Analyse

Le paradoxe de la gouvernance par le vide

El Watan, 21 mai 2007

Le système politique algérien est un gros producteur de paradoxes. Le parti du FLN vient de perdre 31% de ses sièges à l’Assemblée nationale. Un tiers de son contingent de députés. Ce qui correspond à une véritable déroute arithmétique. Son bilan économique chiffré depuis les législatives de juin 2002, et son avènement comme pilier de l’Alliance présidentielle à la place du RND, est pourtant « techniquement favorable ». Partout dans le monde moderne, c’est-à-dire démocratique, un parti de gouvernement qui affiche les statistiques économiques du FLN sur la durée des 5 ans est assuré de garder son influence électorale intacte, voire l’améliorer. Et surtout de susciter un engouement des électeurs pour le vote, un autre challenge totalement perdu par l’Exécutif dirigé par le FLN. Officiellement le bilan économique de la gestion FLN affiche un taux de croissance moyen de 4,9% sur la législature, un accroissement de 92% du PIB et de 29% du revenu par habitant, une baisse de 11 points du taux de chômage passé sous la barre des 13% selon la dernière estimation de l’ONS, une hausse de tous les indicateurs de développement humain, dépenses de santé par habitant, scolarisation, accès au logement, à l’eau, consommation d’électricité, raccordement au gaz naturel, pénétration de la téléphonie mobile, équipements des ménages, parc automobile. Tout a bougé dans la bonne direction depuis les élections législatives de 2002. Beaucoup de majorités sortantes dans le monde signeraient les yeux fermés pour revenir devant les électeurs avec des bilans statistiques comparables. Et pourtant le gouvernement et l’Assemblée dominés par le FLN ont été doublement sanctionnés par un taux d’abstention record pour un tel scrutin et par un sévère repli du vote FLN. Il y a deux manières d’interpréter une telle attitude. La première est simple. Les Algériens ne lisent pas les statistiques. Ils croient donc que la situation économique ne s’est pas améliorée. Pire peut-être, qu’elle s’est détériorée. La seconde est plus sérieuse. Les Algériens pensent que leur gouvernement n’est pour rien dans l’amélioration de ces statistiques. Mieux encore, ils sont très insatisfaits de l’ampleur des progrès, car tout à fait au contraire de la première explication, ils savent interpréter les statistiques. Et elles leurs disent bien que l’écart est très grand entre l’embellie financière et sa répercussion dans l’activité et le mieux-être de tous les jours. Le comportement de l’opinion aura été finalement d’une grande rationalité. Tous les paramètres se sont bonifiés grâce au boom de la fiscalité pétrolière. Et donc à l’expansion obligatoire de la dépense publique. Effet mécanique. Le génie de la gouvernance FLN domestiqué par le président Bouteflika ? Les Algériens n’ont pas fait l’effort de le chercher. Sans doute parce qu’il n’existe pas. Les deux vrais chiffres de la performance économique algérienne sont ceux du commerce extérieur : 54 milliards de dollars de recettes énergétiques. Un milliard de dollars d’exportation hors hydrocarbures. Sept années de gestion « bouteflikienne » orientée vers la « vérité du marché » n’ont rien changé. La compétitivité des entreprises algériennes n’est pas au rendez-vous. Ne soyons pas impitoyables. Cela arrivera peut-être lorsque les dépenses d’infrastructures en cours rendront plus fluide l’activité économique. Peut-être. Encore faut-il que la présidence de la République cesse de travailler comme le siège d’une immense holding publique qui s’appelle l’économie algérienne. Et décide de tout. A trop vouloir concentrer tous les pouvoirs on se dispense des citoyens. Et eux du faux semblant du choix électoral.

El Kadi Ihsane

 
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Elections 2007  
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