Actualités > France  
   

Partenariat algéro-français

Le savoir-faire, en attendant les capitaux

Le Quotidien d'Oran, 9 janvier 2005

A deux, les présidents du MEDEF Algérie et du Forum des chefs d’entreprises ont bien défendu l’évolution positive de l’économie algérienne même si les Français se contentent aujourd’hui d’exporter uniquement leur savoir-faire aux Algériens et non leurs capitaux.

« C’est une relation exceptionnelle entre les entreprises françaises et celles algériennes qui s’insère politiquement dans un cadre tout à fait particulier de rapprochement et de rattachement entre les deux pays», avait d’emblée déclaré Yves Thibault De Siguy, président du MEDEF Algérie, lors de la conférence de presse qu’il a animée conjointement hier à l’hôtel Sofitel d’Alger aux côtés de Omar Ramdane, président du FCE. 2005, a-t-il dit, «est une année importante pour le renforcement de la coopération et de l’ approfondissement des relations bilatérales et du partenariat entre l’ Algérie et la France». Un partenariat dont le contenu essentiel, selon lui, doit être pour les investisseurs français «celui d’apporter leur savoir-faire aux Algériens». Il est aussi question de la formation de managers selon la conception que se fait la France du partenariat qu’elle compte entreprendre avec l’Algérie. Pour l’instant, les Français se refusent justement à quantifier le partenariat avec l’Algérie «par un nombre précis de projets de construction d’usines ou autres entreprises». Ce partenariat, les Français le voient basé sur «une approche commune dans laquelle chacun apporte ce qu’il sait faire». Et pour l’instant, les Français ont choisi de transférer leur savoir-faire aux Algériens mais pas leur argent. L’option est claire, elle ne repose pas à court et probablement jusqu’à moyen terme sur un apport de capitaux français au profit de la relance de l’économie algérienne mais uniquement de techniques de gestion. «Parce que c’est un pays qui a besoin de savoir-faire et qui attend de nous de lui initier notre manière de gérer les hommes et les entreprises», a affirmé De Siguy. Fort de 120 hommes d’affaires qu’il a ramenés pour un séjour de trois jours à Alger, le MEDEF, faut-il le rappeler, est à sa quatrième visite exploratrice du marché algérien sans pour autant avoir conclu de projets concrets d’ investissement. Même si Omar Ramdane affirme avoir «senti effectivement qu’ il y a une volonté chez le MEDEF d’aller vers l’investissement direct et le partenariat», ce sont certainement les problèmes évoqués par De Siguy qui l’ entravent. Il en a, en effet, énuméré quelques-uns à commencer par l’absence de services financiers et bancaires performants. «Il faut un partenariat pour lequel les hommes d’affaires français pourraient trouver un service financier et bancaire comme ils ont l’habitude de le trouver dans les autres pays», a-t-il soutenu en faisant référence à la nécessité de réforme le secteur en question.

