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Rencontre
des 5+5 à Oran
La
Méditerranée occidentale face à l'immigration
clandestine Par
F. Boumediène , Liberté, 22 novembre 2004 Cette
réunion regroupant les pays des deux rives
traitera de trois thèmes fondamentaux pour la stabilité de
la région : les migrations, l'intégration maghrébine
et la sécurité.
La
rencontre des 5+5, qui se déroulera du 23
au 24 novembre à Oran et qui regroupera les ministres des Affaires étrangères
des 5 pays du Maghreb et de la Méditerranée occidentale,
aura pour ordre du jour trois thèmes : intégration maghrébine
et relations économiques en Méditerranée occidentale,
sécurité et stabilité en Méditerranée
occidentale et enfin migration et mouvement humain. Les travaux, qui
se dérouleront en grande partie à huis clos, seront dominés
une fois encore par les questions de terrorisme et d'immigration clandestine
qui constituent depuis des années la préoccupation majeure
des pays européens de la rive sud.
Les attentats meurtriers de Madrid et l'horreur des cadavres échoués
sur les côtes espagnoles ou italiennes de ces malheureux candidats à l'immigration
clandestine, sont des images qui hantent les gouvernants de la Méditerranée
occidentale et qui plus font très souvent la corrélation entre
les deux phénomènes. Jusqu'ici, les politiques européennes
mises en place pour lutter ou contrôler l'immigration clandestine, surtout à partir
des côtes du Maghreb, a été une approche essentiellement
sécuritaire autoritaire voire même criminalisant un problème
qui a une dimension à l'origine sociale.
Au sein du groupe des 5+5, les pays maghrébins ont été "amenés" à mettre
en place également des dispositifs de contrôle et de répression
en direction de tous ceux qui sont pris au cours de leur tentative de traverser
la Méditerranée "illégalement". Depuis peu, ces pays (les
5+5) avec des fortunes diverses tentent de s'attaquer plus précisément
aux réseaux des passeurs devenus une véritable mafia spécialisée
dans ce qu'il convient de désigner comme un trafic d'êtres humains.
Dans ce drame humain qu'est l'immigration clandestine, l'Algérie reste
avant tout un pays de passage, une halte, pour les immigrés clandestins
; durant l'année 2003, plus de 800 d'entre eux, originaires de l'Afrique
subsaharienne ont été expulsés de notre pays, alors que
les côtes nord du Maroc jusqu'à Kenitra représentent les
rives les plus fréquentées par les passeurs et les immigrés
du fait de la proximité des côtes espagnoles à une douzaine
de kilomètres seulement. La Tunisie et la Libye ne sont pas exemptées
dans ce domaine.
En septembre 2004, 24 immigrés partis de Libye font naufrage, 4 d'entre
eux meurent ; en juin 2004, au large des côtes tunisiennes, 6 clandestins
meurent, seuls 4 rescapés seront sauvés, et la litanie des morts
se poursuit quasiment chaque jour dans la Méditerranée. Dès
lors, la tentation des 5 pays de la Méditerranée occidentale
de faire de leurs côtes des forteresses imprenables, avec des dispositifs
quasi-militaires pour repousser les embarcations "les pateras" comme l'on dit,
chargées de candidats à une vie meilleure, ainsi que les dispositifs
judiciaires, ont atteint leur limite et montré en fait leur inefficacité face à ces
hommes et ces femmes que même le spectre de la mort n'a pas dissuadé de
tenter la traversée sur des embarcations de fortune. La dernière
proposition en matière de lutte contre cette immigration clandestine
de créer des centres de rétention dans les pays d'origine pour
gérer le flux des immigrés et ainsi mieux les "filtrer" ne fait
pas l'unanimité et au contraire renseigne, on ne peut mieux, sur les
objectifs assignés à cette mesure.
En fait, derrière les discours sécuritaires, c'est là une
remise en cause du principe de la libre circulation des personnes inscrit notamment
dans la zone de libre-échange en construction. Une zone de libre-échange
pour les biens et les produits et non pas pour les hommes à l'évidence.
Autour des différentes rencontres d'évaluation des 5+5, des voix
se sont élevées pour dire que la meilleure lutte contre le phénomène
de l'immigration clandestine est de s'attaquer à ses causes qui sont
immuablement la misère, le chômage, les conflits interethniques
et l'absence totale de perspectives dans leur pays d'origine. L'approche sécuritaire
et criminelle ne dissuade pas les candidats à une vie meilleure, une
vie décente en Europe. Certains des immigrés clandestins vous
avouent être prêts à tenter leur chance dans ces traversées
de la mort autant de fois qu'ils le pourront. Dès lors, le débat
devrait porter sur les politiques à mettre en place, dans les régions
où sont originaires les candidats à l'immigration clandestine,
autour de programmes d'aide au développement tournés vers les
populations les plus démunies et les plus défavorisées.
Mais des programmes qui s'appuient sur des modèles de développement
locaux et non ceux des pays développés.
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