SCEPTIQUES, LES ALGEROIS S'INTERROGENT

"Voter pour qui, pourquoi ?"

Reportage réalisé par Saïda Azzouz, Le Soir d'Algérie, 17 mai 2007

N’étaient les affiches placardées à travers toutes les communes d’Alger informant de la tenue des législatives de ce 17 mai, et celles faisant part des listes des candidats à la députation tous partis politiques confondus, rien dans la capitale ne nous donnait l’impression d’être à quelques heures du déroulement d’un vote. Un scrutin qui, pour rappel, concerne le renouvellement de la composante de l’Assemblée populaire nationale, APN, soit 389 sièges que se disputent 12 229 candidats en lice sur 1 144 listes, issus de 24 partis politiques et de 102 listes dites indépendantes.

A Alger, où nous nous sommes promenés hier, histoire de prendre la température «post» électorale, l’indifférence de la population est évidente : «Voter pour qui, pourquoi ?» nous est servi à chaque fois que l’on ose la question : «Irez-vous voter, et qu’attendez-vous des ces élections ?» Une interrogation rarement prise au sérieux par les jeunes que nous apostrophons. Quand ils ne grimacent pas en nous rappelant leur quotidien de chômeur, ils ironisent : «J’irai voter pour le Mouloudia… si il joue !» rétorque Riad qui, en cette fin de matinée de mercredi 16 mai 2007, tue le temps sur un des bancs du front de mer d’El Kettani à Bab-el-Oued, où des dizaines de couples main dans la main scrutent l’infini horizon de la Méditerranée. D’ailleurs, notre interlocuteur qui ne croit plus en rien, sauf aux exploits de son club de foot fétiche «victime lui aussi par des enjeux électoraux», attend sa dulcinée. Il nous fait comprendre qu’on est de trop dès qu’il la voit arriver arborant un hidjab des plus stricts. Son indifférence nous la retrouvons un peu partout le long de ce «boulevard » très fréquenté par les familles aussi, puisque des manèges pour enfants y ont été installés. «Vous êtes sérieuse quand vous posez la question ? Dites-moi quels sont les avantages, les retombées pour les électeurs que nous sommes ? Grâce à un bulletin que nous allons glisser dans une urne, certains vont se retrouver à l’APN pour toucher 200 mille dinars par mois, juste pour lever la main et cautionner des décisions des plus drastiques. Je vote alors que j’ai depuis quelque temps du mal à trouver du lait pour mes enfants, vous n’êtes pas sérieuse… Et puis, qu’ont fait de concret pour le peuple ces élus des Assemblées précédentes. Citez-moi un seul exemple vous qui êtes journaliste et je vous promets que j’irai voter.» Vaine aura été notre tentative de parler de droit et devoir et d’exercice démocratique avec Nacera, la trentaine révolue et aux positions tranchées. Cette enseignante nous l’avons rencontrée à Mohammadia juste à proximité du centre de vote n°7 qu’est l’école Rabie Bouchama, à l’entrée de laquelle deux policiers sont en faction.

Comme le sont leurs collègues devant tous les établissements scolaires devant recevoir les électeurs de l’Algérois. Une région où 32 sièges que se disputent 24 listes toutes formations politiques confondues sont à pourvoir. Leur compétition ne semble pas intéresser outre mesure les citoyens qui ont décidé de se rendre aux urnes «parce que c’est l’un des rares droits que l’on peut exercer en toute liberté… Si nos voix ne sont pas détournées », explique El Hadj Belaïd, un commerçant d’El Biar qui se demande comment l’on veut que les Algériens reprennent confiance et ne doutent pas de l’issue du scrutin quand un des partis en lice déclare publiquement qu’il a eu un quota de 30% sans que personne le rappelle à l’ordre. Un point de vue que partage Akli rencontré à quelques mètres du siège du RND de la coordination d’Alger. Lui regrette le vote à la proportionnelle, il aurait aimé pouvoir faire des choix de candidats sur une liste donnée. «Ainsi c’est les plus méritants, les plus dans une commune où ceux qui ont fait un tas de choses pour leur quartier qui passent et non ceux qui ont été cooptés en tête de liste. Alors FLN, RND, RCD, MSP, PT tous kif-kif ! Ils vont se contenter de lever la main pour approuver les décisions et les textes d’un exécutif qu’ils sont censés contrôler au nom du peuple, pour l’intérêt du peuple puisqu’ils sont élus du peuple». Une conviction que partagent de nombreux Algérois, même s’ils ne l’ont pas exprimé de manière aussi claire que ce cadre du ministère de l’Agriculture rencontré devant la banque du boulevard Amirouche où plusieurs personnes s’interrogent : «Voter pour qui, pourquoi ?»
S. A.

 
Version imprimable
Elections 2007  
www.algeria-watch.org