Après s’y être opposée en 2004

L’Algérie approuve la politique européenne de voisinage

De notre envoyée spéciale à Bruxelles, Samira Imadalou, La Tribune, 20 Avril 2008

Après avoir remis en cause le processus de Barcelone et affiché un rejet net à la politique européenne de voisinage (PEV) proposée par l’Union européenne (UE) en 2004, l’Algérie change de position, passant de l’opposition à l’approbation. L’Etat algérien a, en effet, adhéré à cette politique. La question a été ficelée en mars dernier lors de la visite de Mme Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne chargée des relations extérieures et de la politique européenne de voisinage. Certes, l’annonce n’a pas été rendue publique en Algérie mais tout indique aujourd’hui que le tour est joué. «La volonté politique y est», a déclaré Mme Christiane Hohmann, porte-parole de la commissaire au groupe de journalistes algériens ayant participé à un séminaire de formation sur les relations Algérie-UE à Bruxelles la semaine dernière. «Le gouvernement algérien a fait d’énormes efforts. On l’a constaté à Alger lors de la réunion du conseil d’association. L’Algérie a affiché une volonté d’adhérer à cette politique. On est en train d’élaborer le plan d’action. On commence le travail. Avant, il n’y avait pas de plan d’action pour l’Algérie, ça n’existait pas. C’est à ce niveau qu’il y a un changement. L’Algérie pourrait s’impliquer beaucoup plus fortement dans la politique de voisinage. Ce qui nous permet d’entamer le plan d’action. C’est un processus de longue haleine», a expliqué Mme Hohmann avant d’ajouter clairement : «On a franchi une petite frontière.» Selon la porte-parole de la commissaire européenne aux Relations extérieures, il n’y a pas eu de changement de position côté européen, ni de concessions. «Il n’y a pas eu de marchandage. Il n’y a eu aucune pression sur l’Algérie. L’offre pour la PEV n’a pas changé. Elle était la même sur la table», a-t-elle précisé. Interrogé sur les raisons qui ont poussé l’Algérie à revoir sa copie concernant la PEV, Mme Hohmann a préféré jouer la carte de la prudence. Elle a refusé de se prononcer. «Je ne veux pas me prononcer sur les raisons qui ont amené l’Algérie à changer d’avis», a-t-elle répondu aux journalistes. L’essentiel pour l’heure, selon la représentante de la Commission européenne, est d’entamer le travail sur le plan d’action. Il s’agit donc de cibler les secteurs de coopération dans le cadre de ce plan. «Ce qu’on a maintenant, c’est la volonté politique. Il reste aux experts d’élaborer et d’achever le plan d’action. Pour aboutir à élaborer un plan d’action. Ce plan doit être traduit et transmis par un plan d’action précis. On n’en est pas encore là, mais c’est quelque chose qui est bon pour notre relation dans le futur. D’ailleurs, plusieurs axes sont d’ores et déjà inscrits pour la mise en œuvre de cette politique.»
A Bruxelles, on avance que la dernière réunion du conseil d’association à Alger consacrée également à la présentation du 2ème rapport sur la PEV à l’Algérie a permis de définir les priorités de coopération. Ainsi, l’accent a été mis sur les réformes économiques, les politiques commerciales, l’énergie et la libre circulation des personnes. Tout porte donc à croire aujourd’hui que l’Europe a fait des concessions sur ces points, partiellement sur la libre circulation des personnes, une question qui a toujours été soulevée dans les discussions entre les deux parties. Se dirige-t-on vers la facilitation de visas qui est un aspect clé de la mise en œuvre de la PEV ? Sinon, qu’est-ce qui aurait poussé l’Algérie à adhérer à cette politique qu’elle avait pourtant clairement refusée lors d’une conférence internationale, la première du genre, organisée en septembre dernier dans la capitale belge par la Commission européenne. L’Algérie avait participé à cette rencontre avec la casquette d’observateur par le biais de son ambassadeur à Bruxelles, M. Halim Benattallah, lequel avait annoncé que l’Algérie préfère «laisser le temps» à l’application de l’accord d’association signé avec l’UE, ratifié et entré en vigueur en 2005, et ne souhaite pas qu’il soit supplanté par d’autres mécanismes de partenariat du type PEV. A titre indicatif, la PEV, qui concerne 16 pays, est considérée par nombre d’experts comme une initiative incohérente et contradictoire d’autant qu’elle est qualifiée de proposition unilatérale. «Après le processus de Barcelone, qui n’a pas encore atteint ses objectifs fixés à 2010, l’Europe propose une nouvelle politique audacieuse. S’agit-il vraiment d’un saut qualitatif ou simplement d’une vieille recette sous un nouvel emballage ?» s’interroge à cet effet M. Bichara Khader, professeur à l’Université catholique de Louvain (UCL) et directeur du Centre d’études et de recherches sur le Monde arabe contemporain (UCL). Pour M. Bichara, la PEV est rivée à la stabilité même «s’il est trop tôt pour poser un regard critique sur une politique qui vient à peine de démarrer».

S. I.

 

Politique européenne

 
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