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Projet d’union méditerranéene
L’analyse d’un groupe d’experts européens
Par :Meziane Rabhi, Liberté, 10 janvier 2008
Un groupe d’experts réunis par l’Institut de la Méditerranée, dans son rapport publié récemment, considère qu’il serait inutile, voire contre-productif que l’union méditerranéenne constitue une instance supplémentaire, sans véritable pouvoir politique, sans agenda précis et original et sans moyens. Dans le document, le groupe d’experts, qui comprend, entre autres, Jean-Louis Reiffers, Christian de Boissieu, Henri-Luc Thibault, Denis Bauchard…, a mis l’accent sur des thèmes qui “sont apparus centraux pour la viabilité de l’union méditerranéenne proposée par la présidence française”.
Le rapport rappelle qu’initialement, le partenariat de Barcelone avait pour objectif de contribuer à apporter la paix et la sécurité, de favoriser le développement économique par l’installation d’une zone de libre-échange et un programme d’aide (Méda qui est une aide gratuite et la Femip, qui est une facilité de crédit adossée à la BEI), d’aider au dialogue des cultures et à la mobilisation de la société civile. Les participants au groupe d’experts sont convaincus que parler d’échec pour ce qui concerne le partenariat de Barcelone est inapproprié. “Les actifs du partenariat de Barcelone sont, en effet, importants”, soutiennent-ils.
Néanmoins, les résultats n’ont pas été à la hauteur des objectifs affichés, ce qui, selon le groupe d’experts, impose pour les projets à venir de bien ajuster les objectifs aux moyens que l’on a de les réaliser. Initié après la relance du dialogue israélo-palestinien, le processus de Barcelone avait, pour premier objectif, d’instaurer la paix dans la région. Cela fut un échec évident qui a prouvé que la situation était plus complexe que supposée et que l’Europe n’avait pas une influence géostratégique à la hauteur de cette ambition. Ce fut donc le deuxième objectif qui sollicita le plus le partenariat, à savoir la réalisation de la zone de libre-échange et l’appui aux réformes institutionnelles liées.
Sur ce plan, les résultats ne sont pas aussi probants. L’écart des revenus par tête entre, d’une part, les quinze de l’UE et les nouveaux membres et, d’autre part, les pays tiers méditerranéens s’est sensiblement accru. L’importance des sommes accordées en faveur de la convergence des nouveaux États membres (PAC, FEDER, FSE, autres politiques communes) est sans commune mesure avec ce que reçoivent les partenaires méditerranéens. On notera que pour la période 2007-2013, la seule Pologne recevra autour de 60 milliards d’euros de fonds de convergence, alors que l’ensemble des partenaires méditerranéens ne recevra que 11 milliards, dont la moitié en prêts Femip/BEI.
Une situation extrêmement dangereuse pour les pays méditerranéens de l’Europe, dans la mesure où l’interdépendance matérielle qui les lie au Sud représente moins de 5% de leur engagement international (flux commerciaux et investissements), alors que les proximités humaines et sociales (immigrés, risques de sécurité, échos dans les médias, etc.) sont de l’ordre de 15/20%. Pour les pays du Sud, l’engagement matériel vis-à-vis de l’Europe est beaucoup plus fort car il représente autour de 50% de leur engagement international. Le groupe d’experts considère que l’approfondissement des politiques européennes mises en œuvre aujourd’hui doit être poursuivi en ayant clairement conscience de leurs limites. Mais ce sont précisément ces limites face aux enjeux du prochain demi-siècle qui justifient la création d’une union méditerranéenne. Le rapport considère que sans moyens nouveaux significatifs à terme, le projet d’union méditerranéenne doit être abandonné.
Sur cinq années, une somme de l’ordre de 25 milliards d’euros pourrait être un objectif crédible à mettre au regard des 11 milliards d’euros affectés aujourd’hui pour la période 2007-2013, facilité Femip comprise. L’installation d’une institution financière spécialisée sur la Méditerranée est une nécessité pour la crédibilité de l’union méditerranéenne. Plusieurs hypothèses sont aujourd’hui envisagées. La première est celle d’un fonds adossé ou non au fonds de voisinage. La seconde est celle d’une banque de développement.
Synthèse Meziane Rabhi
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