L’économie informelle avec son point nodal, la contrefaçon, représente aussi un problème qui bloquerait toute initiative d’investissement. «On ne peut se permettre de parler de partenariat si parallèlement il y a un produit contrefait qui concurrencerait celui produit, c’est une forme de compétition déloyale», a-t-il expliqué. Suit le foncier industriel, un problème qui «lui est lié à celui du manque d’infrastructures», continue de dire le président du MEDEF Algérie. Son exemple, pour toute comparaison, «la Chine parce que j ’y travaille beaucoup». Les routes, les moyens de transport, les logements, les hôtels, ce sont les infrastructures que la Chine a commencé, selon lui, par mettre en place pour prétendre à la réalisation de projets de partenariat avec les étrangers. Il est convaincu que «le gouvernement algérien l’a parfaitement compris» puisqu’il a lancé le projet du métro, d’ autres ferroviaires et portuaires. Au-delà des hydrocarbures qui ont attiré les Français, «il y a l’agroalimentaire, la chimie pharmacie, les industries manufacturières et les services financiers où les entreprises françaises sont présentes». Il estime que «le problème de l’Algérie est de diversifier ses ressources de richesses». Quoique le patron de Suez croie que des efforts soutenus sont déployés en direction de ce volet de l’économie surtout que «c’est un engagement du président», il prendra acte «de ce qui a été présenté par les ministres algériens» durant la journée d’hier. Les réformes entreprises depuis quelques années «ont permis à l’Algérie de signer son accord d’association avec l’Union européenne et de pouvoir négocier son adhésion à l’OMC», note-t-il. En fait, ce qui a permis à l’ Algérie de passer «d’une économie étatisée à celle de marché» est jugé positif par les Français. Chiffres à l’appui qui constituent à ses yeux «des éléments sains et encourageants», le président du MEDEF Algérie estime que le taux de croissance du secteur industriel algérien est stable et «qu’on est tout à fait dans la ligne de la diversité recherchée par le gouvernement». Omar Ramdane ira plus loin dans son diagnostic. «Il n’y a pas un marché plus ouvert que le nôtre», a-t-il affirmé en soulignant que les réformes entreprises ont énormément avancé. «Il nous reste la réforme financière», a-t-il reconnu non sans noter que chez nos voisins «il ne nous ait pas permis nous Algériens d’acquérir le foncier». Et toujours pour éclairer les Français, il ajoutera: «Nous avons fait des réformes dans des moments extrêmement difficiles». Cependant, le patron du FCE se retourne vers les autorités algériennes pour leur reprocher d’avoir opté pour «une ouverture brutale de l’économie et d’avoir fait des concessions aux organisations internationales sans contrepartie». Omar Ramdane est persuadé, par ailleurs, que la privatisation ne va pas se traduire par des pertes d’ emploi «comme cela a été le cas après la fermeture d’entreprises publiques». De Siguy recentre, pour sa part, la vision française en indiquant que «la diversité sectorielle qu’on observe dans la délégation du MEDEF et le nombre important de patrons de PME régionales prouvent que les hommes d’affaires français sont venus à Alger avec la volonté précise de développer des affaires». 2005 est qualifiée par Ramdane d’année capitale. «Je pense que nous pouvons beaucoup de choses, la situation est favorable et sera renforcée par un acte politique majeur», celui de la signature en mars prochain d’un traité d’amitié entre l’Algérie et la France.

Ghania Oukazi


LES PATRONS DU MEDEF RENCONTRENT OPERATEURS ET MINISTRES ALGERIENS

L’opération de charme du FCE, les mises au point de Benachenhou

Le Quotidien d'Oran, 9 janvier 2005

L’opération de charme concoctée hier par le Forum des chefs d’entreprises pour les 120 patrons du Medef n’aura pas été d’une longue durée. Arrivé à la mi-journée et invité à prendre parole, le ministre de Finances a été porteur d’un autre discours. Pour Abdelatif Benachenhou, il ne s’agissait pas seulement de faire la promotion du marché algérien et d’appeler les opérateurs français à profiter des opportunités qu’il offre. «Les partenaires doivent tout se dire», dira-t-il, quitte à fâcher. D’ailleurs, il n’a pas jugé utile de trop s’attarder sur les indicateurs macro-économiques et financiers attractifs et la stabilité politique de l’ Algérie, ces données étant connues de tous. Il informe juste les patrons que l’Algérie est un pays qui épargne beaucoup (46 milliards de dollars en 2004) et qui a besoin de transformer cette épargne en investissement. Globalement, «l’ouverture économique s’amplifie et se confirme», dira le ministre. Il cite le cas de l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures qui, une fois adopté, «permettra à l’Algérie d’être plus attractive et à l’opérateur public d’être accompagné». Le secteur bancaire s’ouvre également avec l’ ouverture de capital de la BNA, de la BADR et de la BDL. Idem pour celui du tabac.

