Michel Barnier resserre les liens sécuritaires avec Alger

Un accord de défense pourrait être signé entre la France et l'Algérie

Par José Garçon, Libération14 juillet 2004


« L'objectif est qu'un traité d'amitié couvrant tous les domaines de coopération soit prêt en 2005. Le gouvernement français est mobilisé (pour cela)» : en visite lundi et mardi à Alger, Michel Barnier, le chef de la diplomatie française, a confirmé que les deux pays entendaient renforcer des relations déjà très étroites. Le ministre des Affaires étrangères a situé ce nouveau rapprochement dans le cadre de «l'engagement» pris par Jacques Chirac et son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika lors de la visite du président français à Alger, en mars 2003.

Livraison. L'évocation d'une coopération tous azimuts présente un avantage majeur pour Paris : banaliser le rapprochement sur les questions de défense et de sécurité entre les deux pays, qui devrait prendre la forme d'un accord de défense. Or, un accord de ce genre, fût-il vague, fera grincer des dents dans l'Hexagone. Les généraux algériens en attendent en effet la livraison d'équipements militaires sophistiqués de lutte antiterroriste que Paris leur a jusqu'ici refusés, du moins officiellement. Une telle livraison aurait valeur de symbole, apparaissant comme une reconnaissance de facto de l'action menée par Alger pendant la sale guerre contre les islamistes de la décennie 90. Sans parler de la possibilité de voir utiliser ces armements dans la répression des émeutes qui éclatent quotidiennement dans ce pays où la terrible dégradation de la situation sociale provoque partout des accès de fièvre...

En dépit de cela, Jacques Chirac a pris le risque d'accélérer le rapprochement avec Alger, rivalité avec les Américains sur le Maghreb et volonté d'obtenir un assouplissement de la position algérienne sur le Sahara occidental obligent. Si Michel Barnier a tenu à démentir toute idée de concurrence avec Washington, il a, en revanche, confirmé l'intérêt de Paris à un règlement de ce conflit qui bloque la construction d'un «Grand Maghreb». Il a ainsi appelé l'Algérie à «donner un nouvel élan au dialogue fondamental» avec le Maroc sur le Sahara occidental que se disputent Rabat et le Front polisario soutenu par Alger. Au cours d'une conférence de presse commune, son homologue algérien, Abdelaziz Belkhadem, s'est montré conciliant sur la forme, affirmant que «l'Algérie est déterminée à aller de l'avant» sur ce dossier et qu'il est «vital de développer nos relations avec le Maroc». Mais, sur le fond, il a réitéré la position traditionnelle d'Alger qui refuse toute négociation directe avec Rabat, estimant que cette affaire relève exclusivement de l'ONU et donc du référendum d'autodétermination onusien ­ que rejette Rabat. «L'Algérie, a ainsi déclaré Belkhadem, est disposée à aider à trouver une solution politique pour peu que celle-ci respecte le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination.» En dépit de cette réaffirmation de leur position traditionnelle, les Algériens accepteront-ils un sommet avec les Marocains, comme ont tenté de l'organiser, il y a déjà quelques semaines, Paris et Madrid ? France et Espagne semblent en tout cas toujours chercher à favoriser un tel sommet. Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero, qui s'est rendu au Maroc en avril, succédera en tout cas à Michel Barnier à Alger. Et, dimanche, son ministre des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, insistait sur le fait que Paris et Madrid devaient définir «conjointement une stratégie à l'égard de l'Afrique du Nord», précisant : «Pour que l'unité du Maghreb se fasse, il faut résoudre le problème du Sahara.»

Verrouillage. En attendant la suite de ces grandes manoeuvres diplomatiques, Michel Barnier et son homologue algérien ont signé quatre accords de coopération, dont un portant sur la création d'une école supérieure algérienne des affaires et un autre sur l'inventaire des peintures de l'art rupestre saharien. Pour le reste, ils ont mis de côté les sujets qui fâchent, qu'il s'agisse de la délivrance des visas aux Algériens, jugée parcimonieuse par Alger, ou de la frilosité des investisseurs français à l'égard de l'Algérie. Quant au verrouillage des libertés, et notamment de la presse, en cours à Alger, Barnier, s'est borné à rappeler l'attachement français «à la liberté de la presse partout dans le monde». La veille de son arrivée à Alger, la peine de deux mois de prison ferme d'un journaliste et militant des droits de l'homme de Djelfa, était portée en appel à trois mois.

 

 
Version imprimable
 
www.algeria-watch.org