|
|||||
|
Un observatoire des droits de l’homme et une structure de surveillance des élections proposés Moratinos brosse un tableau mitigé de Barcelone
De Notre Correspondant A Paris : S. Raouf, Le Quotidien d'Oran, 21 novembre 2005
Hôte de la première rencontre au sommet dans l’histoire du processus de Barcelone, l’Espagne envisagerait d’y soumettre des idées concrètes. Histoire de conférer à ce cadre régional un surcroît de dimension institutionnelle et des «actions politiques fortes». Sauf revirement de dernière minute, Madrid a bien l’intention de proposer à la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement la création de deux structures lourdes adossées au volet le plus en panne du processus. Il s’agit d’un «observatoire des droits de l’homme» et d’une «entité euroméditerranéene d’observation des élections», selon le projet d’appellation ibérique. La proposition - ou du moins l’idée - semble frappée du sceau du sérieux. C’est, en effet, le chef de la diplomatie espagnole lui-même qui le dit dans un entretien à «Politique étrangère», la revue de l’Institut français des relations internationales (IFRI). Appelés à faire débat dans les milieux spécialisés des questions «euromed», les propos de l’ancien envoyé spécial de l’UE au Proche-Orient ont été publiés dans la dernière livraison du périodique (n°3-2005). Autre idée qui tient à coeur le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero: «l’accompagnement des réformes politiques». Moratinos n’en explique ni la nature ni le mode opératoire. Sans s’encombrer des formules diplomatiques qui impriment les discours officiels à la veille des échéances euromed, le ministre espagnol recentre le débat de Barcelone sur des préoccupations peu ou prou abordées en dix ans d’exercice euroméditerranéen. «Il faut, à un moment crucial, après dix ans d’un processus complexe qui a obtenu des résultats incontestables, lancer de nouvelles étapes stratégiques pour les décennies à venir, avec des échéances concrètes: la zone de libre-échange en 2010 et la définition d’une zone de paix et de stabilité». Vu d’Espagne, son lieu de naissance le 29 novembre 1995, le processus est crédité d’un bilan alternant le bon et le moins bon mais qui, dans l’ensemble, n’en reste pas moins mitigé. «Il comporte des zones d’ombre et de lumière», note Moratinos. Il était même «très ambitieux» au regard du contexte de l’époque et des profils contrastés des signataires. Aux yeux du ministre, Barcelone peut se targuer d’avoir survécu à «toutes les tempêtes» qui ont secoué la Méditerranée et sa périphérie ces dix dernières années. Reste qu’au plan politique, chapitre érigé au rang de priorité, le processus «n’a pu faire de miracle». Autrement dit, précise le ministre, «il n’a pas réussi à créer un espace de paix et de stabilité définitive entre les deux rives». Barcelone a «beaucoup souffert du blocage de la situation moyen-orientale». Un blocage qui a, «en quelque sorte, symbolisé un immobilisme plus général en matière de sécurité régionale». S’ils venaient à être soumis à la conférence, les projets espagnols d’observatoire des droits de l’homme et d’entité d’observation des élections promettraient de susciter bien des débats. D’abord au niveau des experts, chargés de décortiquer l’ensemble des questions à verser au menu de la conférence ministérielle, puis de la rencontre au sommet. Les idées émises par le chef de la diplomatie française dans son entretien à «Politique étrangère» n’ont pas circulé, jusqu’à maintenant, dans les médias et auprès des observateurs des questions euromed. D’où l’absence de réactions ou, à tout le moins, de commentaires dans la dizaine de pays de la rive sud de la Méditerranée. De quelque latitude qu’ils soient, les «PTM» - comme les qualifient la littérature officielle euromed - ont toujours été réticents à l’idée de se voir suggérer des modèles d’exercice démocratique. En témoignent les débats sur les questions politiques dans les processus de négociation des accords d’association avec l’UE. La promotion de la démocratie sur la rive sud figurait parmi les objectifs de la déclaration signée par les vingt-sept ministres (les «15» de l’UE à l’époque et les «12» PTM). A l’heure d’accueillir la famille euroméditerranéenne, quel regard porte l’Espagne sur le rapport des pays du sud à la promotion démocratique ? «Il y a eu quelques avancées, mais très limitées, et tout cela doit être approfondi et accéléré», répond Miguel Angel Moratinos. Madrid affirme «respecter» la façon et le rythme dont les PTM comptent mettre en oeuvre l’ancrage démocratique. «Mais les pays du Nord devraient néanmoins se montrer plus exigeants, et mettre en place des mesures encourageant une participation politique plus large, plus active». Dans une allusion à peine voilée au projet américain de «Grand Moyen-Orient», le ministre espagnol estime que la déclaration de Barcelone est le cadre le plus indiqué pour aider le monde arabe à cheminer vers la démocratie et la prospérité économique. «Il faut pourtant être bien conscient que nombre de pays arabes sont entrés en phase d’introspection, de plus en plus conscients qu’il faut aller vers la réforme, et qu’ils attendent notre soutien et nos encouragements. La méthode de Barcelone est sans doute la meilleure pour accompagner ce processus, puisqu’il s’agit d’aider le mouvement et non pas d’imposer la démocratie. Seuls les peuples peuvent être les acteurs de leur propre avenir, et la démocratie ne se décrète pas». |
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||