L’appel a déjà été signé par 40 personnalités nationales

La Coordination républicaine est née

Par : Hamid Saïdani, Liberté, 26 avril 2007

Ali Haroun, qui a présidé la cérémonie, a estimé qu’il s’agit là d’un “accord de volonté”
et d’“un premier pas pour la création d’un pôle ou d’un rassemblement républicain et démocratique”.

À l’initiative du trio de la coalition républicaine ANR-UDR-MDS, un appel “pour l’honneur de l’Algérie” a été lancé et signé hier par une quarantaine de personnalités du monde politique, économique, social, culturel, scientifique. Cet appel, qui constitue l’acte de naissance de “la Coordination républicaine”, est un rassemblement destiné à fédérer les forces démocratiques et républicaines du pays. C’est lors d’une cérémonie, qui s’est déroulée à la salle Zinet de l’Oref, que les quarante premiers “promoteurs” de cette initiative ont été invités à signer le document préparé à cet effet après lecture à l’assistance du contenu de l’appel qui se veut de “la même veine” que l’appel historique du 1er Novembre 1954.
Des personnalités politiques et historiques connues à l’image de Ali Haroun, Slimane Cheikh, Mohand-Saïd Mazouzi, Louisette Ighilahriz, Amar Azouz, Khalfa Mameri, ont joint leurs voix à celles d’autres figures non moins connues comme le Pr Hassan Remaoun, le Pr Mohand Issad, le Pr Laraba, Merzak Bektache, Hafsa Zinai-Koudil, Lyazid Khodja pour montrer la voie du regroupement de la mouvance républicaine.
Les leaders des trois partis composant la coalition républicaine, en l’occurrence Rédha Malek, Amara Benyounès et Ali Hocine, ont bien évidemment signé pour leur part l’appel en question. Même Cheikh Chaâlal, de la zaouïa de Sougueur, wilaya de Tiaret, a soutenu l’initiative en paraphant le document. Ali Haroun, qui a présidé la séance, a estimé à l’ouverture de la cérémonie qu’il s’agit là d’un “accord de volonté” et d’“un premier pas pour la création d’un pôle ou un rassemblement républicain et démocratique”.
Pour lui, la quarantaine des premiers signataires de l’appel sont “les promoteurs de ce mouvement au regard de leur réputation, de leurs convictions et de leur passé historique”. Rédha Malek a considéré cette “Coordination républicaine” comme un premier noyau, fruit du rapprochement des trois partis, car, insiste-t-il, cette initiative n’a rien à voir avec les élections et va “au-delà” de ce rendez-vous électoral. L’objectif, note-t-il, demeure de “rassembler pour mettre fin à cette quasi-absence des républicains sur la scène politique nationale”. M. Malek s’est permis, à cette occasion, d’égratigner la coalition présidentielle dont les résultats, dit-il, “le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne sont pas satisfaisants”.
Cet appel, souligne-t-il, “est une manière pour les républicains de revendiquer leur place dans la scène politique”. Amara Benyounès, président de l’UDR, qui a également pris la parole, a indiqué que les contacts entre sa formation et le parti de Rédha Malek remontent au mois de mai de l’année dernière. Tout en affirmant qu’il n’y a jamais eu de divergences profondes dans les discussions, il a estimé, de son côté, que l’objectif de cet appel est “d’être présent sur le terrain politique”. Abondant ainsi dans le même sens que M. Malek, M. Benyounès a considéré que ce rassemblement “n’a aucun lien avec les élections” et reconnaît même que ce rendez-vous “gêne quelque peu”. Pour lui, “aujourd’hui, il y a nécessité pour les républicains et les démocrates de se rassembler”. Hocine Ali, du MDS, a qualifié, pour sa part, l’initiative d’“historique”, puisque, d’après lui, “il y a eu par le passé des tentatives, mais à chaque fois c’était l’échec”.
Tout en estimant que “les enseignements ont été tirés” de ces expériences, Hocine Ali plaide pour l’élargissement de la base de ce mouvement de sorte à toucher tous les citoyens.
Les principes fondateurs de cette “coordination républicaine pour un changement démocratique moderne” ont été insérés dans une déclaration qui a été rendue publique hier lors de la cérémonie. Les initiateurs considèrent l’appel ouvert.

