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Dossier
Libération
Premier
jour, hier, de la visite d'Etat du président français
Les
Algériens entre liesse et détresse
Acclamé par une foule réclamant des visas, Chirac s'est
rendu au mémorial de
la guerre d'indépendance.
Par Florence Aubenas et Antoine Guiral, 3 mars 2003
Un
drapeau ? A côté de la grande poste d'Alger, un employé
du ministère des
Collectivités locales distribue des fanions par brassées
à la foule qui
déborde déjà derrière les barrières
métalliques. Un drapeau, mais lequel ?
Français ? Algérien ? D'office, l'employé tend les
deux à un gamin. Un
retraité se fâche. «Laissez les enfants tranquilles.
Cette histoire, c'est
notre échec à nous. Nous leur avons donné une vie
à genoux.» Et, comme on se
jette dans le vide, il saisit un drapeau tricolore et se met à
crier : «Vive
la France.» Derrière, il y a des ricanements. «Harki,
grand-père, on n'est
plus en 1960.» Le retraité se retourne. Des larmes coulent.
Alors les rieurs
s'arrêtent. Et «pour le consoler», tous entonnent en
berceuse : «Chirac,
ohohoh...»
Maquillée de blanc. Hier, 200 000 Algériens (selon nos estimations)
ont
accueilli le président français venu pour une visite d'Etat
très attendue de
trois jours. «C'est joyeux et triste à la fois», dit
Fatiha, qui a reçu un
congé pour assister au défilé. «Même
si tard, Chirac est le premier
président français à venir reconnaître d'une
certaine façon les horreurs de
la guerre. Mais auprès de qui ? D'un régime qui les répète
sur son propre
peuple. Alors qui est qui ? De quoi on parle ? On est perdus.» Son
mari, qui
rêvassait, la coupe : «Je n'ai pas compris. Qui va reconnaître
la torture ?
Les Algériens ou les Français ?» Près du front
de mer, des familles de
l'association SOS-Disparus, ces 7 000 personnes enlevées et tuées
par les
forces de sécurité durant la «sale guerre»,
se font rudement embarquer au
commissariat alors qu'elles s'approchaient du parcours officiel. Elles
sont
insultées et malmenées. Ailleurs, des représentants
des archs, les tribus
kabyles, sont empêchés de remettre une lettre à Chirac.
Dans Alger harnachée
de banderoles, maquillée de blanc, recoiffée de palmiers
plantés pour
l'occasion, cette impression d'un court-circuit de l'Histoire planera
sur
toute cette première journée. «Un drame à tiroirs,
mais dont les tiroirs
sont coincés», dit l'écrivain Salima Ghezali. `
Stèle. Le choix des lieux visités augmente cette impression
d'un rire jamais
bien loin d'un sanglot. Bab el-Oued, en mémoire des 800 morts des
inondations de 2001. Le très symbolique monument des Martyrs de
la guerre
d'indépendance. Ou le non moins symbolique cimetière catholique
de
Saint-Eugène, prévu aujourd'hui. «On est là
à lancer des youyous le long
d'un jeu de piste en ossements, dit un commerçant. Mais que peut-on
visiter
d'autre que des morts en Algérie ?»
Il n'y a plus de foule. Juste une poignée de soldats qui veillent
et roulent
tambour sous le colossal monument des Martyrs sur les hauteurs de la ville.
Jacques Chirac s'avance seul. Pas lent, regard intérieur, et la
sonnerie aux
morts. L'ancien sous-lieutenant qui a combattu sur cette terre en 1956
pose
une gerbe sur la stèle, s'incline, attend. Son propre passé,
le sang des
victimes de la guerre de libération, les années d'ignorance
et
d'incompréhension... Et puis ce geste, le premier d'un chef d'Etat
français.
