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PARTENARIAT EUROMEDITERRANEEN Economie, civilisations et religionsDe Notre Envoyée Spéciale De Palerme (Sicile): Ghania Oukazi, Le Quotidien d'Oran, 21 février 2006
C’est sur fond d’appels insistants à un dialogue sur les valeurs civilisationnelles et religieuses que l’Italie organise depuis hier son premier forum économique méditerranéen. Autorités politiques et élues, société et milieux économiques influents, tous ont tenu à plaider en faveur d’un dialogue entre les civilisations et les religions et au respect mutuel des valeurs et traditions. Ces appels au «calme» qui ne disent pas leur non émanent de responsables italiens présents depuis hier à Palerme pour animer le premier forum économique méditerranéen que l’Italie a tenu à abriter. Le ministre italien des Affaires étrangères, le ministre des Activités productives ainsi que son vice-ministre se sont tous adressés aux nombreux hommes d’affaires venus des 13 pays méditerranéens (Algérie, Tunisie, Maroc, Libye, Egypte, Israël, Palestine, Liban, Jordanie, Chypre, Malte, Syrie et Turquie) pour les appeler à «raccourcir» davantage la proximité qui caractérise les deux rives de la Méditerranée. Dénommé «projet méditerranéen», l’initiative d’organiser ce forum a été prise par l’Institut italien du commerce extérieur, la Confindustria, organisation des entrepreneurs italiens, l’Union méditerranéenne des confédérations d’entreprise (UMCE), l’Association des banques italiennes (ICE) et autre Institut pour la promotion industrielle (IPI). Ils étaient tous là sous un chapiteau monté au milieu du palais de Normanni en présence de plus de 250 hommes d’affaires et industriels. L’Institut italien du commerce extérieur a noté dans son communiqué de presse que «l’importance de l’Algérie et l’évolution positive de son économie, ces dernières années, ont fait que la délégation algérienne qui participe à cet événement soit l’une des plus importantes». Constituée de dirigeants d’entreprises privées et publiques de différents secteurs d’activités, de responsables institutionnels et d’organismes (ABEF, ANDI, CACI, CGEA, SGP), la délégation algérienne est conduite par Samuele Porsia, directeur du bureau de l’ICE, Section pour la promotion des échanges de l’ambassade d’Italie à Alger. «Cette rencontre est un pas fondamental pour les relations entre l’Europe et le monde musulman», a déclaré le MAE italien, Gianfranco Fini qui insistera sur la place «centrale» qu’occupe la Méditerranée dans le monde. Il précisera son caractère historique en évoquant «ses heurts et ses victoires» tout en rappelant «ses éléments culturels». «Nous croyons à la stratégie de Barcelone dans la logique des identités respectives et des spécificités», affirme Fini tout en avouant que «Barcelone ne pourra pas à elle seule garantir la paix dans la région». Il estime que «l’Europe doit inaugurer une nouvelle phase de coopération avec les pays de la Méditerranée». Une coopération qu’il veut axée sur la lutte contre l’ignorance et le fanatisme. Fini propose d’initier une nouvelle stratégie pour l’utilisation des ressources financières de l’Euromed en direction de l’éradication de ces maux. Il appelle à l’acceptation des valeurs universelles en soutenant «qu’aucune religion n’est supérieure à une autre et qu’il est impératif de respecter la dignité de la personne humaine». Bien que ses propos au sujet de la tolérance prêtent à confusion quand il évoque «les valeurs universelles», Fini est présenté dans les milieux italiens comme étant un membre de l’Alliance, un parti ouvert au dialogue et tolérant. Le MAE sous-tend ses propos par son voeux de voir les milieux industriels mais aussi politiques miser sur le développement économique et social de la Méditerranée. Ce «projet méditerranéen» dans sa première édition est ainsi fortement marqué par les tragiques émeutes qui ont secoué la Libye et touché directement l’ambassade d’Italie. Evénements qui ont fait suite à de nombreux autres tout aussi tragiques qui ont eu pour théâtre les pays arabes et musulmans après que des journalistes européens aient eu la médiocre idée de publier des caricatures blasphématoires. Le vice-ministre italien des Affaires productives Addo Orso lui aussi souligne la nécessité de «rattacher les fils de nos civilisations communes». Mais il va dans le fond du sujet qu’est le développement, pour lancer «une croissance économique inférieure dans les pays de la rive sud peut avoir une responsabilité européenne mais c’est aussi la responsabilité de vos