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LIBERALISATION DU SECTEUR BANCAIRE
Les banques françaises favorisées ?
Le Soir d'Algérie,19 mars 2007
Dans quelques semaines, voire quelques jours, le nom de la Banque étrangère qui entrera dans le capital du Crédit populaire d’Algérie (CPA) sera connu. Six banques internationales ont déjà été préqualifiées dont des françaises en pole position pour acquérir la majorité du CPA. Cela signifierait-il un recentrage en faveur des banques françaises ?
Chérif Bennaceur - Alger (Le Soir) - Un questionnement plausible et pour lequel la réponse ne pourrait être qu’affirmative. Cela d’autant que sur les six banques préqualifiées pour l’acquisition de 51% du capital du CPA, les trois mieux placées sont les banques françaises. Rappel des faits : un appel à manifestation d’intérêt avait été lancé, en octobre 2006, à l'adresse des banques universelles internationales disposant de la capacité d'agir en tant que partenaire stratégique du CPA et de contribuer à son développement. Les partenaires intéressés par cette privatisation avaient été précisément invités à retirer un dossier de préqualification auprès de la Rothschild and Cie, conseiller exclusif pour cette transaction. A la suite de l’examen de l’ensemble des manifestations d’intérêt, six banques internationales ont été préqualifiées en décembre dernier. Ce sont les banques américaines City Bank et Natexis, les banques françaises Crédit agricole, BNP Paribas et Société Générale ainsi que l’espagnole Santander Banco. Certes, l’envergure et le savoir-faire des banques américaines et espagnole, la Santander Banco étant classée parmi les dix premières banques au monde, ne prêtent pas à contestation.
Les banques françaises favorisées pour leur envergure
Il semble néanmoins que l’une au moins des banques françaises sera privilégiée, d’abord pour satisfaire aux conditions de préqualification et en raison de contingences politiques. Voire, qu’à l’avenir, la libéralisation se poursuivra en faveur des établissements français. Rappelons que pour être préqualifié pour la suite du processus de privatisation, le partenaire stratégique du CPA devait avoir, à la date du 30 juin 2006, un niveau de fonds propres minimum de 3 milliards d’euros, un réseau d’au moins 400 agences dans un même pays et un rating (cotation) préfixé par cet appel. Des critères que ne peuvent remplir les banques originaires de pays du Golfe, en termes de nombre d’agences notamment et même si on a annoncé l’arrivée de banques émiraties, maghrébines et autres, outre l’agrément accordé à la banque libanaise FransaBank. Simple argument en défaveur des établissements non hexagonaux ? Peut-être oui. Mais la rapidité avec laquelle les trois banques françaises suscitées, présentes dans notre pays depuis plusieurs années, ont pu, ces deux dernières années, élargir rapidement leurs réseaux d’une agence à une moyenne de 15 à 20 agences pour les BNP Paribas et Société Générale, permet de le conforter. Et cela d’autant que les filiales de banques françaises sont rapidement autorisées à s’implanter dans notre pays, à l’instar de la banque Calyon, filiale du groupe Crédit agricole, également intéressé par la privatisation partielle du CPA. En fait, ce que plusieurs acteurs de la place bancaire nationale redoutent c’est le risque du retour de la mainmise française sur cette activité.
Impact sur le secteur public algérien de cette mainmise
Voire le risque que les banques publiques nationales, dominant encore à 90% l’activité bancaire, et dont le nombre diminuera si l’option de la privatisation partielle de la Banque de développement local (BDL) se confirme, subissent le contrecoup de ce recentrage notamment sur leurs bénéfices et parts de marché. Ainsi, des représentants de la place bancaire dont des cadres dirigeants ne manquent pas de relever l’existence d’entraves au travail des banques publiques, relativement aux procédures d’exploitation, évoquant à ce propos la lenteur des procédures pour l’obtention des autorisations d’exploitation et des procédures administratives reliant les banques publiques à la Banque d’Algérie. Selon eux, les banques étrangères ouvrent plus facilement et rapidement, en quelques mois seulement, de nouvelles agences à travers le territoire national alors que les banques nationales arrivent à le faire difficilement. Également, ces banquiers d’évoquer la facilité avec laquelle les banques étrangères traitent leurs succursales en Algérie en matière de gestion et d’investissement. A ce propos, ils indiquent qu’aucune autorisation n’est exigée à ces établissements pour l’ouverture d’agences et de succursales en Algérie puisqu’une simple demande, adressée aux compagnies mères, suffit. En rappelant que les banques étrangères sont limitées en matière d’octroi de crédits et que les entreprises publiques ne sont pas autorisées à effectuer des dépôts ailleurs que dans les établissements bancaires publics. Une mesure sujette néanmoins à une remise en cause par les pouvoirs publics. De même, en rappelant que la nouvelle réglementation de la Banque d’Algérie est plus drastique puisqu’elle prévoit pour l’agrément de toute nouvelle banque une dotation minimale de 2,5 milliards de dinars, outre de satisfaire à des critères rigoureux en matière d’actionnariat, de compétences professionnelles managériales. Ceci conformément aux dispositions de la loi sur la monnaie et le crédit, amendée par ordonnance en 2003, dans le contexte de crise du secteur bancaire et financier et qui a vu la disparition de la plupart des banques privées. Et cela même si seulement quelques banques étrangères ont été agréées depuis par le Conseil de la monnaie et du crédit auprès de la Banque d’Algérie.
