|
|||||
L’Algérie et ses partenaires sud-européens dans un dialogue ambiguB. Hachemane, Le Quotidien d'Oran, 28 décembre 2006 Le retour sur la scène politique du Président de la République aura correspondu avec une reprise de l’activité diplomatique du pays qui aura enregistré, ces dernières semaines, l’arrivée de plusieurs délégations venues, certainement, à la fois s’enquérir de la santé du Président de la République, qui semble être définitivement revenu des difficultés de santé qui l’ont contraint à ralentir son activité durant l’été dernier, et pour reprendre un dialogue amorcé avant le début de l’été. Tout semble être entré dans l’ordre et c’est ce signal qu’attendaient certains pays pour faire acte de présence, au moment où le Président affiche une détermination à aller de l’avant, dans le domaine du développement économique du pays, dont le rythme a été quelque peu ralenti durant cette période. Ceci étant, que peut-on dire de cette nouvelle page du dialogue qui s’ouvre entre l’Algérie à travers son Président et sa diplomatie et l’Europe à travers ses différents Chefs de gouvernement et responsables de délégations de haut niveau auxquels le Président a rendu visite, ou qu’il aurait reçus ici en Algérie. Il y a que les intérêts exprimés par l’Algérie et ceux de ses partenaires européens les plus proches ou les plus lointains semblent être en décalage les uns par rapport aux autres. On peut dire, des intérêts algériens que ceux-ci sont essentiellement orientés en direction du développement économique du pays, alors que ceux qu’expriment les Européens comprennent, à la fois, des préoccupations économiques liées à leurs besoins énergétiques, que ces derniers voudraient sécuriser sur le long terme, mais aussi et principalement pour les pays du sud de la Méditerranée des préoccupations liées à deux questions, celle de leur sécurité en relation avec le terrorisme international, l’Algérie étant vu comme étant un pourvoyeur de terroristes en puissance, ainsi que celle de l’immigration clandestine où, là aussi l’Algérie apparaît comme une source produisant une partie de cette immigration clandestine, mais aussi comme pays de transition par lequel l’immigration clandestine africaine aborde les rivages sud de l’Europe. C’est ce décalage qui semble être mal apprécié, côté algérien, où l’on cultive la croyance que tout irait bien dans le meilleur des mondes s’agissant des relations de l’Algérie avec ses partenaires européens. La presse nationale semble aussi le penser. La visite effectuée en Angleterre par le Président Bouteflika et celles qu’ont effectuées différents responsables de la rive sud de la Méditerranée, dont celles des Présidents Prodi et Zapatero, n’avaient d’autre objectif que de faire endosser par l’Algérie, une partie de la résolution de la question sécuritaire liée à la présence d’Algériens dans ces pays et dont certains représenteraient aux yeux de ces derniers une menace réelle ou potentielle pour la sécurité de leurs concitoyens. Il est un fait, que les pays européens exercent une formidable pression sur l’Algérie pour obliger celle-ci à se « normaliser », les accords qui lui sont « soutirés » un à un ne sont pas de nature à créer le climat de confiance permettant aux hommes d’affaires européens auxquels le gouvernement algérien ne cesse de lancer des appels du pied pour les amener à investir massivement en Algérie dans tous les secteurs de l’économie nationale. Sur les relations économiques, sur lesquelles l’Algérie semble fonder de grands espoirs, les Européens manifestent une certaine réserve qui conduit les dirigeants de ces pays à ne pas trop insister auprès de leurs opérateurs nationaux pour aller investir en Algérie. Cette réserve européenne semble agir sur les investisseurs du reste du monde, où un certain nombre de pays de l’Asie de l’Est, Corée du Sud et Japon, par exemple, avec lesquels l’Algérie a une longue tradition de travail en commun, tardent à s’engager plus intensément dans le pays. Par ailleurs, il serait imprudent de croire que l’aisance financière du pays ferait accourir beaucoup de pays développés pressés de prendre leur part d’un marché que la presse nationale présente comme juteux, mais que les grands opérateurs mondiaux continuent à bouder. De la même manière et la crise de l’énergie aidant, il n’y a pas bousculade aux portes du Ministère de l’Energie et des Mines pour acquérir des concessions au prix fort. L’Algérie n’a occupé en 2005 que la cinquième place en Afrique pour les investissements étrangers dans le secteur pétrolier et gazier après l’Angola , le Nigeria, la Guinée Equatoriale et le Soudan. Pour 2006 et avec le retour en grâce de la Libye, elle occupera certainement la septième place. Et pourtant l’insécurité dans des pays comme le Soudan, l’Angola ou le Nigéria est nettement plus accentuée qu’en Algérie et particulièrement dans les zones d’exploitation du pétrole qui représentent de véritables zones de guerre entre l’Etat et différentes factions armées, ce qui n’est pas le cas de l’Algérie. Le fait est que l’Algérie n’inspire pas encore confiance aux opérateurs Européens, non pas du fait de l’insécurité qui existerait dans ce pays, mais de son instabilité institutionnelle. Les partenaires n’arrivent toujours pas à lire, ce vers