Thème central de la campagne des élections locales :

La lutte contre la corruption pour remobiliser l’électorat

par Yassine Mohellebi, Le Jeune Indépendant, 19 septembre 2007

A l’image de la bataille des législatives, la campagne pour les élections locales sera marquée, à coup sûr, par un intérêt certain pour la lutte contre la corruption qui gangrène aussi bien la société que les institutions du pays. L’embellie financière que nous connaissons grâce aux hydrocarbures a aggravé ce phénomène que dénoncent beaucoup d’Algériens.

Les partis politiques, du moins ceux qui ont bien voulu répondre à nos questions, sont unanimes quant à la nécessité de combattre ce phénomène. La brèche de la campagne électorale sera l’occasion pour eux de donner leur vision. Par contre, si la condamnation de la corruption fait le consensus chez les politiques, les lectures et les méthodes de lutte divergent.

Miloud Chorfi (RND) : nous étions les premiers à dénoncer «La corruption prend de graves proportions et son évolution remarquée fait peur ; il est évident que le RND fera campagne à l’occasion du prochain double scrutin contre ce phénomène», a déclaré en substance le porte-parole du RND.

La corruption, a-t-il fait remarquer, «sera au centre des thèmes qui seront développés au cours de notre campagne électorale». M. Chorfi n’a pas omis de rappeler au passage que le RND a été le premier à tirer la sonnette d’alarme. Il cite l’exemple du rejet par les autres partis de l’alliance de l’article 8 de la loi portant lutte contre la corruption et qui oblige les fonctionnaires de l’Etat, notamment les députés, à déclarer leur patrimoine.

Un article proposé par le groupe parlementaire de sa formation à l’APN. Une initiative, a-t-il précisé, «qui nous a mis dans l’embarras avec nos partenaires (le FLN et le MSP, NDLR)». Et qu’en est-il des moyens de lutte ? M. Chorfi propose des mécanismes à appliquer, notamment des lois plus restrictives et dissuasives, et de frapper fort contre les lobbies d’argent et les cercles corrompus».

Hocine Ali (MDS) : même les élections sont un marché pour les corrompus Abordant la question de la corruption qu’il juge «très sensible», le secrétaire général du MDS a insisté sur le fait que même les élections sont devenues un véritable marché propice où toutes sortes de corrompus et de corrupteurs y investissent.

La généralisation de la corruption, estime-t-il, «est la conséquence logique des politiques suivies par les pouvoirs successifs». L’orateur atteste que seule l’instauration d’un Etat de droit permettra de redéfinir les mécanismes susceptibles de réduire ce fléau.

Pour cela, suggère notre interlocuteur, il faut passer inexorablement par la légitimité citoyenne et avoir une société civile capable de constituer un contre-pouvoir et «non un comité de soutien comme cela est le cas actuellement».

Il a ajouté que le MDS réserve, en prévision des prochaines élections, une bonne place dans son programme à cette question. Des élections dont les élus locaux sont dans l’obligation de rendre compte quant à la gestion de la cité avec l’argent public, estime M. Hocine Ali.

Moussa Touati (FNA) : sanctionner les partis politiques, pas les personnes Le président du FNA renvoie les causes de l’émergence de la corruption à la perte des valeurs aussi bien dans les sphères décisionnelles que dans les couches sociales.

«C’est un problème d’éducation, de civisme et de culture», a-t-il dit. Pour lui, ce problème est la conséquence de «l’illégitimité des institutions publiques» et le «non-respect» de la souveraineté populaire. «Il faut rendre la liberté de choisir à l’Algérien pour qu’il puisse évaluer celui qui le représentera au sein des institutions», suggère-t-il.

Pour ce faire, M. Touati préconise la seule voie des urnes pour le changement. Il a conclu par la nécessité de sanctionner les partis politiques et pas les personnes. Des partis responsables, à ses yeux, de cette situation, car, selon lui, «ce sont eux qui ont placé des gens irresponsables qui ont bradé le peuple et l’Etat».

Djamel Fardjellah (RCD) : la sécurité et la souveraineté nationale menacées «Je considère que le phénomène de la corruption a pris une ampleur aussi grave qu’il dépasse la stricte lecture morale», a déclaré le chef du groupe parlementaire du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD).

Plus loin, et pour étayer ses dires, l’orateur estime que la corruption menace même les fondements de l’Etat algérien, «la sécurité et la souveraineté nationale». Des propos qui reflètent, on ne peut mieux, l’inquiétude du parti démocrate face à ce constat.

Dans cette optique, M. Fardjellah estime que non seulement il faut condamner ces pratiques mais aussi jeter en pâture les acteurs de cette triste réalité car, a-t-il souligné, l’Etat n’a pas réservé une réponse à la mesure de l’ampleur du phénomène.

Il argue ses propos par les multiples rapports d’organisations internationales qui classent l’Algérie parmi les pays les plus touchés par la généralisation de la corruption. Abordant la politique de son parti sur le sujet, M. Fardjellah a fait savoir que la corruption sera naturellement l’un des thèmes cruciaux qui seront développés par le RCD durant la campagne électorale en prévision des élections locales du 29 novembre.

A ce propos, M. Fardjellah a déclaré que «les critères de probité morale et intellectuelle» sont indispensables pour les postulants à la candidature sous les couleurs du RCD aux prochaines élections. Mokri (MSP) : nous prenons les citoyens à témoin L’homme fort du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderrezzak Mokri, a réaffirmé que le MSP s’inscrit dans la logique de la conscientisation par rapport au fléau de la corruption.

«Tous les programmes électoraux de notre parti ont consacré une place à ce sujet», a-t-il indiqué. M. Mokri considère le phénomène de la corruption comme étant «un sujet de société et d’actualité». Un sujet omniprésent vu, a-t-il renchéri, que tous les partis politiques en parlent.

Néanmoins, il a tenu à préciser que si tous les partis politiques parlent de la nécessité d’agir, seuls les citoyens pourront juger la sincérité du discours des uns et des autres. «C’est aux citoyens de juger», a-t-il dit en guise de conclusion.

M. Y.

 
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