Barnier plaide à Alger pour une presse libre

Alger : de notre envoyé spécial Luc de Barochez, Le Figaro, 14 juillet 2004


En pleine période d'embellie entre Paris et Alger, le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier a offert hier aux autorités algériennes un «partenariat d'exception», mais les a mis en garde quant au respect des libertés publiques. Au cours d'une visite de 24 heures à Alger, le chef de la diplomatie française a critiqué la tentative du pouvoir politique de faire rentrer la presse dans le rang, après plusieurs incidents dont ont été victimes des journalistes ces derniers mois à Alger. «D'une manière générale et traditionnelle, la France est attachée à la liberté et au pluralisme de la presse partout dans le monde», a déclaré Barnier au cours d'une conférence de presse. Rappelant que les journaux exprimaient des opinions diverses en Algérie, il a jugé «important pour l'image de l'Algérie» que le pluralisme se poursuive sans entraves.


Ce rappel à l'ordre ne doit pas cacher la spectaculaire amélioration des relations franco-algériennes depuis qu'Alger a plus ou moins réussi, en trois ans, à tourner la page du terrorisme islamiste. Mais, au moment où la détente en Algérie conduit la France à octroyer de plus en plus de visas aux Algériens et à assouplir les restrictions qu'elle s'imposait sur ses exportations d'armements, Michel Barnier a voulu souligner que la qualité du climat entre les deux rives de la Méditerranée dépendait aussi du respect des libertés publiques.


Quarante-deux ans après la fin de la guerre d'Algérie et l'indépendance de l'ancienne colonie française, le ministre des Affaires étrangères a jeté avec ses interlocuteurs les bases d'un «traité d'amitié» qui doit lier dès l'an prochain les deux pays, sur le modèle de l'amitié franco-allemande. Michel Barnier a indiqué que ce traité contiendrait quatre volets : les relations bilatérales, le partenariat euro-méditerranéen, le «travail de mémoire» et la sécurité.


Manifeste depuis la visite d'Etat du président Jacques Chirac, acclamé en avril 2003 dans les rues d'Alger et d'Oran, l'amélioration des relations franco-algériennes se concrétise difficilement. Les ministres français n'ont jamais été aussi présents à Alger. Nicolas Sarkozy (Finances), qui s'y trouvait début juin, doit y revenir le 27 juillet. Michèle Alliot-Marie (Défense) est attendue avant la fin de la semaine. Quatre accords bilatéraux ont été signés hier au cours de la visite de Barnier. Ils concernent l'exploitation de l'eau, la prévention du risque sismique, la recherche archéologique et surtout la création, grâce à une aide française, d'une Ecole supérieure algérienne des affaires, qui doit permettre à l'élite de la jeunesse de bénéficier d'une formation de qualité sans obligatoirement émigrer.


La force de la relation personnelle nouée par les présidents Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika, qui étaient face à face dans l'ouest algérien pendant la guerre, aide à surmonter bien des obstacles. La compétition géostratégique entre la France et les Etats-Unis au Maghreb incite aussi Paris à se rapprocher d'Alger. La lutte antiterroriste sert de ciment aux relations. Les autorités algériennes ont exprimé à Michel Barnier leur préoccupation devant l'apparition de nouvelles bases terroristes dans le Grand Sud algérien et dans toute la bande sahélienne. A Paris, on prend très au sérieux le risque de création de nouveaux «sanctuaires» des organisations proches d'al-Qaida. Français et Américains coopèrent sur ce dossier.


Il reste à donner un contenu au «partenariat d'exception» franco-algérien. Les Algériens souhaitent pouvoir se rendre plus facilement en France. Ils espèrent une augmentation des investissements français en Algérie. Sur le premier point, Paris délivre déjà quatre fois plus de visas aux Algériens aujourd'hui qu'il y a huit ans. Quant aux investissements, ils sont freinés par la bureaucratie omniprésente, la corruption généralisée et la faiblesse du système bancaire. Michel Barnier a pressé les dirigeants algériens de poursuivre leurs réformes économiques et les privatisations.


Le ministre des Affaires étrangères a plaidé auprès de ses interlocuteurs, dont le président Bouteflika, qui l'a reçu pendant quatre heures, pour que les harkis, les anciens supplétifs de l'armée française pendant la guerre, puissent revenir en Algérie lorsqu'ils le souhaitent. Ce dossier est très sensible à Alger. Mais le ministre a fait valoir la nécessité de ce «travail de mémoire», sans lequel l'amitié franco-algérienne aujourd'hui proclamée resterait vide de sens.

 

 
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