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Algérie - Union européenne A qui profite le démantèlement tarifaire ?par Hamid Guemache, Le Quotidien d'Oran, 2 septembre 2007 Deux ans après l'entrée en vigueur de l'accord d'association entre l'Algérie et l'UE, la direction générale des Douanes entame comme prévu le démantèlement tarifaire de l'ensemble des produits industriels. La direction générale des Douanes a en effet annoncé dans un communiqué le démantèlement, à partir d'hier, du reste des lignes tarifaires relatives aux produits industriels figurant au tarif douanier conformément aux dispositions de l'accord d'association avec l'Union européenne (UE). « Outre les marchandises relevant de l'annexe 2 qui ont été immédiatement exonérées en septembre 2005, l'accord prévoit, en effet, que les droits de douanes et les taxes d'effet équivalent sur les autres produits industriels (chapitres 25 à 97) seront éliminés progressivement deux années après l'entrée en vigueur et selon les schémas portés par l'article 9 » de l'accord d'association entre l'Algérie et l'UE, a indiqué la direction générale des Douanes dans un communiqué. « Ces produits peuvent être répartis en deux listes. La première porte sur 1.095 sous positions pour lesquelles les réductions seront étalées sur cinq années avec une première baisse s'élevant à 20 % (taux droit de douanes de base ramené à 80 %) », a précisé le communiqué. « La seconde liste, comporte le reste des produits industriels du tarif, à l'exception de ceux figurant dans l'annexe 1 considérés par l'article 7 comme des produits agricoles et qui ne seront pas concernés par le démantèlement », a-t-on ajouté. Selon la même source, « cette deuxième liste contenant 1.858 sous positions sera démantelée sur dix années avec une première réduction de 10 % (taux de base ramené à 90 %) à la même date ». Le détail des sous positions tarifaires de chacune des deux listes et les droits de douanes préférentiels qui leur seront applicables peut être consulté sur le site Internet des douanes, a conclu le communiqué. Le démantèlement tarifaire ne plaît pas aux patrons algériens, inquiets de voir les marchandises européennes envahir davantage notre marché. Au lieu de s'en réjouir, l'Association des exportateurs algériens (Anexal) n'applaudit pas l'ouverture totale du marché aux produits européens. « Le démantèlement tarifaire va profiter à l'Europe. Il ne faut pas se leurrer. Nos exportations hors hydrocarbures sont insignifiantes », souligne son président Benslim Zouhir. La suppression progressive des droits de douane et taxe sur les produits industriels devrait profiter aux consommateurs. Les prix des produits fabriqués dans l'Union européenne devraient en effet baisser dans les prochains mois. L'Algérie importe plus de 50 % de ses besoins de l'UE et l'importation des produits industriels a considérablement augmenté depuis 2005 avec le lancement du nouveau plan de relance économique de 140 milliards de dollars. Le président de l'Anexal reste toutefois sceptique sur les baisses de prix annoncées : « le démantèlement tarifaire ne profitera ni aux consommateurs, ni aux producteurs algériens. Les producteurs en Europe ont déjà augmenté les prix de leurs produits ». Toutefois, le démantèlement tarifaire n'a pas que des ennemis. Professeur d'économie à l'université d'Oran, M. Aït Habbouche l'estime plutôt positif pour l'économie nationale. « A court terme, la suppression des barrières douanières va affecter certains producteurs qui doivent adapter leur appareil de production et réorganiser leur gestion pour y faire face. A long terme, l'impact devra être positif pour notre économie ». L'Algérie ambitionne en effet de développer les importations des produits issus de la transformation des hydrocarbures, avec le lancement de plusieurs projets pétrochimiques. SATISFACTION DU FCEDe son côté, le Forum des chefs d'entreprises (FCE) accueille favorablement le démantèlement tarifaire de l'ensemble des produits industriels entamé depuis hier par la douane. « Il n'y a aucune inquiétude, au contraire, ce démantèlement va profiter aux producteurs algériens. Il concerne les machines industrielles, les pièces de rechange et va permettre à nos industriels de renouveler leur outil de production et se préparer à la suppression des barrières douanières pour les produits de large consommation qui sera effective à partir de 2012 », explique le président du FCE, Réda Hamiani. Entré en vigueur le 1er septembre 2005, l'accord d'association prévoit l'établissement progressif pendant douze ans d'une zone de libre échange entre l'Algérie et l'Union européenne. Les patrons algériens sont donc avertis et le temps presse. « Il reste trois ou cinq ans pour réagir positivement et préparer le démantèlement tarifaire pour les produits de large consommation. Celui-là va être dur à supporter pour les producteurs qui ne se sont pas préparés », avertit Réda Hamiani. Le démantèlement tarifaire entamé hier va priver la douane d'importantes rentrées d'argent, estimées par des différentes sources à 45 milliards de dinars par an. Entré en vigueur il y a deux ans, l'accord d'association n'a pas provoqué les effets attendus dans les relations économiques entre l'Algérie et l'UE. Au lieu d'augmenter avec le début du démantèlement tarifaire, les échanges commerciaux entre les deux parties ont plutôt diminué de près de 10 %. La structure du commerce extérieur algérien ne cesse de changer. Au profit des pays asiatiques et au détriment de l'Europe. La France est particulièrement affectée : sa part de marché en Algérie est descendue sous la barre de 20 % durant le premier semestre 2007. « Il y a deux ans, l'Algérie importait 66 % de ses besoins d'Europe, aujourd'hui ce taux avoisine 54 %, malgré la baisse des tarifs douaniers. Cette baisse profite à la Chine, à la Turquie et à Dubaï. Ces pays ont augmenté de 20 % par an leur commerce avec l'Algérie. Notre économie s'installe durablement dans une répartition internationale de plus en plus équilibrée, avec des parts qui augmentent pour l'Asie », analyse Réda Hamiani. Cette diversification des partenaires économiques et l'augmentation de la part des pays asiatiques dans les importations algériennes est dictée par les prix bas des produits chinois et turcs. Ces derniers inondent d'ailleurs nos marchés. Mais aussi par des facteurs monétaires. « Les prix des produits asiatiques sont inférieurs de 30 % par rapport aux produits fabriqués en Europe. L'euro s'est renchéri de 36 % par rapport au dollar, la monnaie de la zone Asie. Pour les consommateurs, c'est une bonne chose », note le président du FCE. Mais dans cette « asiatisation » de nos importations, il n'y a pas que des avantages que représentent seulement les prix des produits de large consommation. Les inconvénients sont nombreux. De moindre qualité que les produits européens, les articles «made in china», turcs et importés de Dubaï sont vendus sans garanties, ni service après-vente, les deux piliers d'une véritable économie de marché. Les commerçants proposent des garanties de marche. Les droits du consommateur sont inexistants dans une économie de bazar, dominée par l'informel et les produits issus de l'industrie de la contrefaçon. Le décrochage de notre économie par rapport à l'Europe risque de transformer définitivement notre économie en une économie de bazar. Le président du FCE plaide pour la réussite de l'accord d'association avec l'UE qui va garantir à l'économie algérienne un ancrage avec l'économie européenne. |
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www.algeria-watch.org
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