Bises et larmes. Les jeunes, qui l'acclamaient un peu plus tôt le
long du
boulevard Zirout Youcef, ont, eux, d'autres envies. «Visas, visas
!»,
hurlent par milliers des gamins à sa descente de voiture. Des dizaines
de
musiciens traditionnels tapent sur leurs instruments. Ça crie,
chante, saute
de partout. Place Sofia, les bâtiments dégoulinent de drapeaux
français et
algériens. Des milliers de portraits de Chirac et Bouteflika ont
été
accrochés. Partout des banderoles célèbrent «l'amitié
algéro-française» ou
le «partenariat au service des deux pays». Chirac veut des
bras qui
l'aspirent, des bises, des mains à toucher, des larmes sur les
joues. Un
cordon de policiers l'en empêche. Le chef de l'Etat le chasse. Il
est rouge
de chaleur, couvert de confettis et se caresse le crâne. Il zigzague
maintenant d'un trottoir à l'autre. Une main levée pour
saluer les balcons,
il se laisse griser par le bruit, la foule et l'impression d'être
adulé. Il
garde aussi l'oeil sur Bouteflika. Une main sur l'épaule, l'autre
pour lui
prendre la sienne et la brandir. Entre eux, c'est affaire de réciprocité.
L'Algérien fait de Chirac le roi de la rue arabe ; le chef de l'Etat
assure
la promotion de son ami en vue de la présidentielle de 2004.
Plus de détritus. Juste derrière Bab el-Oued, où
va arriver le défilé, un
immeuble de la basse Casbah où vivaient 35 familles vient de s'effondrer.
Le
quatrième au minimum en moins d'un an. Les autorités locales
sont venues.
«Ils nous ont dit : "Dommage que vous ne soyez pas morts. Ça
ferait toujours
moins de monde à reloger"», raconte le délégué
des sinistrés. «Si un
journaliste voit Chirac, pourra-t-il lui demander des appartements pour
nous
?» L'idée qu'il pourrait s'adresser à Bouteflika ne
lui vient même pas à
l'esprit. «On est des misérables. On n'existe pas pour eux.»
Le parcours du
défilé se suit rien qu'à l'odeur : les rues où
les poubelles ont été
ramassées. Sous un porche, quelqu'un : «La prochaine fois,
j'espère qu'il
passera devant chez nous. Les trous dans la chaussée seront enfin
réparés.»
A Bab el-Oued, derrière les façades, l'eau n'arrive toujours
que tous les
trois jours. Beaucoup de portes blindées avaient été
posées avec le début de
la «sale guerre» qui fit près de 200 000 morts ces
dix dernières années. Des
grilles ont maintenant été rajoutées entre les étages.
«Ce n'est plus la
peur, c'est la misère qui frappe aux portes. On était envahis
par les SDF.»
«La France algérienne». Des groupes de jeunes par dizaines
donnent son
humeur à la foule qui attend le cortège. Ici, les petits
trafiquants de
téléphones entament «la danse du mobile». Appareil
tenu au-dessus des têtes,
ils sautent en hurlant : «On a de l'argent, on est les rois, mais
on n'est
pas bien ici.» Mouloud part au cybercafé «tenter de
draguer une femme
étrangère sur Internet». Un autre : «Tiens,
voilà Ben Laden.» C'est le
surnom d'une des vedettes locales «parce qu'il est très gentil
et qu'il a la
barbe». L'heure avance, l'attente s'exaspère. De l'autre
côté de la place,
derrière le cordon d'uniformes, un autre groupe lance son hymne.
«Que la
police garde le pays. Nous, on veut partir à Barcelone.»
A côté, un autre
choeur lui répond : «L'Algérie, c'est pour elle qu'on
vit. L'Algérie, c'est
pour elle qu'on meurt. Vive le FIS (Front islamique du salut, ndlr).»
Passe
un hélicoptère. Tout le monde hurle. Puis, près de
la mosquée, un chant
repart. «Les terroristes, c'est la police.» Soudain, quelqu'un
s'exclame.
«Eh, ils sont déjà arrivés...» Au milieu
du square, deux petites silhouettes
déposent une gerbe. Alors, la foule n'est plus qu'un cri. «Chirac,
des visas
!!!» Il serre des mains, des petits groupes se précipitent
avec leurs
passeports. Et, au loin, on entend une petite voix rigolarde qui crie
:
«Vive la France algérienne !».
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Une
lune de miel des plus intéressée
Bouteflika
cherche un soutien pour un second mandat.
