Algérie, marché passif de l’UE

Par K.Selim, Le Quotidien d'Oran, 13 mai 2009

Le déséquilibre marqué de l’accord d’Association avec l’Union Européenne au détriment de l’Algérie était connu. Il est désormais chiffré. Selon Chérif Zaaf, directeur du commerce extérieur au Ministère du Commerce, depuis 2005, première année de mise en œuvre de ce fameux accord, les importations en provenance de la zone euro ont augmenté de 80% passant d’un peu plus de 11,2 milliards à près de 21 milliards en 2008. L’Europe représente ainsi plus de la moitié du total des importations du pays. Dans l’autre sens, hors hydrocarbures, les exportations algériennes restent marginales et se situent, selon le même responsable, à un milliard de dollars en 2008. La faiblesse des investissements européens hors-hydrocarbures accentue un bilan tout à fait défavorable. L’étude d’impact demandée par le responsable du commerce extérieur en marge des travaux d’un séminaire consacré à l’application de cet accord, devrait confirmer le rôle de client éminemment passif de l’économie nationale. L’ouverture du marché et les privilèges accordés aux partenaires européens ont été utilisés au maximum sans que depuis 2005, année inaugurale de cette association déséquilibrée, les nécessaires correctifs n’aient été envisagés. Il est vrai compte-tenu des structures de l’économie nationale que parvenir à un équilibre hors-hydrocarbures est un objectif théorique lointain. De ce point de vue, les européens ont beau jeu de déplorer une réalité qui s’imposent à tous. Il n’est pas certain non plus que l’essentiel de la faible performance algérienne en matière d’exportation soit à imputer aux contraintes « techniques et réglementaires » imposées par les européens. Le serpent de mer des exportations non-fossiles resurgit en effet depuis des lustres avec une constance éprouvante pour déboucher sur les mêmes constats désolés. Ce qui pose problème est l’attitude européenne qui ne voit en l’Algérie qu’un marché de déversement : les incitations à l’investissement ne frappent ni par leur ampleur ni par la détermination des instances chargées de l’impulser. Dans les faits, le désarmement tarifaire et l’accord d’association ne sont pas pensés en termes de développement économique, sous l’angle de la résorption du chômage notamment, mais simplement comme un levier d’action commerciale destiné à mettre les entreprises européennes en position de force sur les marchés périphériques. On comprend aisément la rationalité des négociateurs européens. Strictement commerciale, leur stratégie est fondée sur le souci de capturer une clientèle solvable pour les entreprises européennes. Mais en inondant le marché de leur produits, en empêchant le développement d’une base productive, les européens mettent en œuvre une approche, certes rentable, mais segmentaire et à court terme. Les conséquences de l’approche sont connues : le chômage, des jeunes en particulier, en est une résultante directe. Les Algériens ont intérêt à faire jouer leur marché et leur solvabilité pour obtenir le réexamen de la démarche européenne dans le sens de l’investissement productif et du développement. Ce réexamen est également dans l’intérêt bien compris des européens soucieux par ailleurs de lutter contre l’immigration clandestine et la déstabilisation de leurs voisins. Un tel réajustement, politique et qualitatif, permettrait d’échanger un accord déséquilibré pour un partenariat gagnant-gagnant.

 
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Politique européenne  
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