H. SaÏdani


Document

POUR L’HONNEUR DE L’ALGÉRIE

Principes fondateurs d’une coordination républicaine pour un changement démocratique moderne

L’État républicain a été sauvegardé grâce à la résistance patriotique de la population civile, à la vigilance et au courage quotidien des travailleurs, cadres et fonctionnaires soucieux de l’avenir du pays, aux sacrifices des soldats et officiers de l’Armée nationale populaire.
Il s’agit désormais de le consolider en construisant ensemble un État véritablement démocratique et moderne, respecté à l’intérieur comme à l’extérieur.
Née au cœur de la guerre d’indépendance, la République algérienne a résisté aux assauts destructeurs d’une subversion qui, sous un masque pseudo religieux, visait à en dissoudre les principes, à en détruire les réalisations et à assassiner les hommes et les femmes qui portaient la volonté de changement démocratique. Les objectifs premiers de l’appel du 1er Novembre 1954 : souveraineté entière, unité du peuple, intégrité du territoire, ont été atteints grâce aux sacrifices et aux efforts de tout un peuple, et ont été reconnus internationalement.
En l’espace d’une génération, les conséquences de ces acquis se sont imposées : récupération des terres agricoles et des richesses du sous-sol, développement des infrastructures, édification d’une base industrielle, accès élargi à l’éducation et à la formation, ainsi qu’aux services de santé, répondant ainsi aux attentes d’une population dépossédée de son pays et de sa culture, engagée dans un effort de lutte contre le sous-développement, aspirant à la liberté et à la justice sociale.
Les principes, qui sous-tendaient cette évolution, ont été formulés dans les textes fondamentaux qui ont marqué les étapes de l’édification nationale moderne.
Mais cette stratégie de progrès se heurtait à un obstacle majeur : l’absence de concertation démocratique et de libre débat. Les décrets pris d’en haut, de manière bureaucratique, sollicitent une discipline nationale ou un conformisme aveugle, ce qui en atténue le sens et la portée, en particulier auprès de ceux qui ne participent pas aux décisions : les femmes, les jeunes et les marginalisés exclus de la vie économique et sociale.
L’arrivée dans la vie active de nouvelles générations, nombreuses, mieux formées et plus exigeantes, la diversification des attentes et des besoins résultant de l’évolution socioéconomique ainsi que le malaise social grandissant au cours des années 1980 nécessitaient évidemment des “réformes” dans les méthodes de gestion du pays.
En réponse au choc des manifestations d’Octobre 1988, ont été annoncés le pluripartisme, l’ouverture économique et l’ouverture du champ médiatique pour la presse écrite. Mais, malgré ces ouvertures proclamées dans la Constitution de février 1989, l’autoritarisme et l’opacité dans la gestion n’ont pas disparu, alors que prospéraient le secteur privé informel et l’économie de bazar, aggravant les maux sociaux, les inégalités entre les citoyens et la précarité. Dès 1990, il devenait évident que la volonté populaire de changement avait été détournée, et que la religion était utilisée comme prétexte pour attaquer la société dans son ensemble, et ce qui avait été conquis et construit depuis l’Indépendance. Les défauts du dirigisme étatique et d’un libéralisme débridé se sont additionnés pour aboutir à la confusion politique actuelle où les citoyens, hommes et femmes, peinent à se retrouver. Les conséquences de cette confusion sont évidentes :
— une population plus instruite, mais “dégoûtée” de la chose politique, laquelle est abandonnée aux querelles de clans, aux allégeances successives, à la course aux places et aux prébendes ;
— une jeunesse souvent désorientée, alors qu’elle reste avide de savoir, d’acquisition de connaissances et de compétences, d’ouverture à un monde en pleine évolution ;
—une société traumatisée par la violence politique, liée à la tentative de subversion de l’État républicain par une idéologie intégriste instrumentalisant l’islam et utilisant le terrorisme qui n’a pas désarmé ;
—un État parfois trahi par ceux-là mêmes qui avaient pour mission de le défendre et de défendre les intérêts de la collectivité nationale. Ce laxisme a favorisé le retour à certains archaïsmes et le développement de tendances antisociales : clanisme, régionalisme, conservatisme, individualisme, perte du sens de la morale publique, de la solidarité nationale et de l’intérêt national ;
—un libéralisme économique anarchique, sans scrupules, dépendant essentiellement de l’extérieur.