Une libéralisation bancaire ouverte officiellement à tous
Ceci nonobstant les affirmations officielles quant à une libéralisation ouverte à tous, tant françaises que britanniques, américaines ou autres, une libéralisation participant de la mise en œuvre de la réforme bancaire. Ainsi, selon le staff ministériel en charge de cette réforme, les banques internationales sont de plus en plus nombreuses à présenter des demandes d'agrément auprès de la Banque d'Algérie pour l'ouverture de succursales en Algérie. Cela, dans l’objectif notamment de développer la bancarisation, en passant de la norme actuelle d’une agence bancaire pour 28 000 habitants à celle d’une agence pour 5000 habitants. Selon ces assertions, les banques internationales ont pris conscience de l'importance du marché algérien, sur lequel elles peuvent miser financièrement, et savent que l’économie algérienne est désormais sur la bonne voie. Dans ce cadre, pour s’assurer de la qualité des établissements bancaires qui souhaitent s'installer en Algérie, leur agrément est subordonné dorénavant à la présentation d'un plan de déploiement de leurs activités à moyen terme (densité du réseau, à travers le territoire national, prestations bancaires et financières à fournir...). Des préalables que toutes les banques étrangères peuvent prétendre fournir même si la part du lion sera accordée, en raison d’injonctions tacites des pouvoirs publics algériens, aux banques françaises. En fait, l’option française aurait été négociée au plus haut niveau. Un choix profrançais qui est «une réalité» selon des spécialistes de la chose qui constatent qu’elle s’inscrit dans le cadre d’une stratégie mûrement réfléchie.
Un choix profrançais délibéré ?
En d’autres termes, il n’est pas impossible que le choix profrançais s’inscrive dans le cadre du redéploiement de la politique d’attraction de l’investissement étranger et de privatisation. L’équilibre étant voulu entre les pays industrialisés, les Etats-Unis s’assurant, relativement, d’une hégémonie dans le secteur énergétique, au-delà des récentes controverses liées à la mise en œuvre de la nouvelle loi relative aux hydrocarbures, et la France s’accaparant des services bancaires et assurantiels. Une stratégie mise en œuvre depuis près de quatre ans et qui a été favorisée par la disparition, considérée par certains observateurs comme voulue, de toutes les banques privées, en raison d’errements dans la gestion. Des errements regrettables certes, mais qui auraient dû être gérés autrement qu’en mettant en branle les récentes mesures restrictives et au détriment de l’entrepreneuriat bancaire d’essence algérienne. Et une stratégie dont la finalité est de remplacer les banques privées algériennes, dont plusieurs agences ont été qualifiées par une voix autorisée en 2003 de non rentables par les banques françaises.
Pas dans l’absolu, selon des experts
Néanmoins, d’autres experts financiers estiment qu’il sera difficile de privilégier un quelconque «monopole» bancaire français, au regard de l’importance des projets de développement lancés à l’horizon 2009. Des projets qui nécessitent pour leur financement l’apport de plusieurs banques «solides» internationales et pas seulement françaises, réunis en consortiums et pools bancaires. Pour ces experts, l’arrivée de banques étrangères en force peut s’avérer une bonne chose pour l’économie nationale, sans craindre de risque quant à une perte de souveraineté nationale. En effet, la place bancaire nationale verra la compétition entre des banques publiques fortes, telles la Banque extérieure d’Algérie (BEA) et la Banque algérienne de développement agricole (Badr), et des établissements bancaires étrangers d’origines diversifiées. A charge pour ces divers compétiteurs de savoir bien tirer profit de cette situation et de bien s’organiser en vue d’assurer leur développement et, partant de là, du pays. Et ces observateurs de faire remarquer que les textes régissant l’activité bancaire et financière ne privilégient aucunement une origine géographique par rapport aux autres mais uniquement la satisfaction des conditions suscitées. Et d’autant que les paramètres susceptibles de favoriser le choix français (la proximité de langue ou l’influence politique) ne sont pas absolument pertinents.
C. B.
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Algérie, chasse gardée de la France |