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Michel Barnier, ministre français des Affaires étrangères, au Quotidien d’Oran «Une rivalité franco-américaine sur l’Algérie est aussi tenace qu’erronée»
Entretien Réalisé Par Mounir Boudjemaâ, Le Quotidien d'Oran, 12 juillet 2004
Le Quotidien d’Oran: Deux mois après votre installation, vous vous rendez à Alger pour la première fois. Quel sentiment avez-vous pour votre premier déplacement en tant que ministre français des Affaires étrangères en Algérie alors que les observateurs assimilent la multiplication des visites françaises de haut rang à un forcing, au regard de la concurrence stratégique américaine?
Michel Barnier: Nous assistons, depuis 1999-2000, à une formidable relance des relations franco-algériennes. L’an dernier, à quelques semaines d’intervalle, le Président Bouteflika effectuait une visite officielle en France puis le Président Chirac se rendait à Alger, en visite d’Etat. Il y a eu aussi ce très grand succès de l’Année de l’Algérie en France. Ces derniers mois, les visites ministérielles en Algérie se sont succédé presque mensuellement. Cette relation, renouvelée avec beaucoup d’enthousiasme, d’idées, de volonté de travailler ensemble, s’inscrit dans un cadre euro-méditerranéen et profitera à tous. L’idée selon laquelle il y aurait une «rivalité franco-américaine» sur l’Algérie est aussi tenace qu’erronée. La refondation de notre relation correspond, tout simplement, à l’attente profonde de nos deux peuples. Je vais en évoquer, avec mes interlocuteurs algériens, les prochaines étapes dans le prolongement du déplacement à Alger du président de la République française, le 15 avril dernier: poursuite de la mise en oeuvre de la Déclaration d’Alger du 2 mars 2003 et ouverture de nouveaux champs de coopération, visites ministérielles, préparation d’un grand traité d’amitié. L’enjeu fondamental, c’est de construire un cadre rénové pour l’ensemble de nos relations qui les porte à un niveau d’excellence pour les prochaines décennies, car ce que font ensemble l’Algérie et la France doit être à la mesure de cette relation si singulière.
Q.O.: Croyez-vous que les relations algéro-françaises peuvent s’accommoder de la position française sur le dossier du Sahara Occidental et le parti-pris de Paris aux côtés du Maroc, notamment dans les instances internationales, que ce soit à l’ONU ou à l’UE. Ceci, alors que les deux pays, semblent défendre des positions similaires, notamment sur le Moyen-Orient et l’Irak?
M.B.: Je ne suis pas de ceux qui se résignent au blocage de l’intégration maghrébine. D’une part, parce que le mouvement d’intégration régionale est général sur tous les continents. Ce n’est pas par hasard; il y des complémentarités à mettre en valeur, des intérêts communs, des solidarités naturelles. Ensuite, il y a cette nécessité, dans le monde actuel, de s’unir pour être mieux entendu: les grands ensembles régionaux sont et seront, de plus en plus, les acteurs du monde multipolaire. Enfin, l’Europe a besoin d’un Maghreb uni dans le cadre de la relation si importante que nous entretenons à travers le processus de Barcelone. Dans ce contexte d’intégration, la France pense qu’une solution politique réaliste doit être recherchée entre les parties au conflit du Sahara Occidental, dans le cadre des Nations unies, et que rien ne doit leur être imposé. Mais nous disons aussi qu’un dialogue direct entre l’Algérie et le Maroc est nécessaire pour favoriser l’émergence de cette solution, en prenant en compte les impératifs de la stabilité régionale et les intérêts des deux pays et des populations concernées. Il y a un travail d’imagination et d’audace à faire pour dépasser les blocages hérités du passé. La coopération franco-algérienne va continuer à se développer en Afrique, en particulier sur des enjeux majeurs comme celui que représente le NEPAD. Nous allons approfondir notre dialogue en vue de la stabilité et du développement du continent africain, avec un intérêt particulier pour la zone sahélienne. Plus généralement, je voudrais souligner cette concertation permanente qui s’est établie entre nos deux chefs d’Etat sur les grandes questions régionales et internationales, par exemple sur l’Iraq ou le Proche-Orient. Nos vues sont d’ailleurs très proches comme on l’a constaté lors du Sommet du G8 à Sea Island.
Q.O.: Le dossier de la libre circulation des personnes demeure toujours endémique. Il y a eu augmentation du nombre de délivrances de visas depuis 1999 mais sans jamais atteindre les taux connus durant les années 80/90, lorsqu’il était assez aisé pour les Algériens de se rendre en France. Y aura-t-il du nouveau sur ce dossier? M.B.: Nous faisons des efforts considérables pour faciliter la délivrance des visas aux ressortissants algériens, notamment en renforçant nos postes consulaires à Alger et Annaba et en préparant la réouverture du Consulat général d’Oran à l’horizon 2005, malgré de fortes contraintes budgétaires. Je sais la sensibilité de cette question, y compris l’importance -justifiée- que les Algériens accordent aux conditions d’accueil des demandeurs de visa. J’accorde moi-même un intérêt personnel à cette question. Nous allons aussi poursuivre le retour complet du traitement des dossiers de visa, de Nantes vers nos services consulaires en Algérie. Enfin, une circulation
facilitée doit s’accompagner d’une
coopération accrue en matière de lutte contre l’immigration
clandestine. Les choses se sont améliorées mais il y a
encore à faire dans ce domaine à titre bilatéral,
sachant que le défi des migrations devra, de plus en plus, être
traité dans un cadre euro-maghrébin et euro-méditerranéen.
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www.algeria-watch.org
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