Ould Kablia explique la victoire du FLN : Un vote refuge

par Mohamed Mehdi, Le Quotidien d'Oran, 12 mai 2012

Le Front de libération nationale (FLN) a récolté 220 (dont 68 femmes) sur les 462 sièges de la nouvelle Assemblée nationale populaire (APN), soit 47,61%, selon les résultats préliminaires des élections législatives du 10 mai 2012 livrés, hier,

par le ministre de l'Intérieur, Daho Ould Kablia.

Le Rassemblement national démocratique (RND) arrive en deuxième position avec 68 sièges dont 23 femmes, ce qui représente 14,71% de l'APN. La coalition des trois partis islamistes, Alliance de l'Algérie verte (MSP, Ennahda, et El Islah), arrive loin avec 48 députés (dont 15 femmes), soit 10,38% de la totalité des sièges.

Le Front des forces socialistes (FFS) revient à l'APN avec 21 sièges (dont 7 femmes), talonné de près par le Parti des travailleurs (PT) avec 20 députés dont 10 femmes, puis des indépendants qui décrochent 19 sièges dont 5 femmes. Le Front national algérien (FNA) arrive en septième position avec 9 sièges dont 3 femmes. Le Front de la justice et du développement (FJD – islamiste) de Djaballah récolte 7 sièges dont une seule députée, suivi du Mouvement populaire algérien (MPA) de Amara Benyounes, avec 6 députés dont deux femmes. El Fadjr El Djadid, le parti de Tahar Benbaibèche (ancien membre fondateur du RND), a obtenu 5 sièges dont une femme, suivi du Front du changement de Abdelmadjid Menasra, transfuge du MSP, qui récolte 4 sièges (dont une femme), ex aequo avec le PNSD et le Rassemblement algérien (RA). Les 27 autres sièges de l'APN sont répartis sur les 14 partis restants dont la majorité, hormis l'ANR, ont été créés depuis février 2012. Au total, et toujours selon ces résultats préliminaires qui doivent êtres validés par le Conseil constitutionnel, 145 femmes ont été élues, soit 31,38% de la nouvelle APN. Le taux de participation à ces législatives a atteint 42,36%. Sur les 7,5 millions de suffrages exprimés, 1,668 million ont été annulés (bulletins blancs…).

UN «VOTE REFUGE» EN FAVEUR DU FLN

Pour le ministre de l'Intérieur, le fort taux d'abstention était «prévu». «Les Algériens sont habitués à ne pas participer en masse aux élections, surtout aux législatives», affirme Ould Kablia pour qui «cette situation n'est pas particulière à l'Algérie». «Ce qui nous intéresse, ajoute-t-il, c'est que le taux de participation, que nous considérons comme acceptable, soit meilleur qu'aux précédentes législatives».

Interrogé sur les accusations de fraude en faveur du FLN formulées par les partis de l'Alliance islamiste (en particulier le MSP), le ministre de l'Intérieur affirme qu'ils n'ont qu'à «introduire des recours». «Ils n'ont qu'à demander au peuple qui a voté FLN. Si en 1991 il s'agissait d'un vote sanction, cette fois c'est un vote refuge», ajoute Ould Kablia. Selon lui, les électeurs face à «un nombre important de listes» (une vingtaine de nouveaux partis ont été autorisés en quelques semaines) «ont choisi ceux qu'ils connaissent le mieux et ceux en qui ils ont confiance».

En réponse à une question d'un journaliste de la BBC Arabic, le ministre de l'Intérieur a refusé de commenter les propos d'Ouyahia sur le «printemps arabe». «Je ne crois pas au danger venant de l'étranger. Et personne n'est en mesure de nous dicter ce qu'on doit faire», affirme Ould Kablia pour qui «seul l'avis du peuple algérien compte» et l'avis des observateurs «est secondaire».

LA NOUVELLE APN «DOIT PRENDRE DES INITIATIVES»

