|
|||||
L'IMMIGRATION CLANDESTINE AU MENU DES 5+5 A ORAN L'Algérie, terre de fixation pour les clandestins Le Quotidien d'Oran, 23 novembre 2004 Alors que le dossier de l'immigration clandestine est inscrit à l'ordre du jour de la réunion des «5+5» qui s'ouvre, aujourd'hui, à Oran, la réalité du terrain fait de l'Algérie non plus une terre de transit mais plutôt un territoire de «fixation» pour les clandestins. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'Algérie a rejeté la proposition allemande et italienne de créer des zones de rétention sur la rive sud de la Méditerranée. Une proposition au demeurant acceptée par Tripoli. L'immigration clandestine charrie avec elle d'autres préoccupations et engendre des problèmes auxquels il devient urgent de répondre. C'est ce qui ressort d'une étude réalisée par les services de la Gendarmerie nationale. Entre le 1er janvier 2000 et le 31 octobre 2004, près de 19.524 étrangers ont été arrêtés en situation irrégulière ou dans le cadre de la lutte contre l'immigration clandestine. Le nombre d'affaires traitées est également en nette progression. Durant l'année 2003, les unités ont enregistré 10.005 affaires. En 1992, ce chiffre ne dépassait pas les 531 affaires. Pas moins de 48 nationalités différentes sont représentées. Elles sont certes à majorité africaines principalement du Mali, du Niger, du Nigeria, du Maroc et de la Guinée. Toutefois, les gendarmes ont également interpellé des immigrants clandestins venus d'Asie (Pakistanais, Bengalais, Syriens...). Les données statistiques démontrent que ce phénomène a connu «une croissance très rapide qui s'est accélérée ces dernières années». Cette tendance est en «hausse constante», précise le document. «Les prévisions pour un proche avenir seront plus inquiétantes et le problème sera plus aigu». L'Algérie constitue une porte d'accès vers l'Europe. La situation géographique et l'étendue des frontières sont largement exploitées par les réseaux de passeurs. Ces derniers maîtrisent «parfaitement» le terrain pour faire de l'immigration clandestine «une activité lucrative dont les retombées humanitaires et sécuritaires causent d'énormes difficultés aux pouvoirs publics». Ces réseaux profitent de conjonctures politiques et sécuritaires dramatiques dans certains pays. Dotés de moyens puissants, les passeurs s'appuient par ailleurs sur des ramifications et des structures d'accueil dans de nombreux pays. L'immigration clandestine s'accompagne souvent des autres formes de grande criminalité telles que la contrebande, le trafic de stupéfiants et d'armes, la contrefaçon, la prostitution, la falsification de documents. Ce qui constitue une atteinte à l'ordre public et crée des risques sanitaires et des tensions. Les wilayas les plus touchées par ce phénomène se situent au niveau des frontières sud et ouest du pays telles Tamanrasset, Adrar, Illizi et Tlemcen. Néanmoins, les principales wilayas du Nord connaissent, aussi, une forte présence de ressortissants africains dont le projet d'immigration vers l'Europe n'a pu se concrétiser. Maghnia reste, pour sa part, «la plaque tournante de passeurs». Les gendarmes mettent, également, en avant la présence de «foyers d'accueil ou de fortune» offrant aux immigrants clandestins des possibilités d'hébergement et dans certains cas de prise en charge dès leur arrivée. Ce qui encourage la venue ou le transit par le territoire algérien. A Tamanrasset, premier point de transit, certains quartiers, dont Gaat El Oued, se sont transformés en «véritables ghettos des tribus africaines organisées selon les coutumes des régions et des pays d'où proviennent ces populations». Ce type de ghetto existait avant l'intervention des pouvoirs publics à Oued Ouardfou, dans la daïra de Maghnia, wilaya de Tlemcen. La fermeture «hermétique» des frontières européennes et la «disponibilité» du travail ont fait de l'Algérie «un pays de fixation de l'immigration clandestine». Ce phénomène qui était observé dans les villes du Sud est, depuis plus d'une décennie, observé dans les villes du Nord, y compris dans la capitale. Alger a vu l'apparition de véritables «bourses» de travail dans certains quartiers tels que le Square Port Saïd, Delly Ibrahim ou Chéraga. Les gendarmes estiment que «ce phénomène est appelé à persister» en raison des conditions qui le génèrent. «S'il n'est pas jugulé à temps, il deviendra une source de préoccupations graves d'autant plus que ses effets ont une portée à la fois nationale et internationale», précise le document. Les conséquences de l'immigration clandestine sont multiples. Sur le plan sécuritaire, l'on craint l'apparition de réseaux de passeurs spécialisés attirés par les gains faciles engendrés. Ce qui entraînera forcément les autres formes de criminalité. L'ampleur de ce phénomène dans la région du Sud peut entraîner, selon les experts, «un déséquilibre de la population de cette région». Au niveau sanitaire, les problèmes de santé publique ne manqueront pas d'apparaître, notamment ceux résultant des