Le président de l'Assemblée nationale française reçu par M. Bouteflika
Une audience marathon pour enterrer le projet du traité d'amitié
par Youcef Brahimi, Le Jeune Indépendant, 22 janvier 2007
L'audience accordée hier par le président Abdelaziz Bouteflika à M. Debré, président de l'Assemblée nationale française, n'a apparemment pas pu rapprocher les deux parties sur le dossier du traité d'amitié si l'on en juge par le fait qu'à la fin de l'audience les hommes se sont refusés de s'exprimer sur le sujet.
Le président de l'Assemblée nationale française Jean-Louis Debré et le chef de l'Etat Abdelaziz Bouteflika ont, selon le journaliste de l'AFP qui a pu accéder à la présidence, longuement abordé les relations franco-algériennes, mais n'ont rien dit du traité d'amitié, en souffrance, que les deux pays devaient conclure en 2005.
L'audience marathon de trois heures et demie, dont deux de tête-à-tête avec M. Debré, n'a pas débouché sur un résultat concret sur le dossier de ce traité d'amitié comme le laissait entrevoir, la veille, de Djanet, le président de l'APN Amar Saâdani.
Ce dernier, qui accompagnait M. Debré dans la région de Djanet, avait déclaré à l'AFP que la signature de ce traité serait «possible» avant la fin de l'actuel quinquennat de Jacques Chirac «si la France faisait un effort». Le président de l'APN avait ajouté que c'est là une «occasion unique» pour parvenir à la signature du traité.
«M. Chirac et M. Bouteflika sont des hommes sages. Pour les Algériens, ce sont deux présidents historiques» qui ont tous deux pris part au conflit précédant l'indépendance de l'Algérie, a fait valoir M. Saâdani. Si le traité n'était pas signé avant la fin du mandat de M. Chirac et avant les législatives de mai en Algérie, «la signature sera reportée pour encore longtemps», a-t-il affirmé, ajoutant que «les Algériens font toujours confiance au président Chirac».
L'échec d'hier est également perceptible auprès de M. Debré, qui a changé ses éléments de langage. Avant son arrivée à Alger, M. Debré, voulant croire à un dénouement de dernière heure, insistait auprès de la presse sur le fait qu'il était porteur d'un message du président Chirac à M. Bouteflika.
A sa descente d'avion vendredi soir, M. Debré a ajouté : «nous espérons que la signature, dimanche (hier, ndlr), du protocole de coopération parlementaire renforcera les relations et permettra une conclusion rapide du traité d'amitié.» Dans la délégation française, les avis étaient partagés.
Pour Jean-Marc Ayrault (PS) et Jean-Christophe Lagarde (UDF), une signature avant la fin du quinquennat «paraît peu probable» et il faut laisser ce travail au «prochain exécutif». Hier, à l'issue de l'audience marathon, il a recadré le but de sa mission en indiquant avoir remis «un message d'amitié au peuple algérien» du président Jacques Chirac au président Bouteflika et abordé avec ce dernier «la coopération parlementaire entre les deux pays».
En recadrant l'entrevue avec le président Bouteflika dans le strict contexte de «l'amitié au peuple algérien», M. Debré confirme implicitement l'enterrement de la perspective de signature du traité d'amitié voulu par les deux chefs d'Etat, dont l'un, Jacques Chirac, doit quitter ses fonctions dans trois mois.
La position de l'Algérie, exprimée par le président de la République, s'est figée dans le préalable des «excuses officielles» pour les crimes commis pendant les 132 ans de colonialisme. Une exigence rejetée par la France toutes classes politiques confondues qui préfère plutôt s'en tenir au travail de mémoire des historiens.
M. Debré, premier président de l'Assemblée nationale française à se rendre en Algérie depuis l'indépendance du pays, avait, dans la matinée d'hier, déposé une gerbe de fleurs -- portant un ruban bleu, blanc, rouge avec l'inscription : «Assemblée nationale» -- à Maqam Echahid en hommage aux martyrs de la Révolution.
Y. B.