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Eloge de la politiquepar M. Saadoune, Le Quotidien d'Oran, 19 mai 2007 Les Algériens ont boudé les urnes: ce serait une erreur, une de plus, que d'interpréter leur comportement comme un rejet de la politique. Ce qu'ils rejettent, c'est la manière archaïque dont le système de gouvernance algérien conçoit la politique. Les citoyens sont suffisamment informés de l'importance d'un parlement et suffisamment édifiés sur le peu de poids de l'Assemblée populaire nationale. C'est pour cela que l'abstention est un message politique lourd. Il s'est en effet passé des choses dans ce pays sans que la représentation nationale agisse, comme le lui permet la Constitution. Aussi, ne cédons pas à la tentation facile d'interpréter la gigantesque bouderie des Algériens comme un rejet de la politique et des partis. En fait, ils sanctionnent l'absence de politique et la transformation des partis en simples appareils et courroies du système. Cette abstention massive est au fond un éloge de la politique. Elle ne reprend pas le thème autoritariste des «partis doivent partir», pour ne laisser la place qu'à «un chef et un peuple». Elle est au contraire un appel puissant aux partis politiques leur demandant à «être» réellement et à sortir des jeux de rôle. Cela n'est possible que si le système politique accepte de se fonder sur une réelle représentation de la société. Cela suppose que l'on sorte des logiques de façade pour aller vers une démocratisation réelle et effective. Comment espérer intéresser les Algériens à des élections dans un contexte d'absence de débats sérieux sur les enjeux internes et externes du pays, quand des généralités pompeuses font office de discours politique ? Comment intéresser des Algériens qui constatent que la classe politique officielle reste de marbre devant les graves séismes financiers qui ont secoué le pays ? Ils en concluent logiquement que les partis ne bougent qu'en fonction des marges réduites offertes par le système. Or, ce système est indéniablement en crise. Il fonctionne selon une logique dépassée où le contrôle de la société est infiniment plus important que sa réelle représentation. Les Algériens ne sont pas contre les partis, mais pour l'heure, ils prennent acte qu'ils ne représentent pas la société mais le système. Ils en tirent la conclusion logique que l'élection ne sert pas à grand-chose, si ce n'est à assurer la reproduction et la reconduction du système. On peut donc, sans forcer, conclure que les Algériens veulent une politique et des partis qui oeuvrent au changement d'un système qui bloque l'élan de l'Algérie. Le fort taux d'abstention indique clairement que cette demande de changement est largement partagée. C'est vrai que l'abstention est aussi une forme de désespérance à l'égard d'un changement qui tarde à venir. Cela est un vrai danger. Les Algériens attendent, en définitive, un retour sérieux à la politique. L'intérêt du pays qui commande un changement effectif et une réelle émancipation citoyenne. Le message est limpide. |
Elections 2007 | ||||
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