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La majorité a choisi de boycotter les élections législatives : Les Algériens veulent un vrai changementpar Youcef Brahimi, Le Jeune Indépendant, 19 mai 2007 «Les élections législatives de jeudi étaient un acte pour rejeter le terrorisme et réaffirmer l’option démocratique.» Tel était le mot d’ordre de l’Administration qui a «choisi» des candidats que les électeurs devaient départager. La majorité des Algériens n’ont pas suivi ce mot d’ordre tout en se détournant d’un processus qui les prive d’un véritable choix. Une multitude d’enseignements sont à tirer des résultats du scrutin d’avant-hier dont le fait majeur demeure le record du taux d’abstention, 64,35 %, enregistré dans ces troisièmes élections législatives depuis le rétablissement du processus électoral en 1997, qui est en avance de 10,52 % par rapport à 2002. Ramenés aux 33 millions que compte le pays, les 5,7 millions de bulletins exprimés représentent seulement 17,35 % de la population globale. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce boycott de près de deux électeurs sur trois. A commencer par le bilan très mitigé de l’Assemblée sortante qui s’est livrée corps et âme au pouvoir exécutif qui en a fait à son tour une chambre d’enregistrement où le nombre des ordonnances adoptées le dispute aux projets de lois ordinaires. Le pouvoir législatif, contrôlé par les partis de l‘alliance présidentielle, n’a pas joué son rôle fondamental, celui de contrôler, au nom du peuple, l’action du gouvernement. Résultat : la frontière entre les deux pouvoirs s’est effacée concentrant dangereusement tous les pouvoirs entre les mains du gouvernement. La proximité avec l’élection présidentielle française a, en outre, compliqué la tâche des candidats face à un électorat de plus en plus exigeant. Des candidats aux compétences plus que douteuses, que l’Administration a agréés, ont envahi les médias audiovisuels étatiques avec des discours frôlant le ridicule. La réaction des téléspectateurs, ceux de l’Algérie profonde, ne s’est pas fait attendre : zapper pour ne pas subir le massacre. C’est peut-être ce qui explique le recul historique relevé jeudi au sein de l’électorat de la catégorie cataloguée d’Algérie profonde. Car, à bien y regarder, près de deux millions ont manqué à l’appel et le FLN en a fait les frais. Or, il est connu que l’ex-parti unique fait toujours le plein parmi les seniors et les populations de l’Algérie profonde. Terrorisme, conditions de vie… Les derniers attentats d’Alger et de Constantine ont certainement dû peser dans le choix de la majorité des électeurs de boycotter le scrutin. Les citoyens, après tant de souffrances et de sacrifices, ont dû ressentir comme un dégoût par rapport aux promesses du retour à la paix. Les terroristes, qui savent frapper les consciences, ont, indirectement, renforcer le camp des abstentionnistes qui se sont réfugiés dès lors dans les raisonnements fatalistes, fatals en démocratie. Autre raison qui a poussé les Algériens à boycotter l’urne, les conditions sociales précaires qui contrastent avec les capacités financières du pays. Il est difficile d’expliquer à un citoyen de 45 ans pourquoi il ne peut avoir ni de logement ni de travail alors qu’on lui rabâche que le pays regorge de milliards de dollars de réserves de change. Par la même occasion, il est difficile de convaincre les électeurs de se déplacer aux bureaux de vote alors qu’ils ont du mal à trouver un sachet de lait ou à acheter de la pomme de terre ! L’Administration a choisi ses candidats La manipulation de l’Administration lors de la période de collecte des parrainages par les candidats indépendants ainsi que lors de l’étude des dossiers de candidature a renforcé le sentiment que les jeux étaient faits et que des quotas ont été réservés aux participants. Pourquoi donc voter puisque les jeux sont faits ? L’Administration a, rappelons-le, exigé des listes d’indépendants