Actualités > France  
   

COOPERATION MILITAIRE

Pas d’armes françaises pour l’Algérie dans l’immédiat

Le Quotidien d'Oran, 10 février 2005

La France ne compte pas proposer des équipements militaires à l’Algérie dans l’immédiat. Si l’embargo tacite bloquait les transactions militaires durant une décennie, c’est l’incompatibilité du matériel entre les deux armées qui pénalise la signature des contrats.

« Très franchement, je ne vais pas dans ces pays pour leur vendre des armes, mais pour établir des relations plus complètes», a indiqué le ministre français de la Défense, Michèle Alliot-Marie, à la dernière édition du magazine Jeune Afrique/L’Intelligent en évoquant sa dernière tournée au Maghreb. MAM explique que Paris est à la recherche de relations fondées sur l’interopérabilité. Un terme qui désigne la compatibilité opérationnelle entre les équipements militaires de deux armées, ce qui n’est pas le cas entre l’ANP et l’armée française puisque l’armée algérienne est en majorité équipée d’armement russe. «Ce qui a du sens, c’est de mettre en place une politique globale. Il faut commencer par établir un dialogue stratégique, puis entreprendre un travail en commun, particulièrement dans les domaines de la formation, des échanges, des exercices... C’est la base de toute coopération. Ensuite, mais ensuite seulement, vient la question de l’ interopérabilité. Si l’on veut s’entraîner et travailler ensemble, les équipements doivent être compatibles. C’est là qu’intervient la question de l’armement. C’est, en quelque sorte, l’aboutissement logique d’une démarche cohérente», indique MAM à Jeune Afrique/L’Intelligent qui préconise, ainsi, une coopération graduelle en terme d’achat d’équipements.

A la différence des armées marocaine et tunisienne, aux équipements français, la coopération dans ce domaine avec l’Algérie est balbutiante: «Il y a d’abord les relations bilatérales que nous entretenons avec chacun des pays qui le composent: fort anciennes avec le Maroc et la Tunisie; plus récentes avec l’Algérie. Et mon voyage en Libye complète ce panorama. La Mauritanie, elle, a fait l’objet de l’un de mes premiers déplacements». Sur ce plan, la dernière visite de MAM en Algérie a permis de défricher le terrain à un partenariat plus univoque en terme de formation depuis que les officiers algériens ont cessé de se rendre dans les écoles de guerre françaises, préférant une formation dans les académies russes, et récemment américaines. Ainsi pour renouer le contact, le ministre français de la Défense mise sur «les relations personnelles qui se créent entre les militaires à l’occasion de stages de formation permettent de mieux se comprendre, de s’expliquer franchement, de créer un lien de confiance. J’ attache donc une importance toute particulière aux entraînements et exercices de formation communs. Ce type de relations facilite notre travail et complète les liens de confiance et de fraternité».

Une lacune qui n’a pas échappé à l’état-major français qui veut reprendre langue avec les militaires algériens dont le dernier accord commun concret remonte à... 1968. Mais la démarche française se veut aussi européenne. Concurrencée par les armées italienne, surtout dans le domaine naval, et espagnole, dans le secteur terrestre, l’armée française veut donner une dimension stratégique européenne à sa coopération avec l’Algérie. «Notre politique va au-delà, elle s’inscrit dans un cadre européen. C’est la raison pour laquelle j’ai réuni à Paris, au mois de décembre, le Conseil des ministres de la Défense des «5+5», les dix pays européens et maghrébins de la Méditerranée occidentale. Cela a été extrêmement positif», indique MAM en référence à la réunion qui s’est déroulée à Paris en présence, notamment, du ministre de l’Intérieur, Nouredine Yazid Zerhouni, en sa qualité de représentant spécial du chef des forces armées, le président Bouteflika.

A ce niveau, Paris possède toujours une longueur de retard sur les Américains. Intégrée dans le dialogue Otan-Méditerranée depuis 1994, l’ANP a été présente par deux fois, à travers l’ancien chef d’état-major, le général de corps d’armée, Mohamed Lamari, et l’actuel, le général major Gaïd Salah, aux réunions de l’Eucom américain à Stuttgart où les débats étaient plus concrets qu’à Paris. Terrorisme, interopérabilité, comme constatée lors de la traque du GSPC au Sahel, et manoeuvres communes, ont été les axes du développement de la coopération militaire multilatérale des Algériens avec les forces atlantiques où la France semble être marginalisée.

Mounir B.

   
www.algeria-watch.org