Relations algéro-françaises

Entre l’échange de renseignements et la vente d’armes

La Tribune, 12 octobre 2004

Inscrite dans une vaste série de déplacements officiels entre Alger et Paris, la visite, à partir d’hier, du ministre de l’Intérieur français Dominique de Villepin s’inscrit dans la lignée de celle du ministre de la Défense Alliot-Marie, à savoir la coopération militaire et la lutte contre le terrorisme. C’est du moins ce qui a été annoncé dans le communiqué du ministère de l’Intérieur français, rendu public à la veille de ce déplacement. Selon des sources diplomatiques, Dominique de Villepin exposera à ses interlocuteurs algériens les lignes de son plan de lutte contre les groupes armés et leur financement. Même si cette visite est programmée de longue date, elle ne pourra faire l’impasse sur la menace d’attentats dont fait l’objet la France et la place de leader dans la lutte contre le terrorisme qu’a acquise l’Algérie dans la douleur. Les échanges de renseignements fonctionnent bien, de l’aveu de la ministre de la Défense Alliot-Marie. Même si la France s’abstient pour l’instant de confirmer ou d’infirmer l’information évoquant la possibilité de signer un accord de défense avec l’Algérie, elle évoque volontiers la perspective de concevoir la future coopération algéro-française en matière de défense dans le cadre d’un «partenariat Nord-Sud et d’un traité d’amitié en 2005 devant définir le cadre global d’un partenariat d’exception placé en ligne de mire par Bouteflika et Chirac». Ce réchauffement exceptionnel des relations algéro-françaises intervient au moment où le pays est en train de renouveler son équipement militaire. Ses revenus pétroliers font saliver les marchants d’armes. Les Etats-Unis fournissent déjà à l’Algérie des avions de transport des troupes. La Russie a signé un contrat de soixante-dix avions de chasse. Le patron de l’industrie aéronautique espagnole a décroché un contrat de livraison de six avions. De quoi rendre jaloux les patrons français de l’armement. Systèmes de surveillance aux frontières, satellites, hélicoptères, véhicules terrestres, modernisation des avions et des chars : les besoins recensés par l’armée algérienne sont nombreux. Côté français, Thalès et Sagem lorgnent déjà ces marchés. Lors de sa visite à Alger, le 17 juillet dernier, Alliot-Marie a déclaré que «les ventes d’armes ne sont pas une fin en soi». C’est quand même un bon début pour faire des affaires, semble-t-elle dire. En matière d’armement, l’Algérie est un marché prometteur. Longtemps sous embargo, Alger s’est contentée d’un matériel de base importé de Chine, de République tchèque ou d’Afrique du Sud. Les attentats du 11 septembre 2001 ont modifié la vision des pays occidentaux. Fin 2002, Washington brise l’embargo de fait qui frappait le pays en annonçant la vente d’équipements militaires de lutte contre le terrorisme. Alger avait alors manifesté l’espoir que «les pays européens», la France en tête, suivraient le mouvement. A l’Elysée, on évoque «une reprise progressive de la coopération militaire en matière d’équipement». Mais ces ventes ne seront «pas nouvelles», s’empresse-t-on d’ajouter, tout en se refusant à préciser la nature, le montant, et la date des transactions passées. Avec l’ouverture, ce jeudi à Alger, du Centre africain d’étude et de recherches sur le terrorisme, le pays est appelé à assurer le rôle d’instrument de veille et d’alerte sur d’éventuels actes terroristes en préparation dans le contient africain. La France ne pourra que prendre en compte cette nouvelle donne.

 

 
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