Par Jose Garçon, 3
mars 2003
Alger n'a pas cillé
quand, fin 2001, Chirac a qualifié le Sahara-Occidental
de «province du sud» (du Maroc) ! Même omerta, à
Paris, sur les révélations
d'un ancien cadre algérien mettant en cause la Sécurité
militaire dans le
drame de Tibehirine. aris n'aura ménagé ni son enthousiasme
ni les gestes
symboliques pour donner l'allure d'une idylle à la première
visite d'Etat
d'un président français depuis l'indépendance (1).
Et c'est une bonne
nouvelle quarante ans après une guerre de libération dont
la France rechigne
toujours à faire repentance et après une succession de brouilles
et de
rapprochements. L'importance de la communauté d'origine algérienne
en France
et les tensions récurrentes liées à dix ans d'une
interminable guerre civile
ont encore ajouté à la détermination de Paris de
normaliser ses relations
avec l'Algérie. D'autant que ces tensions ont parfois pris un tour
dramatique avec l'implication des services de renseignements algériens
dans
l'enlèvement et l'exécution des moines français de
Tibehirine en 1996
(Libération du 23 décembre 2002) ou la série d'attentats
de 1995 en France.
La rivalité franco-américaine sur laquelle le pouvoir algérien
joue
habilement a fait le reste. Paris considère en effet que les crises
avec
l'Algérie ont fait reculer son influence au profit de Washington,
mais aussi
de Rome et Madrid. «La situation des années 1990, explique-t-on
au Quai
d'Orsay, avait entraîné un retrait de notre dispositif en
Algérie. Depuis la
visite d'Abdelaziz Bouteflika en 2000, la coopération a progressivement
repris avec la réouverture de certains centres culturels, des échanges
économiques et la multiplication des contacts politiques. C'est
cela qu'il
faut consolider.»
Pragmatisme. Pour Alger, l'enjeu de cette normalisation est tout aussi
important. Il s'agit de retrouver une légitimité internationale
et d'en
finir avec l'image d'un régime peu fréquentable, conséquence
des violations
systématiques des droits de l'homme pendant une «sale guerre»
qui a déjà
fait près de 200 000 morts. «L'Algérie a renoué
avec la sécurité et la
stabilité», insiste le chef de la diplomatie algérienne,
résumant
l'obsession du régime : tourner la page d'une guerre civile transformée,
grâce au 11 septembre, en premier combat contre le «terrorisme
international».
Mais les intérêts bien compris de cette lune de miel ne vont
pas sans un
pragmatisme qui exige, désormais, d'éviter les sujets qui
fâchent. Ainsi,
les autorités algériennes ne parlent plus d'«embargo»
à la suite du refus
d'Air France de reprendre ses liaisons, interrompues en 1994 après
le
détournement sanglant d'un de ses Airbus. Elles n'ont pas davantage
cillé
quand, fin 2001 à Rabat, Jacques Chirac a qualifié le Sahara-Occidental
de
«province du sud» (du Maroc) ! Même omerta, côté
français, sur les
accusations d'un ancien cadre de la Sécurité militaire mettant
en cause
celle-ci dans le drame des moines de Tibehirine. Pourtant, cet événement
avait, en son temps, suscité moult soupçons dans la classe
politique
française sur le rôle des «services» algériens...
Rivalité. Ce réalisme relève aussi d'une préoccupation
française qui
s'inscrit dans un cadre dépassant les relations bilatérales
: celui d'un
grand jeu maghrébin. Or, la France est confrontée, dans
la région, à une
quadrature du cercle qui implique d'être en bons termes à
la fois avec
l'Algérie et le Maroc, les deux grands rivaux du Maghreb. Jacques
Chirac
cherche donc à en finir avec ce casse-tête en favorisant
une réconciliation
entre Alger et Rabat. Ce rapprochement est la condition sine qua non de
la
construction d'un ensemble maghrébin sans lequel le développement
économique
de chaque Etat de la zone restera un leurre. Or, ce processus bute sur
l'interminable conflit du Sahara-Occidental, dans lequel les Algériens
soutiennent le Front Polisario. Et l'Elysée espère que l'élection
présidentielle algérienne de 2004 l'aidera à susciter
une décrispation entre
Rabat et Alger. Même si le mot «médiation» est
officiellement banni
susceptibilités obligent.