Le ministre de l'Intérieur a également minimisé l'incidence sur les élections des cas signalés d'absence de noms d'électeurs sur les listes électorales, dont celui d'une candidate FFS à Alger. «Il fallait que le parti s'assure d'avance, dira-t-il sur ce point, que la candidate était inscrite au fichier électoral». A propos de la configuration et du rôle de la nouvelle APN, Ould Kablia affirme qu'«il appartient à cette Assemblée de prendre l'initiative, de proposer (des textes de lois, ndlr)», et aux députés «de remplir leur mission avec un esprit nouveau». Interrogé par la journaliste du quotidien Le Monde à propos de la règle en vigueur concernant le vote des militaires, le ministre de l'Intérieur se contente par affirmer que cette catégorie d'électeurs est composée en grande partie de conscrits au service national, et qu'il n'existe aucune directive pour qu'ils votent en faveur de tel ou tel parti politique. Ould Kablia est revenu sur la question des listes électorales réclamées par les observateurs de l'Union européenne, expliquant le refus de son administration de remettre ces listes, car «contenant des informations précises sur les électeurs algériens», mais il affirme que ces listes étaient ouvertes à la consultation au niveau des wilayas et des APC. Expliquant la disparité entre la participation des wilayas du sud du pays et celle du nord, Ould Kablia affirme : «Les gens du Sud sont plus libres et plus patriotes. Dans le nord du pays, les gens ont profité d'une journée supplémentaire de repos pour prendre l'air». A la fin de son intervention, le ministre de l'Intérieur annoncera que son département accordera «l'autorisation d'organiser leurs congrès constitutifs à 6 ou 7 nouveaux partis politiques».


 

Les deux partis du pouvoir obtiennent la majorité absolue : Le FLN progresse, le RND stagne, les islamistes ratent le coup

par Salem Ferdi

220 sièges dont 68 femmes. Le FLN l'emporte dans l'élection législative de 2012 en augmentant sa part de 84 sièges par rapport à l'APN sortante. Cette progression du FLN est beaucoup ample que celle du RND (Rassemblement national démocratique) d'Ahmed Ouyahia qui ne progresse que de 7 sièges passant de 61 députés à 68. Pour les islamistes, c'est la bérézina

Le RND, création au forceps du régime, au moment où le FLN était en «dissidence» sous la houlette de feu Abdelhamid Mehri, échoue de fait dans son ambition d'être un parti du pouvoir, concurrentiel du FLN. C'est la troisième élection législative où le RND apparaît comme une simple force d'appoint à l'ancien parti unique. Le noyau électoral loyaliste et discipliné qui constitue la base du régime préfère clairement le FLN. Ce noyau électoral, remarquablement constant, si l'on prend pour référence les élections législatives de 1991 et celles qui ont suivi, fait la différence. Grâce à lui, le FLN bénéficie d'une implacable logique arithmétique qui le place automatiquement en première place dans les situations de forte abstention.

Les sièges étant attribués par les votants, c'est logiquement le parti qui dispose d'un électorat discipliné et constant qui a le plus de chance de l'emporter. A l'inverse, plus le nombre des votants est grand et plus l'impact de ce noyau électoral FLN baisse. Les partisans du boycott font objectivement les affaires du FLN.

«PETIT RESULTAT» POUR LE RND

Ce lien entre les résultats du FLN et le niveau de participation s'était vérifié en décembre 1991. La participation avait atteint 59% avec 52% de votes exprimés. Avec 23,4% de votants, le FLN avait bien rassemblé son noyau électoral traditionnel mais avec un taux de participation relativement élevé et un système électoral qui favorise le premier arrivé, il avait été ramené, dans un premier tour sans lendemain, à une portion congrue de 15 sièges. On peut constater que pour cette élection de 2012, les électeurs du FLN ne sont pas plus nombreux qu'en 91. Mais avec un taux de participation faible, le FLN se retrouve très logiquement en tête grâce à ce noyau électoral. C'était le cas en 2007 où avec 22,95% des suffrages, il s'est retrouvé premier parti à l'APN avec 136 sièges (22,95%) avec un taux de participation global de 36,51% tandis que le second parti du pouvoir, le RND, obtenait 61 sièges (10,44%). Le «petit» résultat obtenu par le RND par rapport au FLN confirme, une fois de plus, le caractère artificiel des 156 sièges obtenus en 1997, quelques mois après sa création. Les élections de 2002 l'avaient ramené à 47 sièges, celle de 2007 l'ont porté à 61 sièges. Le résultat cumulé entre les deux partis du pouvoir, le FLN et le RND, leur donne la majorité absolue au parlement. Il dispense, en théorie, d'aller vers une «Alliance» comme celle qui a été imposée au cours des dix dernières années.

LES ISLAMISTES ALGERIENS RATENT LA VAGUE VERTE MAGHREBINE

Mais plus que la stagnation relative du RND, c'est l'échec des islamistes agréés par le pouvoir, qui est le plus remarquable. Ainsi l'Alliance Verte (MSP, Ennahdha, El Islah) qui ambitionnait de compléter la «vague verte» au Maghreb, après la Tunisie et le Maroc, se retrouve reléguée à la troisième position avec seulement 48 sièges. C'est une véritable bérézina au regard des ambitions affichées par un Aboudjerra Soltani qui se piquait de devenir la première force politique du pays. Le coup est si rude que les dirigeants du MSP, à l'instar de Abderrazak Mokri, ont parlé d'une fraude organisée à un niveau «central».