Des allègements des charges sociales pour les employeurs sont prévus alors que la réflexion sur l’octroi de crédits pour des entreprises étrangères de droit algérien est ouverte, affirme le ministre, qui précise que lui-même en est un partisan. Il rassure également que la directive de Ouyahia qui oblige les entreprises et organismes publics à mettre leurs avoirs dans les banques publiques sera levée. Le président l’a décidé, ajoute-t-il, «pour des raisons qu’on connaît tous et il y a encore des escrocs en Algérie». Mais «l ’Algérie ne progresse pas en matière de grandes privatisations». Il rappelle qu’il y en a eu de petites avec la privatisation de 111 EPE, qui n’ont ramené au trésor que 18 milliards de dinars. «Une récolte» qui ne semble pas satisfaire l’argentier du pays, car ces entreprises «ont coûté beaucoup plus à l’Etat», regrette Abdelatif Benachenhou, qui rassure au passage que «l’ Algérie dispose de moyens financiers pour la prise en charge des plans sociaux de la privatisation». Aux patrons français, le ministre des Finances dévoile ses analyses sur ce qu’il estime être les raisons «du blocage». Selon lui, «les tenants du statu quo sont nombreux». Il y en a qui le sont par «inquiétude légitime» et d’autres pour «défendre des intérêts qui ne le sont pas toujours». Mais, rassure-t-il, «on finira par convaincre les uns et les autres». L’informel est cette autre contrainte aux réformes qui «affecte l’économie, le fisc... ». Et «les entreprises, selon le ministre, ne sont pas toujours étrangères à ce phénomène». Il y en a même des françaises, précisera plus tard le ministre aux patrons du Medef.

La monnaie européenne «fait également beaucoup de mal à l’Algérie», poursuit l’argentier du pays. L’appréciation de l’euro se traduit, explique-t-il, «par le renchérissement notable de l’acte d’investir, de produire, de manger... de l’Algérie et des Algériens». Il rappelle que l’Algérie est un pays qui vend en dollars et achète en euros.

Une situation qui préoccupe le ministre de par ses retombées sur notamment la dette.

Sous l’effet de l’appréciation de cette monnaie face au dollar, celle-ci, pour rappel, enregistre une hausse d’environ un demi-milliard de dollars chaque année, selon la Banque d’Algérie. Une préoccupation à laquelle ne peuvent décidément rien les patrons du Medef: le président du comité Algérie de ce patronat, Yves-Thibault de Silguy, se contentera pour toute réponse d’ indiquer que «rien n’empêche l’Algérie de vendre en euros».

Ce dossier étant clos, du moins pour les Français, le ministre des Finances revient à la préoccupation du jour et à l’objet de la rencontre, à savoir la promotion de la coopération franco-algérienne. Il déclare, à ce propos, que l’Algérie attend plus d’engagement des patrons français en matière d’ investissement, de partenariat et de prise de participations dans le programme de privatisation. Il appelle les entreprises françaises également à plus de transparence et à plus d’expertises.

Le président du Forum des chefs d’entreprises, Omar Ramdane, lui n’ira pas par quatre chemins pour interpeller les opérateurs français et les avertir sur le fait qu’ils sont en train de perdre des parts de marchés même sur le plan commercial, car concurrencés par d’autres pays, notamment la Chine. Chiffres à l’appui, il affirme que «le nombre des entreprises françaises implantées en Algérie - qui est de 200 à janvier 2004 - demeure modeste.

Le nombre de celles qui se sont implantées en 2004 a été de 6». Des chiffres insuffisants qui, selon Omar Ramdane, «nous interpellent car dans le contexte économique mondial actuel, caractérisé par l’indépendance de plus en plus forte des économies, nous constatons bien que des relations qui demeurent portées exclusivement par le commerce présentent souvent un caractère fragile». «La consolidation, ajoute-t-il, le développement et le succès de telles relations passent aujourd’hui par l’engagement des partenaires au-delà du simple commerce». Et même sur ce plan, le président du FCE a attiré l’attention des patrons du Medef sur le fait que la libéralisation commerciale, qui devra s’accentuer à l’avenir, signifie une diversification des sources d’approvisionnement.

Le déficit dans l’implication des entreprises française en Algérie est une donnée à laquelle l’on ne trouve aucune explication, car l’Algérie est désormais un pays stable offrant «une stabilité économique».

Ce sont là les messages adressés par les Algériens au monde des affaires français. Les constats sont partagés par les opérateurs du Medef, selon même De Silguy. Il ne reste qu’à attendre la suite, le concret.

Ghania Amriout

   
www.algeria-watch.org