L'Algérie en observateur à la conférence de la Commission européenne

La politique de voisinage et le fait accompli

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d'Oran, 2 septembre 2007

L'Algérie assistera en tant qu'observateur à la conférence internationale que la Commission européenne organisera demain à Bruxelles sur la politique européenne de voisinage.

La Commission européenne (CE) a pour la première fois, décidé de réunir demain, lundi à Bruxelles, des pays des deux rives nord et sud de la Méditerranée pour discuter de la politique de voisinage par laquelle dit-elle, elle compte instaurer une nouvelle approche de partenariat. Proposée à l'Algérie en 2000 par Romano Prodi alors premier responsable de la commission, cette politique n'a pas emballé le président Bouteflika qui avait répondu qu'il fallait d'abord s'acquitter des clauses de l'accord d'association pour pouvoir s'attaquer à autre chose. Rien n'a changé depuis. L'Algérie persiste et signe, elle affirme toujours n'être pas intéressée par cette initiative. «Nous allons assister en tant qu'observateur, pas plus, et nous restons sur notre position initiale, nous considérons que cette politique ne nous agrée pas, » nous dit une source du ministère des Affaires étrangères.

D'ailleurs, il n'y a pas que l'Algérie qui va uniquement «observer», il y a la Syrie mais aussi l'Ukraine qui, non seulement sera en tant qu'observateur mais elle vient de faire savoir à la Commission européenne qu'elle n'est plus intéressée par le plan d'action auquel elle a pourtant adhéré après son acceptation des principes de la politique européenne de voisinage. C'est dire, relèvent nos sources que « les pays dedans s'inquiètent un peu, ils marchent mais avec beaucoup de prudence.» L'on rappelle que dans le cadre de cette politique, la CE a mis au point des plans d'action qu'elle dit avoir discutés avec les pays concernés -chacun pour ce qui le concerne- qui se sont chargés pour leur part, de les mettre en oeuvre avec comme arbitre ses différents services. C'est ce qu'elle a fait avec le Maroc, la Tunisie ainsi que d'autres pays du Moyen Orient comme l'Egypte, la Jordanie ou Israël. C'est aussi ce que certains analystes avaient alors qualifié de plans d'ajustement structurels bis en comparaison avec ceux aux nombreuses conditionnalités, du FMI.

«LA PARTICIPATION EST TRES MITIGEE»

La CE voulait que la conférence de Bruxelles se tienne au niveau des ministres des Affaires étrangères des pays des deux rives mais il semble nous dit-on que «la participation est très mitigée. » Mis à part Moratinos, le MAE espagnol qui est annoncé ainsi que celui tunisien, on s'attend à ce que plusieurs pays ne soient représentés que par des ministres sectoriels ou des diplomates comme c'est le cas du Maroc qui fera venir son ministre de la Privatisation, l'Egypte qui se contentera d'envoyer un haut fonctionnaire de son MAE et Israël qui se fera représenter par son ministre des Retraités. L'Algérie pour sa part, déléguera son ambassadeur à Bruxelles, Halim Benattallah, réputé bien comprendre «les affaires européennes ». L'on ne manque pas de signaler que même du côté européen, l'on ne note pas la présence de «pays importants » mais uniquement quelques-uns de l'Europe de l'Est.

Au passage, l'annonce de la présence de Moratinos, le MAE espagnol lundi à Bruxelles fait sourire des diplomates qui pensent que «l'Espagne veut ainsi voir de près que le processus de Barcelone n'est pas mort. » Une idée ou un sentiment que nos sources ne sont prêtes à partager. Elles notent que le principe de la politique européenne de voisinage est de travailler «dans le bilatéral parce que Barcelone s'est discuté dans le multilatéral. Mais aujourd'hui que la Commission se met à organiser ce genre de conférence pour faire rencontrer tout le monde, c'est-à-dire faire dans le multilatéral, c'est que les Européens veulent enterrer un peu plus Barcelone.» La conférence internationale de Bruxelles prend de ce fait «un nouveau format (bilatéral) qui n'était pas du tout envisagé et qui est parfaitement inutile ! »

«ON EXAMINE EN RESTANT PRUDENT»

L'on n'hésite d'ailleurs pas à faire remarquer à Alger que «c'est toujours le fait accompli ! » Autre point qui n'est pas pour emballer les autorités algériennes, les thématiques discutées durant la conférence entre autres la gouvernance et l'énergie. Nos sources estiment que non seulement «ce sont des thèmes discutés un peu partout » mais aussi «ils ne semblent pas d'une grande pertinence politique.» Pour la gouvernance, le scepticisme est de vigueur lorsqu'on est convaincu que «ils vont encore nous donner des leçons. » Quant à l'énergie, l'on est persuadé que «les Européens veulent mettre le paquet pour travailler avec nous.»

L'on signale quand même pour la première fois la participation de la Libye aux travaux de la Commission européenne. Il semble que Maâmar Kadhafi cherche à «s'accrocher» à un processus encore au stade de la gestation pour faire figure de pays (devenu) fréquentable. Il faut croire que l'affaire des infirmières bulgares l'a aidée à le devenir davantage après que l'Amérique de Bush a décidé de ne plus lui tourner le dos. Auparavant boudée par tout le monde, la Libye, faut-il le rappeler, n'a été associée ni au processus de Barcelone, ni à celui de la politique européenne de voisinage à son lancement, encore moins aux accords d'association que l'Union européenne a conclu avec plusieurs pays arabes dont l'Algérie.

Pendant que la politique européenne de voisinage tente de se vendre à ses partenaires du sud de la Méditerranée, le président français a dès son intronisation à l'Elysée, vite fait de lancer son idée de la création d'une Union méditerranéenne. Bruxelles ne souhaite même pas en parler ce lundi, en rétorquant d'ores et déjà à ceux qui voudraient l'évoquer que «ce n'est pas à l'ordre du jour.»

A Alger, on estime que «pour l'instant, selon la formule, on examine en restant prudent.» Non sans avouer que «le fil conducteur de l'idée de Sarkozy n'est ni clair ni visible.»

 

Politique européenne

 
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