«Il y a un processus de fraude au niveau de la centralisation pour changer les résultats et cela met le pays en danger», a-t-il déclaré. Il en est de même du Front de la justice et du développement d'Abdallah Djaballah qui ne dépasse pas les 7 sièges, le parti de Menasra, le Front du changement, ne dépasse pas les quatre sièges. Ce résultat très médiocre des islamistes reste à décortiquer. Mais on peut déjà constater que les partis agréés n'arrivent pas à reprendre, ne serait-ce qu'en partie, le poids de l'ex-FIS.


Incidents à Bouira et Tizi Ouzou

par N. A. H.

Des jeunes ont empêché l'ouverture d'un centre de vote à Saharidj , 50 km à l'Est de la wilaya de Bouira. Ils se sont introduits à l'intérieur des bureaux de vote domiciliés dans deux établissements scolaires de la localité qu'ils ont saccagés alors que les urnes ont été incendiées perturbant ainsi le déroulement des législatives.

Des renforts des forces de l'ordre ont été dépêchés sur les lieux et la localité a été plongée dans un climat d'émeutes. Les échauffourées entre des jeunes désirant empêcher le vote et les forces de l'ordre se sont poursuivies même durant la nuit du jeudi à vendredi. A Tizi Ouzou c'est moins d'une demi-heure de la clôture du scrutin qu'un groupe de jeunes a tenté de s'en prendre aux urnes d'un centre de vote du village Ait Zelal dans la commune de Souamaa à l'Est de la wilaya. Les jeunes s'opposant aux législatives ont été repoussés par le service de l'ordre. Un gendarme a été blessé mais le vote s'est déroulé jusqu'à sa fin. D'autres incidents de moindre importance ont été relevés dans d'autres endroits de la région de kabylie mais sans constituer un risque majeur pour le bon déroulement des législatives.


Boumerdès : Le retour du FFS

par O. M.

Ce qu'il faut retenir des législatives du 10 mai à Boumerdès, c'est la mauvaise gestion qui a prévalu au niveau de la centaine de centres, à travers les 32 communes. Le nouveau logiciel remis à jour a surpris plus d'un. Cette situation a pénalisé les électeurs qui, devant l'absence de leurs noms ou le changement de bureau, ont carrément quitté les lieux de vote.

Des électeurs ont vadrouillé longuement pour trouver leurs noms à Thenia-Centre où une anarchie accueillait le votant. Idem pour le bureau des femmes de «Benbadis» où les FLN istes et représentants de la coalition verte se sont lancés des amabilités, obligeant les votantes à quitter les lieux.

A Boumerdès-ville, le nom du neveu du SG du FFS aurait sauté. L'étroitesse des salles de classes où il fallait sa faufiler pour rejoindre l'isoloir a été aussi décriée. Pour les résultats, hormis le retour au premier plan du FFS avec 3 sièges, le FLN a récolté 3 sièges, le RDN 2 sièges, le Front du changement de Menasra a eu 1 siège et, enfin, M. Bouzad, indépendant, s'est adjugé le dixième et dernier siège.


Bouira : Le FLN haut la main, suivi du RND

par Farid Haddouche

Hormis deux centres de vote sis au chef-lieu de la commune de Saharidj, se trouvant à une cinquantaine de kilomètres à l'est du chef-lieu de wilaya, Bouira, qui ont été saccagés dans la matinée du jeudi, la totalité des centres de vote ont connu un déroulement électoral des plus calmes.

Selon les premiers résultats recueillis, c'est le parti du FLN qui a raflé la mise en s'appropriant 6 sièges parmi les 9 à briguer, selon les premières estimations en milieu d'après-midi d'hier. Les 3 sièges restants sont revenus au RND qui a fait une campagne des plus sereines. Pour le reste des listes en lice, c'est la douche écossaise, particulièrement pour les partis qui possèdent malgré tout une expérience, à l'exemple du FFS, du PT et du FNA, qui n'ont pas réussi le pari de s'adjuger ne serait-ce qu'un siège.