que les formulaires de parrainage des listes soient légalisés et uniquement auprès d’un P/APC. Ensuite ce fut le tour des commissions électorales d’exiger la présence, physique, de 5 % des parrains ! Bien entendu, la loi électorale n’en demande pas tant. L’Administration, en l’absence de textes spécifiques, a produit ses propres règles pour exclure des candidats sous des prétextes fallacieux. Le président de la CNSEL, M. Saïd Bouchaïr, a regretté que la commission ait été installée en retard. Si elle avait été installée à temps, beaucoup de candidats n’auraient pas été exclus, a révélé M. Bouchaïr. Recul de l’alliance présidentielle Autre enseignement, le recul du score de l’alliance présidentielle, aussi bien en termes de sièges (- 14,05 %) qu’en nombre de voix (- 34,36 %). Mais le recul le plus spectaculaire est sans aucun doute celui du FLN qui a perdu, par rapport à 2002, la moitié des voix et 63 sièges. Nul doute que la minicrise née après la confection des listes des candidats par la direction du FLN a grandement contribué dans le recul de l’ex-parti unique dont les sympathisants pourraient avoir fait le choix de sanctionner le parti en grossissant les rangs des abstentionnistes ou ceux qui ont voté blanc. M. Belkhadem a certes réussi son pari de faire du FLN la première force politique du pays, mais en réalisant un score nettement en retrait par rapport à 2002 lorsque le parti était dirigé par Ali Benflis. Les trois partis de l’alliance, avec le style qui leur convient, ont déclaré défendre et appliquer le programme du président de la République. Les électeurs, ceux qui ont boycotté ou ceux qui ont choisi d’autres listes, ont-ils sanctionné ces partis ou le programme du président Bouteflika ? Le mal est dans le programme lui-même ou chez les personnes censées l’appliquer ? Le président de la République est seul en mesure de répondre lors de la nomination de la future équipe gouvernementale. Le RND, qui a profité de la minicrise du FLN pour gagner 14 sièges supplémentaires par rapport à 2002, peut à première vue paraître comme un parti ayant fait une avancée appréciable, même si l’objectif de départ était de récoler une centaine de sièges. Mais la faiblesse des voix obtenues, 591 310, en recul de 3,14 % par rapport à 2002, ne cadre sûrement pas avec les ambitions que nourrit Ahmed Ouyahia pour 2009. Le MSP a, quant à lui, su profiter de la crise d’El-Islah, dont une partie de l’électorat a migré vers le camp du frère islamiste, pour devenir la troisième force du pays. Percée de l’opposition A l’opposé, tous les partis hors alliance présidentielle ont fait une percée remarquable, à l’image du PT, du FNA, du MJD ou du PRA, ce qui démontre que les Algériens aspirent à un réel changement. Populaire parmi les couches défavorisées et les travailleurs, Mme Hanoune, partisane d’un renforcement du secteur public, a usé d’un langage populiste basé sur des attaques contre le FMI, la Banque mondiale, l’OMC, le ministre de l’Energie et celui des Participations, dont elle réclame la démission depuis plusieurs mois. Le RCD qui a obtenu 19 sièges, soit le même score qu’en 1997, a fait le plein, particulièrement dans les wilayas d’Alger, de Tizi Ouzou et de Béjaïa. Recul des islamistes, avancée des indépendants La crise d’El-Islah, dont le résultat est passé de 43 à 3 sièges, a grandement influé dans le score final des islamistes modérés, tous partis réunis, qui comptent désormais 67 sièges contre 82 en 2002. Les fidèles d’Abdallah Djaballah, engagés au sein du MNND, ont même humilié le président d’El-Islah, intronisé par l’Administration, en remportant 7 sièges ! Même si leurs listes ont reculé de 20 % par rapport à 2002, les indépendants confirment qu’ils progressent de mandat en mandat. De 11 sièges en 1997, ils sont passés à 30 en 2002 avant d’atteindre aujourd’hui 33, soit une progression de 11 %. Y. B. |
Elections 2007 | ||||
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