Il souhaite en jeter les bases courant 2008

Paris s'attache à vendre son Union méditerranéenne

par L'un De Nos Correspondants A Paris: S. Raouf, Le Quotidien d'Oran, 2 juin 2007

Plus tôt que prévu, Nicolas Sarkozy s'active à l'appui de sa politique méditerranéenne.

Au pas de charge, il s'emploie à vendre à ses pairs européens son projet d'«Union méditerranéenne». Dans la perspective, clairement définie par son entourage, de jeter les bases d'une telle entité courant 2008.

Servi par les premières échéances de son agenda diplomatique, le nouveau locataire de l'Elysée a profité de ses consultations sur son projet de traité européen simplifié pour mettre sur la table sa politique Euromed. Tout au long de la semaine, le projet a été au menu de ses échanges avec des interlocuteurs de la Méditerranée. Après en avoir parlé avec les chef d'Etat du Maghreb dans des messages protocolaires de circonstance - son élection à l'Elysée -, il en a discuté de vive voix avec les chefs de gouvernement italien et espagnol. Et s'apprête à en faire de même lundi à l'Elysée à l'occasion de sa rencontre avec le chef du gouvernement portugais José Socrates.

Plus qu'une opportunité d'annonce de son projet méditerranéen, Nicolas Sarkozy a profité de ses entretiens avec Romano Prodi et José Luis Rodriguez Zapatero pour engager des discussions de fond sur le sujet. Manifestement, il cherche à rallier à sa politique méditerranéenne les pays de l'UE riverains de la Méditerranée à commencer par Rome et Madrid.

L'Italie se sent concernée au premier chef et fait sienne la démarche méditerranéenne du chef de l'Elysée. Sitôt officiellement informé des tenants et aboutissants du chantier, le président du Conseil italien s'est dit preneur. En visite lundi à Paris, Prodi - qui avait souhaité publiquement une victoire de Ségolène Royal - a assuré qu'il était partant pour la construction d'une entité institutionnelle en Méditerranée.

Dès à présent, il s'est joint au chef de l'Etat français pour vendre à ses autres pairs de la rive nord l'idée d'une Union méditerranéenne. Y voyant une nécessité, Romano Prodi estime qu'un tel cadre — souhaité dès 1999 par Jacques Chirac mais jamais esquissé — ne manque pas de portée. Il est de nature, selon lui, à «donner vraiment une signification au niveau opérationnel à la politique de la Méditerranée, qui est prioritaire dans notre action commune».

Autre «soutien» de Ségolène Royal - la «Zapatera» française - lors de la campagne présidentielle, le chef du gouvernement espagnol s'est déclaré, lui aussi, «très favorable» à l'option méditerranéenne du président français. Prononcé en réponse à une question d'un journaliste, ce qualificatif particulièrement enthousiaste n'en cache pas moins une certaine divergence de vues entre Paris et Madrid. Avant même que Sarkozy ne survole les Pyrénées pour aller à la rencontre de Zapatero, l'entourage du chef de l'Etat français faisait savoir en off à un quotidien parisien que Français et Espagnols étaient loin d'être sur la même longueur d'onde «méditerranéenne». Paris et Madrid ont, à ce stade, des vues différentes sur la «stratégie et la tactique». En réalité, à s'en tenir aux éléments en off livrés par l'entourage du chef de l'Etat français, la différence de vues est loin d'être de pure forme. Madrid serait partante pour une Union méditerranéenne à condition qu'elle se fasse dans le cadre du processus Euromed - né en novembre 1995 à Barcelone - et non à son détriment. En parlant, pour la première fois, du projet en fin février dernier à Toulon, le candidat Nicolas Sarkozy avait défini les contours d'un cadre très différent de Barcelone. Autant ce dernier a constamment fait valoir - même au plus fort de sa panne - un partenariat entre l'UE dans son ensemble et les pays de la rive sud, autant Sarkozy suggère une autre démarche.

Sans le dire textuellement, le nouveau locataire de l'Elysée regarde à l'Union méditerranéenne comme une parade à la panne manifestement irréparable de Barcelone. Au lieu des «27» dont une partie lorgne, à l'image de l'Allemagne, vers l'Europe orientale non-communautaire, Sarkozy préconise une politique Euromed resserrée. Avec, sur la rive nord, sept acteurs (France, Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Chypre et Malte) et, au sud, le Maghreb, l'Egypte, Israël, l'Autorité palestinienne, le Liban, la Syrie et la Turquie. Selon les premières idées émises par le candidat Sarkozy à Toulon et reprises, depuis, dans quelques discours et déclarations de presse, les riverains de la «Mare Nostrum» - définition chère à Fernand Braudel - devraient agir par étapes. Dans un premier temps, il s'agit de mettre sur pied l'Union méditerranéenne avec un Conseil de la Méditerranée. Pour cheminer sans problèmes, l'agenda et le contenu du partenariat devrait se détourner des questions fâcheuses pour se concentrer sur des préoccupations communes (ex. environnement et dépollution de la Méditerranée). Une fois l'ancrage institutionnel conforté et la vitesse de croisière atteinte, l'Union méditerranéenne a vocation à passer à une autre étape. Au moyen d'un relation organique avec l'Union européenne. Dans l'entourage du chef de l'Etat français, on s'efforce de faire vite. Les premières discussions lancées, Nicolas Sarkozy devra arracher de la Présidence portugaise de l'UE - 1er juillet - 31 décembre 2007 - l'inscription du sujet au menu de son agenda semestriel. Cette question sera évoquée avec le Premier ministre lusophone. La balle, estime-t-on à Paris, est d'abord dans le camp des sept pays riverains de la Méditerranée. Parce qu'ils ont une responsabilité particulière dans ce chantier, il leur appartient de porter l'initiative à bout de bras. «C'est à eux de prendre en main la destinée que la géographie et l'histoire leur ont préparée», déclarait-il à Toulon. Un propos que ses conseillers répètent, depuis, à satiété.

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