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Agriculture
L’accord d’association inquiète les paysans
El Watan, 6 avril 2005
Le président de la chambre nationale agricole demande aux fellahs
d’assainir le monde paysan de ses parasites et de ses fossoyeurs. La
présence d’une délégation française indique que l’entrée en application
de l’accord d’association permet déjà l’amorce d’un partenariat.
A peine entériné par le Sénat, l’accord d’association avec l’Union
européenne commence à pénétrer le mode rural habituellement hermétique à
tout changement. C’est pourquoi la Chambre nationale d’agriculture et le
ministère du secteur ont décidé d’entamer une campagne de
sensibilisation de la paysannerie. Dans ce cadre a été organisée à la
station de protection des végétaux de Mostaganem une rencontre qui sera
coprésidée par Mohamed Cherif Ould El Hocine, tout nouveau président de
l’organisation paysanne, et Amar Assebah, directeur central au ministère
de l’Agriculture et membre du groupe de travail en vue de l’adhésion à
l’OMC. Une appartenance qui lui vaudra de ne pas trop s’engager dans le
débat et ce en vertu du devoir de réserve. C’est pourquoi son
intervention sera essentiellement technique et informative sur les
différentes étapes des négociations depuis le processus de Barcelone
jusqu’à la toute récente ratification de l’accord avec l’UE que vient
d’entériner le Sénat. Tout au long de son intervention, il s’évertuera à
mettre en exergue l’aspect incontournable pour l’Algérie de suivre la
même voie que les autres pays de la rive Sud qui, à l’exception de la
Syrie, ont tous signé cet accord. L’assistance, composée des
représentants des chambres agricoles de l’Ouest et du Sud- Ouest, des
membres d’associations qui gravitent autour de l’activité agricole ainsi
que de quelques exportateurs de légumes et fruits, aura toutes les
peines à suivre le premier exposé qui s’adressait plutôt à un public
d’initiés. Toutefois, lors de ses nombreuses interventions, le nouveau
président de la Chambre nationale d’agriculture adoptera un langage plus
direct, beaucoup plus proche des préoccupations des fellahs. C’est sans
ambages que M. Ould Hocine demandera aux fellahs de se préparer à
affronter de nouveaux défis. Après avoir rappelé les résultats
encourageants du PNDA qui aura permis, selon ses propos, à l’activité
agricole de gagner 427 000 ha et de faire culminer la surface irriguée à
plus de 700 000 ha, le conférencier annoncera dans la foulée que l’arrêt
de ce programme de soutien ne serait que temporaire. C’est pour
permettre aux pouvoirs publics de faire une évaluation et corriger les
erreurs que le PNDA a été suspendu, dira-t-il. Et d’ajouter qu’une
seconde phase tout aussi avantageuse pour le monde rural serait en
préparation. En ce qui concerne les hautes plaines steppiques, le
président parlera d’une mise en défens qui aura touché plus de 2,7
millions d’hectares, soit plus de 10% de la superficie utile des
Hauts-Plateaux. Concernant le nombre d’emplois créés dans le cadre de ce
programme, le chiffre de 350 000 emplois permanents révélé par M. Ould
Hocine est en total désaccord avec ceux du MADR qui fluctuent entre 680
000 et 800 000, selon les versions. Mais c’est lors du débat - qui
permettra aux fellahs de faire part de leurs préoccupations et
inquiétudes face à une ouverture du marché - que le président de la
chambre agricole interpellera ses troupes, les invitant à assainir le
monde paysan des ses parasites et de ses fossoyeurs. « Nous n’avons pas
besoin de prédateurs dans nos rangs », dira-t-il. Et d’ajouter : « Les
vrais fellahs sont capables de s’adapter, à condition que l’on nous
laisse le temps. » Un temps qui s’avère pressant dans la mesure où dans
la salle il y avait une délégation française composée de Christian
Peyrot, Jean-Louis Salva et Marcel Omont, venus spécialement dans la
région pour activer la mise en place du pont logistique Oran-Sète. Dans
son intervention, Marcel Omont ne manquera pas de signaler à
l’assistance que l’entrée en fonction de la société Logistique
affrètement et transport d’Algérie (Latal), une compagnie de droit
algérien dont le siège est à Oran, serait imminente. Elle permettrait
aux agriculteurs et aux exportateurs de bénéficier d’un transport sous
froid intégral de leurs produits depuis la parcelle jusqu’à la table du
consommateur français. A l’intention d’El Watan, cet important
transporteur précisera que, grâce au soutien de l’Etat français, les 5
entreprises qui composent la Latal pourront intervenir, y compris dans
les champs, pour orienter les plans de culture des agriculteurs. Une
manière de dire que malgré les lenteurs administratives pour régulariser
la situation de leur entreprise - lenteurs dont la délégation française
ne manquera pas de faire part aux deux responsables algériens présents à Mostaganem -, l’entrée en application de l’accord d’association est déjà
effective. « Dans les prochains jours, nous dira Marcel Omont, des
camions et des techniciens entameront une simulation grandeur nature
d’une opération d’importation dans le strict respect des règles
sanitaires en vigueur en France. » Les fellahs, qui ont écouté avec
attention cette intervention, avaient d’autres soucis en tête. A
l’exception d’un opérateur qui aura fait l’admiration des participants
en exposant ses produits d’exportation, tous étaient unanimes pour dire
que l’agriculture algérienne - malgré l’élégante étude comparative du
représentant du MADR entre les dossiers tunisien, marocain et algérien
qui bénéficieront respectivement de 37,39 et 91 produits admissibles
sans droits de douanes et sans contingentement - n’était pas préparée à
cette adhésion.
Yacine Alim
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