nouvelles pathologies tel le Sida. «Les flux incontrôlés de clandestins présentent des risques de contamination d'autant plus que dans les zones où ils vivent la prostitution et d'autres trafics se développent». L'immigration clandestine a également des répercussions économiques. Elle constitue une main-d'oeuvre «bon marché» qui a entraîné un marché de l'emploi clandestin florissant dans certaines grandes villes du pays. Cette concurrence déloyale peut dégénérer et engendrer un autre phénomène. Celui du racisme. L'institution recommande, dans son document, de redéfinir au plan juridique les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire national, la révision des textes législatifs concernés ainsi que les conditions de délivrance de la carte de résident. La gendarmerie préconise de «durcir» les dispositions en matière de refoulement et d'expulsion et l'institution d'une nouvelle mesure consistant en «la reconduite à la frontière d'un étranger entré illégalement en Algérie». Elle prône, par ailleurs, l'affectation d'une partie des revenus provenant des biens saisis ou confisqués dans le cadre de la lutte pour développer l'activité de prévention, améliorer les conditions de travail des agents et de séjour des détenus clandestins. Au plan social, elle préconise l'application rigoureuse de la législation du travail par un renforcement de l'encadrement des services de l'inspection du travail. Néanmoins, les chiffres de la gendarmerie restent en deçà de la réalité. Nombre de clandestins échappent à la vigilance des services de sécurité. Les observateurs relèvent l'absence d'un office de l'immigration clandestine qui serait chargé, vu l'ampleur du phénomène, de suivre l'évolution des flux migratoires et de proposer des mesures appropriées. Il paraît urgent de mettre en place des mécanismes bilatéraux de décision et de suivi avec les pays d'origine de l'immigration clandestine, notamment le Mali et le Niger. Ainsi qu'avec les représentants de «l'eldorado occidental». Il semblerait qu'au niveau des services de sécurité cette orientation a déjà été prise. Le directeur général de la gendarmerie malienne sera aujourd'hui à Alger pour rencontrer ses homologues algériens. L'immigration clandestine fera certainement partie des discussions. Seule une réelle volonté politique pourrait, toutefois, déterminer les contours d'une future coopération transnationale. Samar Smati ------------------------------------- Réunion des «5+5» à Oran Immigration clandestine et lutte contre le terrorisme à l'ordre du jour
Par Ghada Hamrouche , La Tribune , 23 novembre 2004 L'immigration clandestine vers l'Europe, à partir de l'Afrique, et la lutte contre le terrorisme constituent les principaux thèmes de la réunion des ministres des Affaires étrangères du groupe des «5+5» qui s'ouvrira aujourd'hui à Oran. Les ministres des Affaires étrangères algérien, libyen, marocain, mauritanien et tunisien débattront avec leurs homologues français, espagnol, italien, portugais et maltais des meilleurs mécanismes pour contrôler les flux migratoires illégaux échouant sur la rive nord de la Méditerranée, notamment ceux en provenance de l'Afrique subsaharienne. Lors de la conférence ministérielle d'Alger les 15 et 16 septembre dernier, les partenaires euro-maghrébins ont conclu que la coopération et le partenariat constituaient les meilleurs moyens pour lutter contre l'immigration illégale. Vu le nombre important d'immigrants illégaux débarquant chaque année sur leurs côtes, les Européens placent aujourd'hui l'immigration clandestine au centre de leurs préoccupations majeures. L'inquiétude croissante des gouvernants de la rive nord de la Méditerranée face à l'ampleur du phénomène migratoire les pousse à proposer des solutions qui ne sauraient convenir aux habitants de la rive sud. D'ailleurs, les Maghrébins ne cachent pas leur inquiétude de voir leurs partenaires européens se barricader davantage et prendre des dispositions draconiennes quant à l'octroi des visas que compte adopter l'Union européenne (UE). Les responsables maghrébins avertissent des répercussions négatives de ces mesures drastiques sur la supposée «libre» circulation des personnes. Rappelons que les dirigeants de l'UE ont réaffirmé, le 5 novembre dernier à Bruxelles, que leur priorité restait la lutte contre l'immigration illégale. Pour y parvenir, ils se disent prêts à adopter la solution allemande. Cette dernière préconise le développement de «programmes de protection des réfugiés» près des régions d'origine pour aider les pays du Maghreb à contrôler leurs frontières et à renforcer leurs capacités d'accueil de réfugiés d'Afrique subsaharienne. En d'autres termes, prévoir des camps spéciaux, à l'image du tristement célèbre camp de Sangate, où seront parqués les candidats à l'exil en attendant que leurs dossiers soient traités dans les pays qu'ils convoitent. Une solution contestée par les Maghrébins, notamment les Algériens. Lesquels refusent de voir naître sur leurs territoires des camps «d'attente» aux candidats à l'exil. Des camps dont les Européens eux-mêmes refusent l'existence. «L'Algérie ne pourra pas accepter d'avoir sur le territoire d'un pays du Maghreb un camp où seront parqués les immigrants clandestins en attendant que leurs dossiers soient régularisés dans un pays européen», avait objecté à maintes reprises le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem. La volonté de l'UE de mettre en service, d'ici à 2007, la base européenne de données sur les visas (VIS), qui comprendra une empreinte digitale et une photo numérique, risque d'indisposer les Maghrébins, déjà outrés par le grand nombre des dossiers rejetés et le peu de visas délivrés à leurs ressortissants. Vu les réticences des uns et des autres quant aux solutions européennes proposées, les dix délégations présentes à Oran tenteront d'éviter de déboucher sur de sérieuses divergences. Ils essayeront de convertir le «choc des civilisations» en une «alliance des civilisations», comme le souhaitait en septembre dernier à l'ONU le président du gouvernement espagnol José Luis Zapatero, dont le pays se porte candidat pour abriter le prochain sommet euro-méditerranéen en 2005. Quant au dossier de la coopération dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, le groupe des 5+5 mettra certainement au point les termes de la collaboration notamment en matière d'échange de renseignements et d'extradition des personnes inculpées ou recherchées. Outre le thème de la sécurité et de la stabilité en cette partie du Bassin méditerranéen, la rencontre des chefs de diplomatie des «5+5», qui s'ouvrira officiellement au début de cette soirée, abordera les dossiers de coopération économique dans la région, l'intégration maghrébine, et la relance du processus de Barcelone 1995, établissant les bases du partenariat euro-méditerranéen. G. H. --------------------------- Durant la période allant du 15 octobre au 13 novembre dernier Arrestation de 848 immigrés clandestins
Par Karima Mokrani, La Tribune, 23 novembre 2004 Poursuivant leur lutte contre l'immigration clandestine, un phénomène qui ne cesse de prendre de l'ampleur dans notre pays, les services de la gendarmerie nationale ont pu arrêter, au cours de la période allant du 15 octobre au 13 novembre dernier, quelque 848 personnes d'origines différentes. Parmi ces immigrés clandestins, 122 ont été écroués, 96 mis en liberté provisoire et 630 autres refoulés. La plupart d'eux sont d'origines nigérienne (426) et malienne (177) alors que 66 sont en provenance du Maroc et 27 autres en provenance de la Syrie. L'exploitation des données statistiques relatives à ce phénomène fait ressortir une tendance à la hausse durant ces dernières années. Ce qui laisse penser que les prévisions pour le proche avenir seront plus inquiétantes et le problème sera plus aigu. A titre de comparaison, le nombre d'affaires constatées est passé de 531 en 1992 à 737 en 2001. Les wilayas touchées par ce phénomène se situent au niveau des frontières sud et ouest du pays, Tamanrasset (42 440 étrangers), Adrar (1 858 étrangers), Illizi (776 étrangers) et Tlemcen (1 061). L'immigration clandestine en provenance d'Afrique subsaharienne converge vers les wilayas d'Adrar, El Oued et notamment Tamanrasset. Cette wilaya du Grand Sud constitue le premier point de transit en Algérie pour les nombreux immigrés clandestins qui sont devenus difficiles à maîtriser et leur refoulement une véritable charge financière pour l'Etat algérien. Les services de la gendarmerie nationale ont, par ailleurs, procédé au cours de la même période (du 15 octobre au 13 novembre) à l'arrestation de quelque 1 948 personnes de nationalité algérienne pour raisons de crimes et délits de toutes sortes (contre les personnes, contre les biens, contre la famille et les bonnes mours, les faux, contre la tranquillité publique, autres atteintes à l'économie nationale et attroupements). 766 inculpés ont été écroués et 1 182 autres mis en liberté provisoire. En tout, 1 482 affaires ont été constatées et dont 224 sont liées à des crimes et 1 258 à des délits. Alors que parmi les personnes arrêtées, 1 881 sont de sexe masculin et 67 de sexe féminin. En outre, apprend-on, 306 personnes dont des étudiants et des fonctionnaires, ont été arrêtées pour raison de trafic de drogue. 226 ont été écrouées et 80 mises en liberté provisoire. La quantité de drogue saisie était de l'ordre de 451,65 kg. Alors que 566 autres ont été arrêtées, toujours durant la même période, pour raison de contrebande. 34 ont été écrouées et 532 mises en liberté provisoire. Les principaux produits saisis sont, entre autres, alimentaires (16,754 tonnes), effets vestimentaires (8 611 tonnes), cigarettes (70 471 tonnes), carburant (52 097 litres) et cheptels (108 têtes). Quant à la population délinquante, les services de la gendarmerie nationale ont arrêté au cours de cette période 3 833 personnes, dont 1 200 écrouées et 2 633 mises en liberté provisoire. K. M.
|
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||