Conférence de l’amiral Lanxade sur le partenariat euro-méditerranéen

«La France et l’Algérie peuvent jouer un rôle déterminant»

Le Quotidien d'Oran, 24 avril 2005

Le président de la Fondation méditerranéenne des études stratégiques (FMES), l’ancien chef d’état-major des forces armées françaises (1991-1995), l’amiral Jacques Lanxade, a fait, hier, un tour d’horizon des grandes questions et des crises internationales. Il a plaidé à cette occasion en faveur de la relance du processus euro-méditerranéen.

Invité de l’Institut national des études stratégiques et globales (INESG), hier, à l’hôtel Hilton d’Alger, ce spécialiste des questions internationales et de défense considère ce processus comme une solution de maîtrise des risques dans la région et comme un moyen nécessaire à la construction d’un espace géopolitique et géoéconomique favorable aux échanges entre la rive sud et la rive nord de la Méditerranée. Son argument principal est que le monde est confronté à une multitude de crises, dont certaines peuvent être contagieuses, que la meilleure attitude à adopter, par les pays et les Etats méditerranéens, consiste à jeter les bases d’une coopération politique, économique et de sécurité durable.

Développée par un ancien militaire n’occupant pas de poste de responsabilité politique, cette vision peut paraître utopique ou trop intellectuelle, mais il n’en est strictement rien. L’amiral Lanxade exprime un point de vue largement répandu en France et en Europe dans les milieux concernés par les questions posées par la Méditerranée. Il reprend une position qui, depuis les attentats du «11 septembre», fait débat à Bruxelles et dans les principales capitales européennes sur les risques à courir en cas d’absence de dialogue politique sérieux et d’un projet commun aux pays de la région. Si le partenariat euro-méditerranéen n’aboutit pas, prévient-il à ce sujet, «la situation sera très douloureuse pour le sud et très dangereuse pour le nord de la Méditerranée». Les risques liés à la «fracture de développement» entre les deux parties de la région, «la montée des extrémismes religieux» et les facteurs de crispation sécrétés par le conflit israélo-palestinien et les crises larvées politiques et ethniques dans les Balkans, a-t-il expliqué, risquent de faire de l’arc méditerranéen une zone de conflits et d’affrontements difficilement gérables compte tenu de la profonde complexité de leur nature.

L’Europe, a déclaré l’amiral Lanxade, doit assumer sa part de responsabilité afin d’éviter un scénario aussi sinistre. Elle devra jouer, a-t-il dit, un rôle politique et diplomatique plus important en permettant au partenariat euro-méditerranéen de survivre et en lui donnant une nouvelle vigueur, dix ans après la déclaration de Barcelone, les vicissitudes et les échecs qu’elle a connus. La France et l’Algérie aussi, a-t-il ajouté, en précisant qu’au niveau bilatéral les deux pays, «qui ont des approches nécessairement différentes», peuvent mettre leurs visions respectives «l’une en face de l’autre» pour «faire progresser un certain nombre de questions». Il ne dit pas comment - il semble sur ce point ignorer les inquiétudes algériennes suscitées par la multiplication des stratégies européennes vis-à-vis de la rive sud méditerranéenne et du Maghreb en particulier (processus de Barcelone, politique de voisinage). Mais sa principale motivation est qu’en dépit d’un passé commun traumatisant, les relations entre Alger et Paris «évoluent tellement bien» qu’elles peuvent servir de modèle, et de poussée au bateau Méditerranée pour s’affirmer face aux risques et les bouleversements mondiaux qui le menacent ou qui peuvent l’isoler davantage.

Pour ceux qui s’en souviennent, le propos de l’amiral Lanxade rappelle celui de l’Egyptien Amr Moussa qui disait en 2004, à l’occasion d’une rencontre sur l’avenir de la Méditerranée, «que le rôle européen dans la paix et la prospérité n’est pas celui du curieux ou du généreux, mais celui du concerné et du menacé par les conséquences de la détérioration de la situation dans cette région». Une nuance le distingue cependant: celle par laquelle il semble avoir appelé les pays de la rive sud de la Méditerranée à ne pas trop fantasmer sur un tête-à-tête stratégique avec les Etats-Unis.

«La puissance américaine, a-t-il affirmé, n’est déjà plus dans l’ère de la lutte antiterroriste. Elle regarde vers l’Asie», où l’on assiste à un réveil nationaliste doublé d’une course à l’armement nucléaire, et «la Chine» qui veut être une puissance stratégique.

Noureddine Azzouz

   
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