Djelfa : Sept sièges pour le RND et autant pour le FLN

par Bekaï Abdelkader

Les deux grands partis (FLN et RND) étaient, certes favoris, dans la wilaya de Djelfa, mais qu'ils prennent tous les sièges est un scénario que personne n'imaginait. 45 listes étaient en lice pour ce scrutin et beaucoup de listes avaient pourtant des chances réelles de prendre quelques sièges aux deux ténors. La liste du RND, conduite par M.Cherif Rahmani, ministre de l'Environnement, s'est adjugée donc 07 sièges (03 femmes et 04 hommes) et donne ainsi beaucoup de crédit au parti et confirme sa domination au niveau de la wilaya si l'on se réfère au nombre d'APC que dirige ce parti (20 sur les 36 communes). Le FLN dont la liste était conduite par le très populaire Heddi Smaïl et très touché par le décès (accident de la circulation après un meeting dans la commune de Charef) de Mme Bouchnafa Myriam (3ème sur sa liste) a tout de même rivalisé avec le RND en prenant les 07 autres sièges sur les 14 que compte la wilaya. Deux candidates de ce parti (Mmes Bensaad Ilham et Benhadou Fatima Zohra), qui demeurent toujours à l'hôpital suite au même accident, ont été élues.


Ghardaïa : RND et FLN en tête

par Aïssa Hadj Daoud

Sous les regards attentifs des 7 observateurs étrangers, relevant de la Ligue arabe, de l'OCI ou de l'Union africaine, les quelques 100.217 électeurs de la wilaya de Ghardaïa ont voté jeudi pour élire leurs 5 députés, bien plus massivement qu'au précédent scrutin législatif, où le taux de participation avait atteint 46,61%.

Lors du scrutin de ce 10 mai, le taux de participation a atteint 51,14%. Mais inversement, le taux d'abstention aura tout de même atteint 48,86%, soit un total de 95.182 voix non exprimées. Notons que de grandes mobilités sont donc venues laisser place au grand départ de ces élections, qui ont concerné les 33 partis politiques et les 6 listes d'indépendants.

En effet, l'organisation matérielle avant le jour du scrutin a fait l'objet d'instances activités au niveau de la DRALMG, qui a supervisé les opérations où plus de 4.000 agents ont été mobilisés pour le bon déroulement du scrutin, au niveau des 13 communes que compte la wilaya de Ghardaïa.

Rappelons, par ailleurs, que le nombre des inscrits sur les listes électorales a donné un total de 195.182 électeurs.

Ainsi, 549 bureaux de vote ont été ouverts dès les premières heures de la journée du 10 mai, à travers l'ensemble de la wilaya de Ghardaïa, où l'on a compté un total de 123 centres de vote. Il est à signaler, cependant, que le vote s'était déroulé dans des conditions très satisfaisantes durant lesquelles les partis du RND et du FLN se sont emparés de la grande part du gâteau en matière du nombre des suffrages obtenus en leur faveur.


Tizi Ouzou et Béjaia : Faible engouement pour les urnes

par Naït Ali H.

La tradition du faible engoue ment pour les urnes a été une nouvelle fois observée par les électeurs en Kabylie. En effet, la palme du plus bas taux de participation a été à l'actif de Tizi Ouzou avec 19,84% alors que dans la wilaya de Béjaia seulement 25,11% des électeurs ont accompli leur devoir électoral. Le scrutin s'est déroulé, globalement, dans le calme hormis quelques incidents signalés ici et là. Les législatives du 10 mai ont été particulières du fait de la participation du Front des forces socialistes (FFS) après un long boycott. Les premiers résultats rendus publics par les commissions locales électorales ont l'avantage au parti d'Ait Ahmed dans les deux wilayas. En effet, le FFS arrive en tête à Tizi Ouzou avec 7 sièges devant le FLN(4), le RND(3) et le PT(1). Alors qu'à Béjaia le plus vieux parti de l'opposition espérait un huitième siège, hier encore dans l'après midi, après s'être assuré de 7 députés dans la future assemblée. Il est en ballotage avec le RND pour ce siège. Le FLN et le RND arrivent, respectivement, avec 3 et 2 sièges. Le FFS a, également, réalisé un bon score à Boumerdès en remportant trois sièges.

Ainsi il marque son retour au plan régional bien que des observateurs le créditaient d'un score nettement supérieur si le parti avait présenté d'autres noms qualifiés de « grosse cylindrée » sur ses listes électorales en Kabylie. La représentativité de la Kabylie au sein de l'assemblée nationale reste presque identique à celle du précédent scrutin : c'est le FFS qui siègera à la place du RCD. Les rares électeurs qui se sont rendus dans les bureaux de vote en Kabylie ne semblaient accorder aucun crédit aux nouvelles formations politiques qui ont pris part aux législatives bien qu'elles étaient nombreuses. Mais on a opté plutôt pour ceux dont l'ancrage politique est connu. Le déroulement de ce scrutin dans des conditions « normales » a été salué par les acteurs politiques qui n'ont pas manqué de relever cette avancée après des scrutins ayant été, sérieusement, perturbés par le passé.

 


 
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Elections législatives 2012  
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