Cette échéance électorale ne détermine pas
seulement toute la vie politique
à Alger. Elle y a aussi relancé les sempiternelles luttes
de pouvoir. Si
Abdelaziz Bouteflika ne fait pas mystère de son intention de se
succéder à
lui-même, les généraux, eux, ne semblent pas encore
s'être résignés à ce
second mandat. Du coup, le Président doit les contraindre à
ne pas s'y
opposer. Dans ce bras de fer, il dispose de deux atouts majeurs : l'un
touche directement à la «sale guerre». Bouteflika sait
en effet que les
«décideurs» militaires sont obsédés par
la crainte de devoir un jour rendre
des comptes, même si le 11 septembre leur a permis de retourner
la
situation. Mais la multiplication des témoignages sur les exactions
de
l'armée et les accusations d'anciens officiers algériens
constituent
toujours une épée de la justice internationale au-dessus
de la tête des
généraux. Le chef de l'Etat algérien est dès
lors très conscient du parti
qu'il peut tirer de la volonté de ces derniers de se débarrasser
du boulet
de quelque dix mille disparus, crime internationalement imprescriptible.
Du
coup, il insiste sur la «responsabilité de l'Etat»
tout en faisant miroiter
la possibilité d'une «amnistie générale».
Une manière de signifier aux
«décideurs» de l'armée qu'il demeure la clef
de leur impunité.
Coup de main. L'autre grand atout dont voudrait s'assurer Bouteflika est
le
soutien des principaux partenaires étrangers de l'Algérie
: la France et les
Etats-Unis, mais aussi le Maroc, en raison de l'intérêt que
Paris et
Washington accordent à la stabilité de ce pays. Le président
algérien
multiplie donc les gestes à leur égard. Il a ainsi été
le premier chef
d'Etat algérien à participer en 2001 à un sommet
franco-africain, puis à
celui de la Francophonie à Beyrouth. Et, en novembre dernier, il
signait
dans le Washington Times un article au titre éloquent : «Un
ami en Algérie.»
Dans ce contexte, la visite de Jacques Chirac constitue pour lui un coup
de
main essentiel. Le président algérien cherche non seulement
à profiter de la
popularité d'un Chirac qui «tient tête à l'Amérique».
Mais il entend montrer
aux généraux qui l'ont porté à la présidence
en 1999 qu'il jouit d'un
soutien international. A l'Elysée, on veut croire que cette conjoncture
très
particulière facilitera un «geste» d'ouverture de Bouteflika
sur le
Sahara-Occidental et le Maroc. Rien ne dit pourtant que le président
algérien ait les moyens de tenir d'éventuelles promesses
en la matière. Car
ce dossier, formidable enjeu de pouvoir en Algérie, a toujours
été
directement géré par les militaires. Pourtant, Paris voit
dans l'importance
de cette affaire une bonne raison d'oublier que Jacques Chirac déclarait
solennellement, lors du sommet France-Afrique, que «le temps de
l'impunité
est terminé». Et de fermer les yeux sur le désespoir
d'une population
abandonnée à elle-même.
(1) La «visite d'Etat» est la plus haute dans l'ordre protocolaire
international.
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En
France, des Algériens sceptiques sur le voyage :
«Une opération de replâtrage, de relations publiques»
Par Didier Hassoux, 3 mars
«A Oran, ils
sont tous fous. Ils imaginent que Chirac va faire pleuvoir des
visas.» Un jeune Français d'origine algérienne «Chirac
vient pour supprimer
les visas.» Les Algériens pourront désormais circuler
librement en France.
Et vice-versa. Ahmed (1) en est persuadé. Ce Kabyle du quartier
de la
Goutte-d'Or, installé à Paris depuis quinze ans, le tient
d'un ami, lequel a
eu un contact avec un fonctionnaire algérois, lequel a ses entrées
au
gouvernement de Bouteflika, lequel... Ahmed remercie déjà
le ciel et Jacques
Chirac, «le Messie, l'envoyé de Dieu». Enfin, «je
vais pouvoir retourner au
bled», assure ce restaurateur. Rehba, elle, n'y croit pas une seconde.
