefs d'Etat arabes ne participeront finalement pas ­ pour diverses raisons ­ à cette rencontre, il est peu probable que le président algérien y ait renoncé de gaieté de coeur. En marge de ce sommet, il devait notamment avoir un entretien «en aparté» avec son homologue français.
Il faut au moins cela pour mettre fin aux tiraillements apparus entre Paris et Alger au sujet de la loi française du 23 février, qui affirme «le rôle positif de la présence française en Afrique du Nord» et du fameux «traité d'amitié» entre les deux pays. Prévue «avant la fin de l'année», sa signature a finalement été reportée, faute d'accord sur le mea culpa que le chef de l'Etat algérien voudrait obtenir de Jacques Chirac concernant la colonisation et les exactions commises par l'armée française pendant la guerre d'indépendance.
Pardon. Si Paris entend bien faire un geste en la matière à l'occasion du traité d'amitié, toutes les discussions ­ et les divergences ­ portent sur les formules qui seront prononcées. Jusqu'ici, aucun accord n'a pu être trouvé entre Paris et Alger sur cette affaire à propos de laquelle Abdelaziz Bouteflika a lancé une polémique virulente avec la France. Jacques Chirac, qui s'est déjà engagé à se rendre à Alger, sait que sa marge de manoeuvre en la matière est étroite dans une France déjà en campagne présidentielle et où les lobbies pieds-noirs et anciens de l'OAS (Organisation de l'armée secrète) sont loin d'avoir baissé les bras. Ce sont eux qui ont pesé de tout leur poids pour faire voter la loi du 23 février et nul ne doute qu'ils monteront à nouveau au créneau si Jacques Chirac s'avançait trop loin, à leurs yeux, sur le chemin de la «repentance».
Coïncidence de calendrier : les députés examineront demain une proposition de loi socialiste visant à supprimer de cette loi la mention du «rôle positif de la présence française en Afrique du Nord». Au moment même où on sait que Abdelaziz Bouteflika «a besoin de se reposer quelques jours» à Paris.

   
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