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LA "FRANÇALGERIE" OU
LA CULTURE DE L'OMERTA
Débat dans l’enceinte de l’Assemblée française,
en présence d’Aït Ahmed
Bureau du Soirà Paris. K.-BABA -AHMED, Le Soir d'Algérie,
30 juin 2004
Il faut changer
les concepts lorsqu’ils perdent de leur impact,
n’accrochent plus et deviennent inopérants. C’est
fait pour le «Qui-tue-qui ?» remplacé maintenant par
la «Françalgérie» et porté d’abord
par le livre de Jean Pierre Rivoire et Lounis Aggoun Françalgérie,
un tabou au cœur de la République, paru en avril aux éditions
de La Découverte (ça ne s’invente pas !) et par une
rencontre débat organisée lundi dans les locaux de l’Assemblée
nationale française et qui nous a donné l’impression
d’être le coup d’envoi d’une nouvelle campagne
ici pour dédouaner les islamistes de tout crime dans notre pays.
La rencontre qui a eu lieu dans les locaux de l’Assemblée
nationale française, initiée par le député Vert,
Noël Mamère a réuni François Gèse, directeur
de La Découverte, les deux auteurs du livre et un certain nombre
d’intervenants. Elle avait pour invité central Hocine Aït
Ahmed, revigoré par les résultats aux élections
régionales et européennes de ses amis socialistes en France,
ce qui lui donne probablement espoir d’un retour prochain des socialistes
aux affaires en France et qui, par ricochet, pourrait le placer aux premières
loges et lui ouvrir un boulevard pour «ses solutions de sortie
de crise». L’événement pour nous journalistes
algériens qui couvrions lundi cette rencontre est cette réponse
hallucinante que le zaïm démocrate nous fit lorsqu’il
a été interpellé sur ce qu’il pense de l’incarcération
de nos deux confrères Hafnaoui et Benchicou : «Au lieu de
s’occuper des “qui-tue-qui ?” les journalistes algériens
devraient parler de ce qui ne va pas en Algérie. Les journalistes
algériens n’ont jamais combattu le pouvoir». Ça
vient de la bouche de celui qui se considère comme le plus grand
et le plus ancien des démocrates et c’est sans commentaires.
La trame du livre et ses développements ont servi de base au débat
organisé en deux sessions, la première, consacrée à la
Françalgérie, un tabou au cœur de la République,
et qui a vu intervenir tour à tour : les deux auteurs du livre
; Hocine Aït Ahmed ; Omar Benderra et Nicole Chevillard, journaliste
au Risques internationaux. Le deuxième thème débattu
a porté sur cette interrogation : «Raison d’Etat ou
complicité de crimes ? et a permis d’écouter les
réponses de chacun des animateurs de ce thème : Véronique
Nahoum-Grappe, sociologue de l’Association internationale de recherches
sur les crimes contre l’humanité et les génocides,
Mehdi Ba des Editions des arènes ; François-Xavier Verschave
de Survie et Paul Moreira, journaliste à Canal+ et initiateur
de l’appel pour la création d’un mécanisme
de contre-pouvoir citoyen offrant un accès plus libre à l’information.
Le contenu de chacune des interventions se confond avec la thèse
défendue dans le livre et qui s’exprime parfaitement dans
cet objectif qui lui a été fixé par son éditeur
et ses auteurs : «Démonter les rouages de l’extraordinaire
machine de mort et de désinformation conçue par les généraux
algériens depuis 1992, et les complicités dont ils ont
bénéficié en France, pour cacher à l’opinion
publique occidentale le seul but de la guerre qu’ils mènent
contre leur propre peuple : se maintenir au pouvoir à tout prix
pour conserver les milliards de dollars de la corruption pétrolière. » C’est
là l’opinion des auteurs et des animateurs du débat
et comme toute opinion, elle est parfaitement respectable, sauf qu’elle
pèche par omission, lorsqu’elle tente de gommer de l’histoire
l’existence, les crimes et la connivence de nos terroristes avec
l’islamisme international et qu’Aït Ahmed, par exemple,
se propose d’expliquer pour la circonstance : «Comment un
Etat peut massacrer 200 000 personnes et affamer la moitié de
la population ? Et d’y répondre en évoquant les trois
drames qu’a connus l’Algérie et qui ont commencé par
le fait que la France n’ait pas réussi, 40 ans après
la guerre de Libération, à reconnaître sa responsabilité,
le deuxième drame consistant en l’omerta sur notre pays,
venue de tous les amis de l’Algérie qui se sont tus et le
troisième étant la connivence et la complicité entre
les services de sécurité algérien et français
et dont l’acte fondateur a été l’affaire Mecili.» Mais,
le leader du FFS prend un soin particulier à ménager son
ami Jospin «seul à avoir déclaré que la France était
contrainte» dans son soutien à l’Algérie. Quand
Lounis Agoun martèle «Bentalha a été organisé sous
la supervision de l’armée et des hélicoptères
de vision nocturne et de vidéo livrés par la France», «nous
sommes alors tout ouïe, mais nous nous interrogeons : alors il n’y
a pas de terroristes, il n’y en a jamais eu ? Avant que l’on
puisse exprimer nos interrogations », la réponse nous est
assénée d’abord par Aggoun : «Le terrorisme
est une fiction entretenue par les médias», puis par Aït
Ahmed : «10 ans durant, la junte d’Alger n’avait jamais
soupçonné les liens avec El Qaïda et d’un coup,
le 12 septembre (soit le lendemain des attentats aux USA) on lui découvre
des liens.» Pétrole, intérêts économiques
et corruption des deux côtés de la Méditerranée
et menaces d’exporter le terrorisme sont pour tous les intervenants,
la cause de «ce silence complice». La France, déclare
Aït Ahmed «est prise en otage». Et pour frapper fort
de conclure par cet appel: «Que la France sorte de ce piège
et demande son indépendance de l’Algérie».
L’imbrication des réseaux de corruption algériens
et d’une partie de l’establishment (précision capitale)
politique et économique français », et la connivence
entre les services français et algériens font partie, selon
les intervenants, d’une logique de raison d’Etat qui a conduit
la France «au nom de sa grandeur, d’une histoire coloniale
mal assumée, de la compétition avec les grandes puissances
ou d’intérêts bien plus sordides, à cautionner
d’autres crimes effroyables, comme au Rwanda, ou en Bosnie» et
ce, en utilisant les mêmes «mécanismes, les mêmes «réseaux
d’ombre au service d’une certaine France officielle».
La conférence-débat des nouveaux pèlerins n’a, à la
grande déception de ses organisateurs, drainé que très
peu de journalistes, l’assistance peu nombreuse, étant en
majeure partie, constituée de militants convaincus et qui n’avaient
que faire d’arguments pour donner du crédit au contenu du
livre et aux déclarations des animateurs de la rencontre.
K.-B. A.
Voir
aussi:
La « Françalgérie »,
tabou de la République française (Conférence-débat,
Paris le 28.06.04)
Hocine
Ait-Ahmed: Pourquoi l’omerta sur la Françalgérie ? (28.06.04)
L’Algérie
franchit les murs de l’Assemblée française (QO,
30.06.04)
La
France, «une bouée de sauvetage pour le régime algérien» (JI,
30.06.04) |
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