Membre d'une fratrie séparée par la Méditerranée,
cette cadre bancaire
installée dans le nord de la Lorraine attend toujours de pouvoir
rencontrer
ses parents et ses frères «librement». Pour la France,
«un Algérien est un
terroriste ou un clandestin potentiel». Pour l'Algérie, «un
traître».
«Pourquoi, s'interroge la jeune femme, qui a la double nationalité,
mon
frère ouvrier ne peut-il obtenir de visa alors que ma soeur, mariée
à un
toubib, vient presque quand elle veut ?» De toute façon,
«Chirac ne va pas à
Alger pour des visas. Les Algériens, il s'en fout. Chirac va au
bled pour sa
pub.» Et dans un rire étouffé, Rehba d'ajouter : «Il
paraît qu'il veut
obtenir le Nobel de la paix !»
«Allié des Arabes». «Chirac va être accueilli
comme le sauveur», croit
savoir Farida. Rapport à la posture française sur le front
diplomatique.
«Dans le conflit Irak-Etats-Unis, il est l'allié objectif
des Arabes»,
analyse-t-elle. Mais aussi parce que ce voyage d'Etat «remet en
selle
l'Algérie sur la scène internationale», estime cette
quadragénaire qui
habite dans une cité de la banlieue nord de Paris. Yanis et Karim
aussi.
Mais les deux jeunes Français de parents algériens se «foutent
bien» du
déplacement présidentiel et au moins autant de «l'année
de l'Algérie» en
France. «A Oran, ils sont tous fous», juge le premier. «Ils
imaginent que
Chirac va faire pleuvoir des visas. Mais ils n'auront rien. Pour moi,
Chirac
en Algérie c'est comme si Enrico Macias retournait au bled : je
m'en tape.»
Le second est encore plus sévère : «Ce voyage ne changera
rien. Ni pour les
immigrés ici, ni pour ceux restés là-bas. C'est juste
une opération de
replâtrage, de relations publiques.»
«Condescendance et dépendance». Omar, économiste
installé à Paris depuis dix
ans, fustige lui aussi «ce grand spectacle inutile. Après
Giscard en 1975,
Mitterrand dix ans après, c'est au tour de Chirac. Et alors ? J'ai
l'impression qu'à chaque visite, tout repart à zéro.
La France et l'Algérie
sont dans un rapport scabreux. Entre condescendance et dépendance.
Mais ce
voyage ne réglera rien pour les 7 000 disparus reconnus officiellement,
en
réalité plus de 10 000» (dans la guerre civile, ndlr).
Ali, dirigeant d'une
société informatique qui s'autodéfinit comme un «beurgeois»,
considère, lui,
que «Chirac cherche à reprendre la main du point de vue économique.
Il ne
veut pas laisser les Américains s'installer à Alger. C'est
aussi une façon
pour lui de dire merci à tous les jeunes beurs qui ont voté
pour lui à la
présidentielle».
«Fondamentalement de gauche», Yasmina partage ce point de
vue : «La droite a
une longueur d'avance. Elle, elle fait sans réfléchir. Nous,
on réfléchit
sans faire.» Certaine que Jospin n'aurait pas fait mieux, elle déplore
par
avance que l'escapade chiraquienne passe à côté de
l'essentiel: «La
réconciliation entre deux peuples.» «On y pensera pour
un nouvel
anniversaire de la guerre d'Algérie», conclut Rehba, ironique.
(1) Certains prénoms et lieux d'habitation ont été
modifiés à la demande des
personnes interrogées.