Vers un sursaut citoyen
Devant cette situation, un sursaut citoyen s’impose. L’initiative “pour l’honneur de l’Algérie” vise à coordonner la réflexion et l’action de citoyennes et de citoyens conscients et responsables, qui veulent intervenir dans les décisions engageant leur avenir et celui de leurs enfants. Les principes qui nous guident sont les suivants :
—retour aux sources des valeurs patriotiques renforcées par les enseignements tirés de l’expérience collectivement vécue depuis un demi-siècle : refus de la violence politique pour imposer un modèle de société, refus de l’autoritarisme politique, refus de l’aggravation des inégalités sociales, refus de la corruption;
— approfondissement de toutes les valeurs fondatrices de l’identité algérienne, dans une ouverture continue à l’universel, ce qui implique en particulier le refus de l’utilisation de l’Islam par des personnes ou des groupes s’autoproclamant dépositaires exclusifs des valeurs religieuses ;
— volonté de construire une démocratie fondée sur la réhabilitation du suffrage universel, ouverte au pluralisme politique portant sur les enjeux de société et la confrontation de programmes politiques cohérents, portés par des femmes et des hommes politiques compétents, honnêtes, ayant le sens de l’intérêt national et de la justice sociale, pouvant ouvrir la voie à une véritable alternance ;
— réhabilitation des valeurs morales et du sens de l’intérêt collectif, attachées au patriotisme, au progrès et à l’islam tel qu’il a été vécu depuis des siècles par notre peuple : sens de la solidarité humaine et de la concertation, recherche de la justice fondée sur la vérité, recherche de la science et du progrès, tolérance et acceptation de la diversité des opinions fondées sur le respect des droits humains, ouverture au dialogue des cultures et des civilisations.

Pour quoi faire ?
Nous voulons contribuer à construire une démocratie moderne, fondée sur la séparation des pouvoirs, le respect des libertés d’opinion, d’expression et d’association, l’indépendance de la justice, la transparence dans la gestion des fonds publics, la lutte contre les privilèges.
Nous voulons contribuer à édifier une démocratie reposant sur la justice sociale et la solidarité des citoyens, organisant leur volonté de vivre ensemble dans leur diversité.
Nous voulons un État fort et respecté parce que juste et soumis en permanence au contrôle démocratique. Les institutions de l’État sont au service de la construction de la démocratie. L’Armée nationale populaire, qui a eu le mérite de contribuer à sauvegarder l’État au moment où ce dernier vacillait, n’a pas vocation à construire seule la démocratie.
Nous voulons une République une et indivisible, affirmant l’unité nationale au-dessus de tous les particularismes régionaux.
Ainsi, l’Algérie pourra mieux contribuer à l’édification d’un ensemble maghrébin dynamique, à la paix dans la région et dans le monde, et à l’instauration de rapports internationaux justes.

Un appel ouvert
Pour favoriser le regroupement des citoyens républicains, attachés aux valeurs démocratiques et patriotiques nationales, nous demandons à tous ceux qui se retrouvent dans les principes énoncés ci-dessus de rejoindre les premiers signataires de cet appel.
Par-delà les échéances électorales, nous voulons établir une coordination républicaine pour développer une réflexion commune, réhabiliter l’action politique et jeter les bases d’un programme d’action à long terme.
Pour l’honneur de l’Algérie !

  Elections 2007  
www.algeria-watch.org