quoi se dirige le pays, la valse-hésitation sur la loi sur les hydrocarbures en est un exemple, le retard à intégrer l’OMC en est un autre, les velléités de modifier la Constitution en sont un troisième, les changements apportés au Code du commerce et à la fiscalité pétrolière constituent la quatrième et cinquième modifications, la taxe sur les super-profits pétroliers en est la sixième et ainsi de suite. Tout ceci inquiète les partenaires qui ne peuvent s’engager dans un pays où existe une fréquence élevée de changements législatifs et institutionnels. Le pays devrait écouter ses propres opérateurs, lorsque ceux-ci parlent de non-visibilité, s’agissant des objectifs que se fixent le pays. Les opérateurs internationaux ont la même exigence que les opérateurs du cru, ils ne peuvent investir en aveugles. Ceci entraînant cela, l’implication des Européens dans le développement du pays reste très faible et la faute en incombe aux décideurs algériens qui ne savent pas tenir compte des conseils de leurs amis Européens, ni des observations des opérateurs algériens qui eux aussi souffrent de cette absence de visibilité, à long terme, du paysage institutionnel du pays. Il faut relever que ce sont les Espagnols qui prennent les engagements les plus élevés avec le pays, le total de leurs engagements avec l’Algérie avoisinera les 1,5 milliards d’ici l’horizon 2008, soit l’équivalent des investissements espagnols au Maroc, dont 1,2 milliards de dollars pour le seul secteur de la téléphonie mobile, alors qu’en Algérie ils sont présents dans le pétrole, le gaz et dans les engrais principalement. Les Italiens se trouvent dans le même schéma que les Espagnols dans le domaine pétrolier et gazier avec cependant moins d’engagement financier. Les Français semblent nourrir plus de défiance que les Espagnols et les Italiens à l’endroit de l’Algérie et cela, il faut le comprendre, l’Histoire des deux pays est pleine d’incompréhension depuis l’accession de l’Algérie à son indépendance. Dans le domaine pétrolier et gazier, les Français ne prennent pas de risque c’est ainsi qu’ils ne sont pas présents dans le domaine de l’exploration. Total Final Elf, le grand groupe international français, a signalé son retour en Algérie en rachetant les parts d’Arco sur un gisement déjà découvert. Ce groupe vient, du reste, de se retirer de sa participation au projet de canalisation nouvelle entre l’Algérie et l’Espagne et connue sous le nom de Medgaz, ce qui prouve, s’il en est besoin, que les Français restent sur leur méfiance initiale. Les Français préfèrent s’engager sur des secteurs où il est plus facile de se retirer en cas de désaccord ou d’apparitions de problèmes, exemple celui de la finance où, la plupart des grandes banques françaises se trouvent présentes en Algérie et où elles concurrencent sérieusement les banques publiques algériennes, on trouve les Français dans les activités de « location d’expertise » en prenant en charge la fonction de gestion, de l’aéroport d’Alger et celle de l’eau dans les grandes villes, par exemple, etc.. La remarque faite par M. Temmar à M. Thierry Breton, venu dernièrement en Algérie, relative à l’absence de volonté française d’aider l’Algérie à promouvoir l’industrie automobile dans ses aspects montage et fabrication de pièces de rechange et l’absence de réaction de M. Breton montre qu’il existerait bien, entre les deux pays, deux langages, celui du discours, fait de bonnes intentions, porté par les hommes politiques et celui porté par les hommes d’affaires français qui ne sont pas enclins à jeter leur argent par les fenêtres, comme le rappelait dernièrement le Président du FCE M. Omar Ramdane parlant cette fois-ci des hommes d’affaires arabes. Ce qu’il faut remarquer c’est que les autorités politiques européennes, comme celles du reste du monde, n’engagent pas leurs opérateurs dans les discussions qu’elles peuvent avoir avec les autorités algériennes. La décision de venir ou de ne pas venir investir, appartient aux opérateurs de ces pays dont les intérêts ne se confondent pas toujours avec ceux de leurs autorités politiques d’où, donc ce décalage entre les intentions fortement exprimées par les dirigeants politiques européens qui clament leur désir de venir en aide à l’Algérie, en encourageant leurs nationaux à venir faire des affaires en Algérie et la réaction molle de ces derniers. D’où, donc cette ambiguité source d’incompréhension et de frustration vécue ici en Algérie. Dans le domaine des choix politiques et économiques, l’impression qui est donnée à l’extérieur est cette grande hésitation des dirigeants politiques du pays qui semblent ne pas savoir encore, s’il faut avancer vers davantage de libéralisme ou se contenter de laisser « mijoter » la mixture actuelle, faite de trois quarts de libéralisme et du quart « bloquant » de socialisme. C’est ce quart bloquant qui empêche et empêchera certainement l’Algérie d’adhérer à l’OMC pendant de longues années encore, ce qui aura comme conséquence de maintenir la non-attractivité du marché algérien pour accueillir des investissements en provenance des pays développés en général et ceux des pays européens les plus proches de l’Algérie en particulier, à son niveau actuel. |
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||