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Surtout
les hydrocarbures
3 mars 2003
La France est le premier partenaire commercial de l'Algérie. Les
échanges
entre les deux pays ont progressé de près de 80 % depuis
1999. Côté
algérien, les exportations vers la France, qui se résument
(à 96 %) aux
hydrocarbures (gaz et pétrole), ont plus que doublé entre
1999 et 2001, pour
atteindre 3 milliards d'euros. Les hydrocarbures représentent la
principale
richesse du pays, qui profite aujourd'hui à plein de la hausse
des cours du
brut. Côté français, les exportations vers l'Algérie
ont atteint 3,75
milliards d'euros en 2002. Les secteurs du médicament et de l'automobile
ont
nettement progressé. La France est le premier fournisseur de l'Algérie,
qui,
toutefois, représente à peine 1 % des échanges globaux
de la France.
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Des
investisseurs français réticents
Bureaucratie
et insécurité freinent encore les industriels.
Par Laurent Mauriac, 3
mars 2003
« 500 millions
d'euros par an d'investis-sements, c'est effectivement très
faible.» Yves-Thibault de Silguy, du Medef as facile de trouver
une usine
française à visiter en Algérie. Michelin fait figure
d'exception. Et c'est
le site de fabrication de pneus pour camions du groupe français,
situé dans
la région d'Alger, que Jacques Chirac s'apprête à
visiter demain matin,
accompagné d'une quinzaine de chefs d'entreprises. Parmi eux, Thierry
Desmarets (PDG de TotalFinaElf) et Pierre Gadonneix (patron de GDF), dont
les grands groupes sont, finalement, peu présents en Algérie.
GDF reflète la situation des relations économiques entre
les deux pays : peu
d'investissements, mais des échanges soutenus (lire ci-dessous).
«On est peu
présent, reconnaît une porte-parole de l'entreprise. On commence
à être
impliqué dans des opérations d'exploration et de production.
Mais on est
historiquement un gros importateur.» L'Algérie fournit en
effet plus du
quart de l'approvisionnement en gaz de GDF. Produit et liquéfié
par
Sonatrach, la compagnie publique algérienne, le gaz est ensuite
acheminé en
France sur des méthaniers. Quant à TotalFinaElf, son activité
sur place se
limite à l'exploitation de deux sites de production de gaz, qualifiés
«de
taille moyenne» par un porte-parole du groupe.
Du temps. Principaux freins, pour les entreprises françaises, à
leur
implantation : la bureaucratie et la sécurité. «Il
n'y a plus trop de
problèmes, aujourd'hui, pour trouver des expatriés pour
le "grand Alger",
assure néanmoins Pierre Desmarets, patron de la zone Afrique-Moyen-Orient
à
Michelin. Les gens n'ont plus une vie de cloîtrés. Ils font
leurs courses en
ville, ils vont au restaurant le soir.» Même si chacun constate
que les
risques, près des grandes villes, sont aujourd'hui réduits,
il faut du temps
aux entreprises françaises pour se décider. «Avec
500 millions d'euros par
an d'investissements, c'est effectivement très faible», constate
Yves-Thibault de Silguy, président du comité Algérie
au Medef, qui
accompagne le chef de l'Etat. Et met en avant d'autres «blocages
portant
notamment sur les transactions financières, le contrôle des
changes,
l'application de la TVA, la faiblesse du système douanier algérien»
(1).
Prudence. Rares sont ceux qui, comme les Laboratoires Fournier ou les
Fromageries Bel, ont annoncé des investissements ou des contrats
en 2002.
Suez a remporté en 2001 un appel d'offres pour la construction
d'une station
d'épuration dans la région d'Oran (un contrat de 11,5 millions
d'euros).
Contrairement à beaucoup d'autres, Michelin avait maintenu sa présence
en
Algérie pendant les années 90. Implanté depuis 1963,
il a certes cessé de
produire en 1993. «La pression du gouvernement pour racheter nos
actifs, la
situation des devises, la sécurité ne nous permettaient
plus de mener notre
activité correctement», explique Pierre Desmarets. Mais la
firme a continué
d'employer 70 personnes pour assurer la maintenance de l'usine. En 2002,
Michelin estime que les choses sont rentrées dans l'ordre. La société
prévoit d'investir 23 millions d'euros d'ici à 2005 pour
moderniser l'usine
et y employer 500 personnes. Le site a rouvert en octobre. Un exemple
que
l'Elysée et le gouvernement algérien voudraient voir imiter.
(1) Interview à la Tribune, 28 février 2003.
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