gouvernements». Il fait remarquer à juste titre que les échanges Sud-Sud n’ont pas dépassé les 7%. Aux pays qui n’ont pas encore conclu leur adhésion à l’OMC (Algérie, Syrie, Libye), le ministre italien dira «nous sommes prêts à les assister pour le faire». Avant lui et à l’inauguration du forum, le ministre italien des Affaires productives, Claudio Scafola, a déclaré que «nos gouvernements ne sont pas antagonistes, ils sont tous contre un ennemi commun qui s’appelle intolérance, violence, fanatisme». Il estime que «c’est dans l’esprit du dialogue que l’Italie organise le forum». Il appelle «les gouvernements à mettre en oeuvre des initiatives de ce genre pour rapprocher les peuples». L’Italie a, selon lui, monté 148 projets de partenariat dont 25% en faveur des pays du Sud. «Le processus de Barcelone a du chemin devant lui», reconnaît-il sous condition «qu’il faut des efforts des deux côtés». Sur 10 ans, la commission européenne a, selon lui, accordé 1,1% d’investissements directs à la région MENA. Ceci pour les interventions des responsables politiques italiens qui ont tenu à coller leurs propos à l’actualité et mettre en avant le dialogue et la tolérance. A ne pas oublier que l’Italie est en pleine campagne électorale des législatives pour lesquelles des élections auront lieu le 9 avril prochain. Le président l’IPI, Ricardo Gallo, a dressé pour sa part un état des lieux des privatisations de 1997 à 2005. L’Italie a privatisé durant cette période 140 entreprises, les pays européens 1.100 et la région MENA 160. Il avouera que l’impact des investissements directs étrangers (IDE) sur le PIB dans cette région est le plus élevé en Tunisie et le plus bas en Algérie. Première intervention algérienne, celle de Habib Yousfi, président de la CGEA et vice-président de l’UMCE. «Il est clair que les situations diffèrent dans la mesure où l’histoire économique industrielle et politique de chacun de nous comporte des spécificités indéniables. Cependant, il n’en demeure pas moins qu’il existe aussi des invariants qu’il faut reconnaître, mesurer et s’approprier avec discernement pour gagner du temps, éviter les erreurs et relever les défis qu’impose à tous une mondialisation rapide et implacable par ses effets pluriels sur nos économies et nos sociétés». Yousfi fera état du bilan de la privatisation en Algérie. En 2005, la privatisation a, selon lui, enregistré 52 opérations contre 3 en 2003 et 9 en 2004, soit un total de 67 entreprises totalement cédées. Reprenant les données du ministère des Participations et de la Promotion de l’investissement, le président de la CGEA annoncera 22 opérations de privatisation partielle, 60 de cession au profit des salariés et 18 autres de partenariat. Ces opérations ont rapporté à l’Etat 57 milliards DA avec un investissement de 91 milliards DA. Et toujours selon lui, les repreneurs ont pris à leur charge un passif à hauteur de 25 milliards DA sur un total de 32 milliards DA. 70% des repreneurs sont des nationaux. Il reste, selon Yousfi, 1.060 entités à privatiser sur les 1.200 proposées par l’Etat. Diego Cammarata, le maire de Palerme, fera valoir les atouts de sa ville pour constituer cette zone moteur du développement euroméditerranéen d’ici à l’horizon 2010. Il reproche au gouvernement italien d’avoir marginalisé la Sicile «un bastion des civilisations». Le président de l’assemblée de la région sicilienne vantera l’histoire de Palerme en précisant l’empreinte des Arabes sur les vestiges et les monuments, uniques. Palerme peut être, selon lui, la capitale du réseau euromed. Le président de la Confindustria, Luca Di Monteze Molo, estime que pour asseoir un véritable partenariat entre les 2 rives, le mot responsabilité doit être prioritaire. «Nous refusons une vision myope qui ne tient pas compte de nos valeurs respectives», a-t-il dit. Il quantifiera les échanges de l’Italie avec les 13 pays de la rive sud à 36 milliards d’euros dont 19 hors hydrocarbures. Le président de l’Association italienne des banques a affirmé que les banques italiennes ont consacré à ce jour 8 milliards d’euros pour l’investissement dans la région MENA. Le plus important des ressources a été, en évidence, accordé à l’Europe de l’Est et à la Turquie. Les hommes d’affaires italiens semblent avoir pris conscience de l’état des échanges entre les 2 rives qui en est toujours à ses premiers balbutiements. Ils ne l’ont fait qu’après s’être aperçus de l’émergence inquiétante dans le monde des économies américaine et asiatique. |
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